L’ONU, parlant d’une seule voix, «condamne fermement les morts de centaines de civils» en Birmanie

0
90
Des funérailles ont eu lieu le 2 avril à Mandalay pour Zaw Ko Latt, 18 ans, aujourd'hui, abattu d'une balle dans l'abdomen par les forces armées de la junte lors d'une répression contre des manifestants anti-coup d'État dans la ville la veille, jeudi. Le corps d'un autre manifestant tué le même jour a été emmené par les troupes. (Myanmar Now)
Temps de lecture estimé : 4 minutes

Le Conseil de sécurité de l’ONU «a condamné fermement les morts de centaines de civils, incluant des femmes et des enfants» en Birmanie, dans une déclaration unanime jeudi, largement édulcorée toutefois par la Chine lors d’une négociation difficile qui a duré deux jours, rapporte l’Agence France-Presse.

Profondément préoccupés «par la détérioration rapide de la situation», les membres du Conseil, qui avaient tenu mercredi une réunion à huis clos de plus de deux heures après les violences meurtrières du week-end, dénoncent aussi «fermement le recours à la violence contre des manifestants pacifiques», indique leur déclaration initiée par le Royaume-Uni.

Dans les versions précédentes du texte, obtenues par l’agence de presse, les Occidentaux avaient mis une mention affirmant que le Conseil de sécurité était «prêt à envisager de nouvelles étapes», soit une vague allusion à la possibilité de sanctions internationales contre les militaires qui ont pris le pouvoir.

Selon des diplomates, la Chine, opposée à toute prise de sanctions, a cependant bloqué à plusieurs reprises une approbation du texte à cause, entre autres, de cette mention qui ne figure plus dans le texte adopté. Ce dernier se borne à stipuler que le Conseil «restera activement saisi du dossier».  

Pékin a aussi imposé en fin de négociations de changer une mention portant sur «le meurtre de centaines de civils» par une mention évoquant «les morts de centaines de civils».

La Russie, selon les mêmes diplomates, a aussi bloqué plusieurs fois le texte car ce pays voulait une mention condamnant la mort de membres de forces de l’ordre dans des manifestations, qu’il n’a pas obtenue explicitement.

Comment arriver à parler d’«Une seule voix»

Arriver à parler d’une «seule voix» au Conseil de sécurité est «un signal très important» pour les militaires birmans, veut croire un ambassadeur sous couvert d’anonymat, en reconnaissant implicitement que plusieurs concessions ont dû être faites à Pékin.

Depuis le coup d’État du 1er février, le Conseil de sécurité a montré via des déclarations son unité à trois reprises, incluant celle de ce jeudi.

Pékin, premier soutien de la Birmanie et qui n’a jamais reconnu l’existence d’un coup d’État militaire, a cependant à chaque fois réduit la portée des textes négociés. Les prises de position du Conseil n’ont en outre eu que peu d’effet sur les militaires jusqu’à présent.

Mercredi, l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, avait pourtant demandé au Conseil de sécurité une action forte, en avertissant d’un risque «sans précédent» de «guerre civile» et d’un «bain de sang imminent».

Dans sa dernière déclaration, le Conseil de sécurité réitère son «appel aux militaires pour qu’ils fassent preuve de la plus grande retenue». Il faut qu’ils «respectent pleinement les droits humains et recherchent le dialogue et la réconciliation conformément à la volonté et aux intérêts du peuple de Birmanie», ajoute le texte, en demandant à nouveau la libération d’Aung San Suu Kyi, accusée jeudi d’avoir violé une loi sur les secrets d’État datant de l’époque coloniale, et du président Win Myint.

Le texte souligne aussi que le Conseil apporte son «soutien aux efforts» de l’organisation régionale asiatique Asean, qui doit tenir un sommet fin avril, pour trouver une solution à la crise, et appelle «à un accès humanitaire sûr et sans entrave à toutes les personnes dans le besoin».

«Il est vital que les droits des minorités soient pleinement protégés», indique leur déclaration, en espérant que l’émissaire de l’ONU, interdite d’entrée dans le pays depuis le coup d’État, puisse y avoir accès «le plus tôt possible».

La nouvelle offensive judiciaire contre Aung San Suu Kyi

L’ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, détenue depuis le coup d’État militaire du 1er février, a été accusée jeudi d’avoir violé une loi sur les secrets d’État datant de l’époque coloniale.

Les autorités « ont entamé le 25 mars une nouvelle procédure, l’accusant d’avoir violé la loi sur les secrets d’État », a dit à l’AFP l’un de ses avocats, Khin Maung Zaw.

Elles ont également ordonné aux fournisseurs d’accès de suspendre les connexions internet sans fil dans le pays « jusqu’à nouvel ordre », a indiqué un exploitant de télécommunications.

Les autorités ont déjà ordonné la suspension des transferts de données mobiles et cette nouvelle coupure risque de paralyser les communications en ligne dans ce pays où très peu de gens ont accès à des lignes fixes.

Cette « coupure de l’internet » a été condamnée jeudi par plusieurs dizaines de pays membres de l’ONU qui ont dénoncé, dans une déclaration rédigée par la Lituanie, la France et la Grèce, les « attaques » contre les médias dans le pays.

Plus de 535 personnes, dont de nombreux étudiants, des adolescents et de jeunes enfants, ont été tuées par les forces de sécurité en deux mois, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. Des centaines d’autres, détenues au secret, sont portées disparues.

Comparution en visioconférence

Aung San Suu Kyi, 75 ans, a comparu en visioconférence devant un tribunal de Naypyidaw, la capitale, pour une audience portant sur des questions administratives, comme la désignation officielle des huit avocats de son équipe de défense.

Elle paraissait en « bonne condition physique » et était « brillante et charmante comme toujours », a dit Khin Maung Zaw, l’un des avocats d’Aung San Suu Kyi.

Son équipe de défense l’avait vue la veille par vidéo et sous surveillance policière pour la première fois depuis le putsch.

«Elle a demandé une rencontre entre elle et ses avocats – une réunion privée pour donner ses instructions à sa défense et discuter de l’affaire sans ingérences extérieures de la police ou des forces armées.», a indiqué Khin Maung Zaw.

La prochaine audience est fixée au 12 avril.

La lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 est également poursuivie pour «incitation aux troubles publics». Des accusations d’avoir perçu plus de 1 million de dollars et 11 kilos d’or de pots-de-vin s’y ajoutent, mais elle n’a pas encore été inculpée de «corruption». Si elle est reconnue coupable, elle encourt de longues années de prison, risquant d’être bannie de la vie politique.

*Avec AFP