Le pouvoir russe continue à tenter de broyer l’opposition et déclare le réseau de Navalny «extrémiste et terroriste»

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Le réseau d’antennes régionales de l’organisation anticorruption de l’opposant emprisonné Alexeï Navalny a été ajouté à la liste des organisations «extrémistes et terroristes», a annoncé vendredi le service russe des renseignements financiers Rosfinmonitoring, l’organe exécutif fédéral chargé de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, sans même attendre une décision de justice.

Dans un communiqué, ce service a indiqué avoir mis à jour sa «liste d’organisations et de personnes » participant « à des activités extrémistes ou terroristes», parmi lesquelles apparaissent désormais les bureaux régionaux de l’organisation d’Alexeï Navalny.

Cette liste compte des centaines de noms d’organisations et de personnalités russes et étrangères, notamment les groupes djihadistes Al-Qaïda et État islamique. Elle se base sur une loi «contre le blanchiment d’argent obtenu illégalement et le financement du terrorisme».

Le 16 avril, le bureau du procureur de Moscou a intenté une action en justice auprès du tribunal municipal de Moscou pour la reconnaissance de la Fondation anti-corruption, la Fondation pour la protection des droits des citoyens et le siège de l’organisation de l’opposant ruse en tant qu’organisations extrémistes.

«Sous couvert de slogans libéraux, ces organisations créent les conditions de la déstabilisation de la situation sociale et sociopolitique. Les objectifs réels de leurs activités sont de créer les conditions pour changer les fondements de l’ordre constitutionnel, notamment en utilisant le scénario de la « révolution des couleurs »», a déclaré le parquet dans un communiqué.

Si la demande du Parquet était acceptée, les activités des organisations de la bête noire du Kremlin seraient interdites et leurs membres ou leurs sympathisants seraient menacés de longues peines de prison.  

Rosfinmonitoring pour sa part n’a pas indiqué si cet ajout était lié aux procès en cours, mais l’organe exécutif fédéral n’a de toutes façons pas attendu la décision de justice. l’annonce intervenant alors que la demande du parquet est encore en cours d’examen.

Face à cette menace, les 37 bureaux régionaux de l’opposant avaient déjà annoncé jeudi leur autodissolution.

Un tribunal de Moscou leur a déjà interdit pratiquement toute activité, comme publier des contenus sur l’internet, organiser des manifestations et participer aux élections.

La Fondation pour la lutte contre la corruption (FBK) a été créé en tant qu’organisation à but non lucratif par des partisans d’Alexei Navalny, mais, pour mieux restreindre ses activités et la fragiliser, «l’organisation a été inscrite au registre des OSBL exerçant les fonctions d’agent étranger par décision du ministère de la Justice de la Fédération de Russie du 09.10.2019».

La Fondation pour la protection des droits des citoyens (FZPG), a elle aussi été «inscrite au registre des OSBL exerçant les fonctions d’agent étranger, par décision du ministère de la Justice de la Fédération de Russie en date du 25 décembre 2020».

Fondé en 2011 par l’avocat et militant, le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir russe.

La plus retentissante, parue en janvier, accusait le président Vladimir Poutine de s’être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle avait contraint M. Poutine à démentir personnellement, chose rare.

Les bureaux régionaux d’Alexeï Navalny diffusent leurs propres enquêtes, mais organisent surtout les campagnes de «vote intelligent» consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique.

Alexeï Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d’Allemagne, où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d’un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

*Avec AFP