Nouvelles sanctions de l’UE contre la junte militaire birmane

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Le chef de la junte militaire, le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées birmanes, figure au premier rang de la liste des personnes frappées par les sanctions décrétées par l'Union européenne le 19 avril. (AFP)
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L’Union européenne a sanctionné lundi dix membres de la junte militaire au pouvoir en Birmanie et deux sociétés qui lui assurent un financement pour condamner la répression violente des manifestations prodémocratie.

La junte fait face à des manifestations constantes pour réclamer le retour à la démocratie et réprime presque quotidiennement dans le sang ce mouvement de contestation. Au moins 737 personnes ont été tuées et plus de 3000 arrêtées, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

La situation chaotique depuis le putsch, qui a renversé le 1er février le gouvernement civil mené par la détentrice du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, doit être discutée lors d’un sommet des pays du Sud-Est asiatique samedi à Jakarta et le chef de la junte doit y prendre part.

Marquant concrètement sa condamnation, l’UE a ajouté à sa liste noire dix nouveaux membres de la junte, que les Européens considèrent directement impliqués dans les prises de décision et responsables à ce titre de l’affaiblissement de la démocratie et de l’État de droit en Birmanie.

Les deux sociétés sanctionnées sont la Birmanie Economic Holdings Ltd (MEHL) et la Birmanie Economic Corporation (MEC).

La décision a été validée par les ministres des Affaires étrangères, selon des sources diplomatiques européennes.  

Le principe de ces nouvelles sanctions avait été décidé le 22 mars, lorsque les ministres européens ont sanctionné onze personnes, dont le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing.

La semaine dernière, la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, a dit craindre un conflit généralisé comme en Syrie et exhorté les États à «prendre des mesures immédiates, décisives et effectives» pour forcer la junte à mettre fin à la répression.

Un journaliste japonais en cellule

Dernier exemple du climat dans le pays, un journaliste japonais accusé de diffuser de fausses informations a été arrêté, à l’instar de dizaines d’autres reporters depuis le coup d’État. Le Japon a réclamé lundi sa libération.

Yuki Kitazumi a été arrêté dimanche et, selon un porte-parole de l’ambassade du Japon, transféré d’un poste de police à la prison d’Insein, connue pour abriter des prisonniers politiques.

Des diplomates ont demandé à rendre visite en prison à ce journaliste indépendant, mais l’autorisation ne leur a pas encore été accordée, a déclaré à l’AFP le porte-parole.

«Nous demandons à la Birmanie la libération au plus vite de cette personne. Nous ferons tout notre possible pour protéger ce ressortissant japonais», a déclaré à des journalistes le porte-parole du gouvernement japonais Katsunobu Kato.

C’est la deuxième fois que M. Kitazumi est arrêté depuis le coup d’État. En février, il avait été brièvement interpellé lors d’une intervention de la police antiémeute contre des manifestants.

La presse a souvent été ciblée par les forces de sécurité, au moment où les autorités tentent de contrôler davantage l’information, en restreignant l’accès à internet ou en révoquant les accréditations de certains médias birmans.

Au moins 65 journalistes et photographes ont été arrêtés depuis le putsch, dont 34 restent derrière les barreaux selon l’organisation Reporting ASEAN.

«Guérilla urbaine»

Dans tout le pays, des habitants continuent malgré tout de s’opposer à la junte.

Dans la ville de Myingyan (centre), d’intenses affrontements entre les habitants et l’armée se sont produits au cours des deux derniers jours.

Au moins quatre personnes ont été touchées par balles lundi et l’une d’elles n’a pu être soignée, a indiqué à l’AFP un habitant, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Il n’était pas possible de savoir dans l’immédiat combien de personnes ont été tuées à Myingyan.

«Il y a encore quelques tirs. C’est comme une guérilla urbaine dans la ville», a-t-il dit, ajoutant que les gens tentaient de se défendre avec des armes artisanales.

«L’armée n’a autorisé personne à être dans la rue. Ils tirent sur ceux qu’ils voient dehors. Ils ont essayé d’inspecter maison par maison pour arrêter les manifestants», a-t-il ajouté. Selon lui, l’armée a aussi mis le feu à des motos.

Au moins six personnes, dont l’une âgée de 13 ans, ont été arrêtées à Myingyan, selon un journal local.

*Avec AFP