Afghanistan: les Américains et l’OTAN se retirent, l’ONU reste, la violence demeure

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La Canadienne Deborah Lyons, à la tête de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan. (MANUA)
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Les niveaux extraordinaires de dommages infligés aux civils dans le conflit afghan se poursuivent, constate le rapport de la mission d’assistance des Nations-Unies en Afghanistan (MANUA), une petite mission politique sans Casques bleus qui restera bien après le départ des Américains et de l’OTAN.

Publié cette semaine, le rapport du premier trimestre de 2021 sur la protection des civils en Afghanistan dans les conflits armés fait état d’un nombre de civils tués et blessés au cours des trois premiers mois de 2021 nettement plus élevé qu’il y a un an de 1783 victimes civiles (573 tués et 1210 blessés), soit une augmentation de 29% par rapport à la même période en 2020.

(Source: MANUA)

L’augmentation de 37% du nombre de femmes tuées et blessées et de 23% du nombre d’enfants blessés est particulièrement préoccupante par rapport au premier trimestre de 2020, souligne le rapport. «Le nombre de civils afghans tués et mutilés, en particulier des femmes et des enfants, est profondément inquiétant. J’implore les parties de trouver d’urgence un moyen de mettre fin à cette violence », a déclaré à ce propos la Canadienne Deborah Lyons, représentante spéciale du Secrétaire général pour l’Afghanistan.

Le début des négociations de paix en Afghanistan en septembre 2020 a fait naître l’espoir d’une amélioration de la situation des civils. Cependant, au cours des six mois d’octobre 2020 à mars 2021, la MANUA a enregistré une augmentation de 38% du nombre de victimes civiles par rapport à la même période un an plus tôt.

Il convient de noter, souligne également la MANUA, qu’en février 2020, les forces gouvernementales afghanes et les Taliban ont convenu d’une semaine de réduction de la violence, ce qui a immédiatement et considérablement réduit l’ampleur des dommages causés aux civils afghans, démontrant que l’engagement politique peut sauver des vies afghanes. Malheureusement, poursuit la Mission de l’ONU, aucune réduction supplémentaire de la violence n’a été convenue depuis le début des négociations de paix en Afghanistan.

«Toutes les opportunités possibles de paix doivent être saisies. Si les niveaux de violence ne sont pas immédiatement réduits, des milliers de civils afghans continueront d’être tués et blessés par d’autres Afghans en 2021 », a déclaré Deborah Lyons, qui aussi dirige la MANUA.

L’augmentation globale des victimes civiles au premier trimestre de 2021 a été principalement tirée par les mêmes tendances qui ont provoqué l’augmentation à la fin de l’année dernière: les engagements au sol, les dispositifs explosifs improvisés et les assassinats ciblés.

(Source MANUA)

Les éléments antigouvernementaux ont continué d’être responsables de la majorité (61%) de toutes les victimes civiles au cours des trois premiers mois de 2021, tandis que les forces progouvernementales ont continué de causer environ un quart (27%) du nombre total de victimes civiles, dit le rapport. Au cours des trois premiers mois de 2021, la MANUA a documenté une augmentation du nombre de victimes civiles par rapport au premier trimestre de 2020, attribuable à la fois à l’armée nationale afghane et aux talibans, les talibans étant responsables de 43,5% de toutes les victimes civiles. et l’Armée nationale afghane, responsable de 17%.

(Source MANUA)

L’ONU maintiendra sa mission politique d’aide à l’Afghanistan en dépit du départ des troupes américaines et de l’OTAN cette année, a pour sa part indiqué jeudi le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric.

Le fait que ce départ «aura un impact sur le pays dans son ensemble est clair et évident», a-t-il relevé en réponse à des questions sur l’avenir de la mission de l’ONU après le retrait des États-Unis et de l’OTAN.

«Nous continuerons d’étudier la situation, mais notre travail en Afghanistan se poursuivra», a-t-il ajouté. «L’ONU est présente dans le domaine du développement humanitaire en Afghanistan depuis très, très longtemps, et nous continuerons d’être là pour aider le peuple afghan», a-t-il promis, en précisant que l’Organisation «continuera à s’adapter à la situation sur le terrain».

La MANUA compte en Afghanistan environ 1200 employés, dont une grande majorité de nationalité afghane. Au total, avec les représentants des différentes agences de l’ONU établies dans le pays, la présence totale des Nations unies se monte à quelque 4000 personnes dont plus de 75 % sont des Afghans.

Elle aide les Afghans dans le domaine de «l’État de droit, des droits humains, de la gouvernance, elle n’est pas censée assurer la sécurité», précise-t-il, ajoutant : «Il devrait être clair pour tout le monde que ce retrait global ne signifie pas que l’ONU remplacera les États-Unis, l’OTAN et d’autres. Ce n’est pas réaliste.»

* Avec AFP