Birmanie: les violences se poursuivent, l’ONU, sommée d’agir, reste bloquée par la Chine et la Russie

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Des opposants au putsch en Birmanie ont maculé de peinture rouge samedi 10 avril des rues à Rangoun pour dénoncer la féroce répression des forces de sécurité. (AFP)
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Des opposants au putsch en Birmanie ont maculé de peinture rouge samedi des rues à Rangoun pour dénoncer la féroce répression des forces de sécurité qui a fait la veille au moins une quarantaine de morts à Bago au nord-est de la capitale économique du pays, rapporte l’Agence France-Presse.

Malgré le bain de sang, manifestations et grèves se poursuivent. Les protestataires tentent de déjouer la répression avec des moyens d’action alternatifs.

Samedi, ils ont jeté dans les rues du centre de Rangoun, près de la pagode Shwedagon, de la peinture écarlate dans le cadre d’une initiative nommée «Mouvement rouge».

«Unissons-nous et montrons hardiment en rouge qu’il ne sera pas du tout permis au régime dictatorial de nous gouverner», explique un étudiant sur Facebook. Des tracts assurant «Ils ne nous gouverneront pas» ont été éparpillés dans plusieurs quartiers de Rangoun et collés à Mandalay (centre) sur la statue du général Aung San, père d’Aung San Suu Kyi et héros de l’indépendance birmane.

L’ex-dirigeante civile, prix Nobel de la paix en 1991, est détenue au secret depuis le coup d’État et fait l’objet d’une série d’accusations en justice.

Violences à Bago

Les restrictions imposées par la junte à l’accès aux données mobiles et à l’internet entravent la circulation et la vérification des informations mais des détails filtraient samedi sur la journée de violences la veille Bago (65 km au nord-est de Rangoun) qui a poussé des habitants à se réfugier dans des villages voisins.

Au moins 40 manifestants ont été tués vendredi dans la répression menée par les forces de l’ordre qui ont empêché les secouristes de récupérer les corps, a déclaré un habitant à l’AFP, des médias locaux faisant même état d’un bilan bien supérieur.

«Ils ont empilé tous les cadavres, les ont chargés dans leur camion militaire et les ont emportés », a dit cet habitant, précisant que les autorités ont ensuite arrêté des gens alentour.

Des images tournées vendredi matin et authentifiées par l’Agence France-Presse, qui a des journalistes sur place, montrent des manifestants se cacher derrière des barricades en sacs de sable, munis d’armes artisanales, avec des explosions en fond sonore.

L’ONU, sommée d’agir, toujours bloquée par la Chine et la Russie

La communauté internationale s’alarme de plus en plus de la situation et, hier, quinze ambassadeurs en Birmanie, dont ceux d’Australie, du Canada, de l’Union européenne, et des pays membres de l’UE, ainsi que la Nouvelle-Zélande, la Corée, les États-Unis et le Royaume-Uni, ont publié une déclaration appelant la junte militaire à mettre fin à la violence, à libérer les prisonniers politiques et à restaurer la démocratie.

L’ONU, elle, est pressée d’agir. Les États-Unis et plusieurs pays européens ont réclamé vendredi au Conseil de sécurité d’aller au-delà des trois déclarations unanimes adoptées depuis le putsch. Mais la Russie et la Chine rejettent l’idée de sanctions.

L’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a pour sa part débuté vendredi en Thaïlande une tournée asiatique qui doit la conduire aussi en Chine et dans des pays de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) qui devrait tenir le 20 avril à Jakarta un sommet d’urgence. La Birmanie, elle, continue de refuser de l’accueillir.

Allié traditionnel de l’armée birmane, Pékin s’inquiète néanmoins de l’instabilité dans le pays et, selon des informations de presse, aurait ouvert des contacts avec le groupe de résistance CRPH, le Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw, l’organe législatif birman dissous après le putsch.

Parmi les personnalités birmanes invitées à s’exprimer vendredi devant le Conseil de sécurité figurait Daw Zin Mar Aung, une représentante du CRPH qui assure avoir déjà rassemblé quelque 270 000 éléments prouvant des violations des droits de l’homme «de grande ampleur».

*Avec AFP