Les autorités carcérales russes annoncent avoir transféré Navalny dans une unité de soins

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Les services carcéraux russes ont annoncé lundi avoir transféré vers un hôpital pour prisonniers l’opposant russe Alexeï Navalny, en grève de la faim depuis environ trois semaines, tout en jugeant son état de santé «satisfaisant», ce qui n’a évidemment pu être vérifié de manière indépendante.

Mise à jour 20/04/2021, 10h15

L’opposant russe Alexeï Navalny est extrêmement affaibli et mal soigné dans l’hôpital pour prisonniers tuberculeux où il se trouve, se sont alarmés mardi ses avocats, qui réclament son transfert à Moscou après lui avoir rendu visite. Ses proches affirment depuis ce weekend qu’il risque de mourir à tout moment. «Il est très faible, il a du mal à s’asseoir et à parler», a déclaré aux journalistes une de ses avocates, Olga Mikhaïlova, assurant qu’il «ne reçoit pas d’aide médicale» appropriée. Elle a réclamé son transfert immédiat «dans un hôpital civil» à Moscou «pour l’empêcher de mourir».

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Mise à jour 20/04/2021, 7h55

Plusieurs docteurs, dont le médecin personnel de l’opposant russe en grève de la faim Alexeï Navalny, ont été refoulés mardi matin à l’entrée de la colonie pénitentiaire où il est hospitalisé. Anastasia Vassilieva, médecin personnelle d’Alexeï Navalny et dirigeante d’un syndicat d’opposition, a affirmé n’avoir pas pu rencontrer son patient mardi, comme toutes les fois où elle a essayé depuis son incarcération début mars.

«Nous sommes allés à la fenêtre de l’IK-3. -Peut-on voir le chef de la colonie? Déjà 14 ans, ils ont promis de nous laisser entrer. -Attends, il y a 3 (!) Personnes devant toi. Accueil jusqu’à 15. -Et nous sommes ici à partir de 9 heures du matin, quelqu’un d’autre devant nous? Les trois ont été autorisés à entrer? Pouvons-nous nous laisser entrer aussi? Il fait froid ici. Attendez, tout le monde vous le dira. Nous attendons. », a-t-elle écrit sur son compte twitter.

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«Une commission de médecins […] a décidé du transfert d’A. Navalny vers une unité hospitalière pour les condamnés qui se trouve sur le territoire de la colonie pénitentiaire n°3 de la région de Vladimir», a indiqué le service carcéral de cette région dans un communiqué.

«L’état de santé de A. Navalny est jugé satisfaisant actuellement, il est ausculté quotidiennement par un médecin-thérapeute», dit-il.

Selon la même source, «avec l’accord du patient, il lui a été prescrit une thérapie vitaminée».

Mais, du côté de l’opposant, on confirme son transfert dans des termes beaucoup moins rassurants: «Des nouvelles sur le « transfert de Navalny à l’hôpital » – pour les gros titres. Il est simplement transféré dans une autre colonie (IK-3 de régime strict), sur le territoire de laquelle se trouve un hôpital spécialisé dans les patients tuberculeux.», écrit-on sur le compte Twitter de Navalny,

Alors que le médecin personnel de l’opposant de 44 ans, Anastassia Vassilieva et trois autres docteurs, dont un cardiologue, avait demandé un accès immédiat à Navalny, selon une lettre adressée aux services pénitentiaires russes et publiée samedi sur le compte Twitter de Mme Vassilieva, «Alexeï est dans la colonie. Les médecins ne sont toujours pas autorisés à le voir», peut-on également lire aujourd’hui sur le compte Twitter de l’opposant.

L’état de santé de Navalny, qui selon ses partisans risque de graves problèmes cardiaques et rénaux pouvant entraîner la mort, est d’autant plus inquiétant qu’il a survécu il y a moins d’un an à un empoisonnement par une substance neurotoxique.

Navalny, qui a annoncé avoir cessé de s’alimenter le 31 mars pour dénoncer son traitement en prison et notamment le fait qu’il ne soit pas traité pour de graves douleurs au dos, avait indiqué sur les réseaux sociaux qu’il ne consommait que de l’eau.

