ONU: appels à sanctionner les violeurs dans les conflits militaires

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Une fillette de 12 ans (à droite) qui vit dans un camp pour personnes déplacées dans l'État du Nord Darfour, au Soudan, dit qu'elle a été violée par des soldats du gouvernement. (Ron Haviv/UNICEF)
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Les Nations Unies ont vérifié plus de 2.500 cas de violences sexuelles liées à des conflits l’année dernière, a indiqué, mercredi, une haute responsable de l’ONU aux membres du Conseil de sécurité.

Dans les régions montagneuses éloignées du nord et du centre du Tigré, en Ethiopie, les femmes et les filles sont victimes de violences sexuelles « avec un niveau de cruauté incompréhensible ».

Au Tigré, les agents de santé recensent quotidiennement de nouveaux cas de viols individuels et collectifs, malgré leur crainte de représailles et d’attaques contre les refuges et cliniques en nombre limité mais encore en activité. Plus de 100 cas de viol présumés ont été rapportés aux Nations Unies depuis le début des hostilités dans cette région en novembre 2020.

« Il faudra peut-être plusieurs mois avant que nous connaissions l’ampleur et l’ampleur – l’étendue et l’impact – de ces atrocités », a prévenu Pramila Patten, la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU sur les violences sexuelles liées aux conflits, dans son intervention au débat du Conseil de sécurité consacré au fléau  des violences sexuelles liées à des conflits

Plus de 2.500 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2020

Ce type de crime aurait dû être consigné à jamais dans les livres d’histoire. Mais il fait à nouveau la une des journaux. Malgré les engagements des Etats et de la communauté internationale, le fléau des violences sexuelles liées à des conflits persiste à travers le monde.

Dans son dernier rapport sur ce problème, l’ONU a documenté et vérifié plus de 2.500 cas de violences sexuelles liées aux conflits commises au cours de l’année 2020 dans 18 pays. Comme les années précédentes, la grande majorité de ces incidents visaient des femmes et des filles (96%).

Des rapports de violence sexuelle contre des hommes et des garçons ont été enregistrés dans presque tous les pays examinés, la majorité se produisant dans des lieux de détention. Huit cas vérifiés ciblaient des personnes LGBTQI.

« Bien que ces chiffres traduisent la gravité et la brutalité des incidents vérifiés, ils ne reflètent pas l’échelle mondiale ou la prévalence de ce crime », a toutefois rappelé Mme Patten. 

La sous-déclaration chronique des violences sexuelles en temps de guerre, en raison de la stigmatisation, de l’insécurité, de la peur des représailles et du manque de services, a été aggravée par les mesures d’endiguement de la pandémie de Covid-19.

« De nombreux survivants ont rompu leur silence ; mais beaucoup d’autres ont été brisés par le silence qui leur a été imposé », a dit Mme Patten. « La honte, l’isolement, le rejet et l’angoisse de n’avoir nulle part où aller ont bouleversé des vies et des moyens de subsistance ».

Attaques contre les défenseurs des droits des femmes

La protection des personnes est liée à la participation et au pouvoir. « Pourtant, cela est mis en péril par un climat politique mondial de répression des droits des femmes et de rétrécissement de l’espace civique », a dit la Représentante spéciale qui a noté la tendance inquiétante d’attaques misogynes contre les défenseurs des droits humains des femmes et de représailles contre les femmes qui s’expriment et sont visibles dans la vie publique.

Alors que le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à un cessez-le-feu mondial pour se concentrer sur la lutte contre la Covid-19, la pandémie a suscité de nouvelles préoccupations en matière de protection sexospécifique.

Le rapport de l’ONU fait état de cas de violence sexuelle contre des femmes détenues pour des violations présumées des couvre-feux et des quarantaines ; ainsi que des violations commises par des groupes armés qui ont profité de la pandémie pour intensifier leurs opérations et gagner du terrain.

« Les femmes marginalisées ont tendance à être de plus en plus laissées pour compte en période de crise et de stress social », a dit Mme Pratten.

Examiner le problème des violences sexuelles dans les conflits sous le prisme de l’intersectionnalité

Pour mettre l’accent sur les causes structurelles profondes de la violence sexuelle, le rapport de l’ONU examine la question à travers le prisme de l’intersectionnalité, en veillant à ce que les survivants ne soient pas simplement traités comme un groupe homogène.

« Il montre comment des formes croisées d’inégalités, fondées sur l’appartenance ethnique ou politique, l’âge, le handicap, l’orientation sexuelle et l’identité de genre, le revenu et le statut migratoire, augmentent les risques auxquels sont confrontés divers individus, dans un contexte d’asymétries de pouvoir historiques, structurelles et systémique », a expliqué la Représentante spéciale.

Le rapport de l’ONU plaide pour la désignation des soins de santé sexuelle et reproductive comme service essentiel pour éviter leur sous-financement. Le document appelle également à combler le fossé existant en matière de responsabilité judiciaire et de réparations envers les victimes.

Pour une plus grande cohérence des sanctions

Cette année, le rapport énumère 52 parties soupçonnées de manière crédible d’avoir commis ou d’être responsables de formes de violence sexuelle dans des situations inscrites à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

« Plus de 70% sont des auteurs persistants, ayant figuré sur la liste pendant cinq ans ou plus sans prendre de mesures correctives ou correctives », a déploré Mme Patten, jugeant essentiel d’assurer « une plus grande cohérence » entre la pratique de l’inscription sur la liste et la pratique consistant à imposer des mesures ciblées et progressives par les comités des sanctions.

« Si elles sont appliquées de manière opportune et cohérente, les sanctions peuvent changer le calcul des partis qui partent du principe que le viol est « gratuit » – voire rentable – dans l’économie politique de la guerre dans laquelle les femmes sont trafiquées, échangées et vendues », a-t-elle expliqué.

Pour la Représentante spéciale, il ne fait aucun doute que le Conseil de sécurité a adopté des « résolutions révolutionnaires » pour lutter contre les violences sexuelles. « Mais la question pourrait se poser : ‘que signifient actuellement ces résolutions sur le terrain au Tigré ?’ », a-t-elle demandé aux membres du Conseil. « Quand l’histoire reviendra sur cet épisode douloureux – dans le cadre de la longue litanie de batailles menées sur les corps de femmes et de filles, de la Bosnie au Rwanda, en Iraq, en Syrie et ailleurs – on nous demandera à juste titre ce que nous avons fait pour honorer nos engagements ».