Selon lui, il a par ailleurs été menacé d’être nourri de force, une option qu’ont les autorités russes en cas de refus de s’alimenter d’un prisonnier.

Les annonces de lundi des autorités carcérales interviennent alors que les partisans de Navalny ont estimé ce weekend que l’opposant risquait de mourir à tout moment.

Aujourd’hui, le média internet russophone basé en Lettonie Meduzza lançait de nouveau l’alerte, écrivant «Nous ne savons pas combien de temps il reste pour sauver Navalny de la mort ou de conséquences irréversibles sur la santé. Peut-être quelques jours. Peut-être quelques heures.», exigeant que des médecins indépendants puissent avoir immédiatement accès à l’opposant russe.

Les messages internationaux de fermeté visant Moscou se sont multipliés

Washington avait fait monter la pression sur les autorités russe d’un cran, avertissant dimanche qu’il y aurait des «conséquences» pour Moscou si Alexeï Navalny mourait.

Aujourd’hui, La santé de l’opposant russe est au programme d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27, consacrée plus globalement aux rapports avec la Russie avec notamment son déploiement de troupes aux abords de l’Ukraine et les expulsions croisées de diplomates russes et tchèques.

Les Européens, «très inquiets» pour la santé de l’opposant russe, avaient réclaméqu’Alexeï Navalny soit hospitalisé. L’Allemagne et la France ont insisté sur un «traitement médical adéquat» par des médecins ayant «la confiance» d’Alexeï Navalny et réclamé sa libération immédiate.

Les ministres doivent s’entretenir ce lundi de l’état de santé «très inquiétant» d’Alexeï Navalny, a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell , déplorant que la demande européenne de lui fournir des soins «n’a pas été prise en compte» et rendant « les autorités russes responsables de la santé de Navalny». 

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a évoqué lui aussi la «responsabilité majeure» du président russe Vladimir Poutine et Washington a mis en garde le Kremlin contre des «conséquences si M. Navalny mourait».

Pendant ce temps, les alliés de Navalny appellent les Russes à manifester dans deux jours, le 21 avril pour « sauver la vie » de l’opposant, écrivant sur le site free.navalny.com crée par l’opposition qu’«il est impossible d’attendre plus longtemps. Alexei risque la mort dans la colonie».

Il est prévu que la manifestation se déroule simultanément dans 76 villes, dont, bien sûr, Moscou, Saint-Pétersbourg et Vladivostok.

Fin janvier et début février, plusieurs manifestations de soutien à Navalny avaient rassemblé des dizaines de milliers de personnes en Russie. Elles avaient été réprimées avec notamment plus de 11 000 interpellations. Aujourd’hui, au moment d’écrire ces lignes, près d’un demi-million de Russes ont manifesté sur le site free-navalny.com leur intention de participer à la manifestation du 21 avril, qui se veut la plus importante depuis le début de cette lutte.

Autre source de tension: l’Ukraine

À Bruxelles, les Européens discuteront également de l’Ukraine, alors que Moscou a déployé des dizaines de milliers de troupes à ses frontières et en Crimée annexée.

«Un conflit reste une possibilité avec un tel déploiement de troupes. Le danger d’un conflit par accident ne peut être écarté», a confié un haut responsable européen, rapportait ce matin l’Agence France-Presse.

L’Ukraine craint que le Kremlin ne cherche un prétexte pour l’attaquer. Le président Volodymyr Zelensky a demandé à l’OTAN et à l’UE d’accélérer le processus d’adhésion de son pays pour envoyer au Kremlin «un vrai signal», mais cela lui a été refusé.

«Personne ne veut donner un prétexte à la Russie. L’OTAN comme l’UE soutiennent les aspirations de l’Ukraine, mais sans enclencher le processus d’adhésion», ont expliqué plusieurs diplomates des deux organisations.

Qu’il s’agisse de Navalny ou de l’Ukraine, les Vingt-Sept vont tenter de se mettre d’accord sur des leviers à actionner, mais aucune sanction n’est pour le moment en discussion. Le président français Emmanuel Macron a néanmoins évoqué cette option samedi «en cas de comportement inacceptable» de Moscou.

*Avec AFP