Poutine défiant dans son grand discours annuel sur l’état de la Nation

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Le président russe Vladimir Poutine a prononcé son grand discours annuel sur l’état de la Nation à l'Assemblée fédérale ce mercredi 21 avril dans la salle d'exposition centrale de Manezh, à Moscou. (service de presse du Kremlin)
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Le président russe Vladimir Poutine a livré sur un ton de défi ce mercredi son grand discours annuel sur l’état de la Nation, en pleine période de tensions avec les Occidentaux et avant des manifestations prévues en soutien à l’opposant emprisonné Alexeï Navalny.

Poutine s’exprimait devant les deux chambres du Parlement, le gouvernement et les gouverneurs régionaux pour fixer ses priorités pour le pays.

Avant le discours de Poutine à la nation, le premier chef adjoint de la faction parlementaire Russie unie,le parti de Poutine, Adalbi Shkhagoshev, avait déclaré à Izvestia. «La sphère sociale peut être l’un des sujets prioritaires de l’allocution. Un autre sujet important est la situation internationale et le rôle de la Russie dans celle-ci. Les citoyens attendent que le président réponde aux attaques de l’Occident et des États-Unis», a expliqué le législateur.

Ses attentes n’auront pas été déçues, Poutine défiant tout de suite sans complexe les Américains et leurs alliés, adressant une mise en garde claire à ses adversaires étrangers, sans toutefois  parlé directement de chacun des dossiers.

Le président russe Vladimir Poutine a prononcé son grand discours annuel sur l’état de la Nation à l’Assemblée fédérale ce mercredi 21 avril dans la salle d’exposition centrale de Manezh, à Moscou. (service de presse du Kremlin)

«En politique étrangère, nous devons assurer la paix. Nous avons nos propres intérêts. Si quelqu’un ne veut pas dialoguer, choisit un ton égoïste, la Russie pourra défendre sa position. Hélas, tout le monde est habitué aux sanctions politiquement motivées. Mais maintenant, cette pratique devient quelque chose de plus dangereux.» , a déclaré le maître du Kremlin.

Poutine a aussi évoqué la soi-disant tentative d’assassinat dont le président contesté du Bélarus aurait été l’objet : «Par exemple, la récente tentative d’assassinat contre le président du Bélarus, un coup d’État. Vous pouvez traiter Ianoukovitch, Maduro, Loukachenko comme vous le souhaitez, avoir n’importe quel point de vue. Mais la pratique d’organiser des coups d’État est trop.», a dit Poutine.

Le président russe, comme il fallait s’y attendre, dénoncer ce qu’il a appelé les actions hostiles contre la Russie, disant faire de son côté preuve de retenue.

«Les actions hostiles contre la Russie ne s’arrêtent pas. Sans aucune raison de s’accrocher à la Russie, c’est un nouveau sport. Nous nous comportons extrêmement retenus, souvent ne réagissons même pas à une impolitesse pure et simple. Nous voulons avoir de bonnes relations avec tout le monde, mais nous voyons ce qui se passe.»

Et le maître du Kremlin, toujours défiant, de poursuivre «Si quelqu’un veut brûler des ponts, il doit savoir que la réponse de la Russie sera asymétrique, rapide et dure. Ils regretteront ce qu’ils ont fait d’une manière qu’ils n’ont pas regretté depuis longtemps. Nous avons suffisamment de responsabilité, de professionnalisme, de patience. Et où est la ligne rouge, nous le déterminerons dans chaque cas nous-mêmes.»

Sur un ton plus conciliant, Poutine a toutefois indiqué que a Russie invite à nouveau ses partenaires à débattre des thèmes de la sécurité et de la limitation des armements, précisant que cela s’applique à tous les systèmes stratégiques offensifs et défensifs

«Nous avons beaucoup fait pour résoudre les conflits, y compris le Haut-Karabakh. Nous construisons des liens avec la plupart des États sur la base du respect mutuel, cela vaut également pour de nombreux pays européens.», de poursuivre le président russe.

Pendant ce temps, la tension ne faiblit pas

Pendant ce temps à en juger par les déclarations officielles du Ministère russe de la Défense, une autre étape des exercices militaires de la Russie sur terre et dans les eaux de Crimée et de la mer d’Azov est terminée.

Même comparées aux actions conjointes de l’armée ukrainienne et des forces de l’OTAN, les manœuvres semblaient impressionnantes, avec plus de 20 navires de la flotte de la mer Noire et plus de 50 avions militaires participant aux exercices, admettent les médias russes.

Cependant, les troupes russes ne prévoient pas de quitter la région après les exercices, notent les médias russes..

«Je ne pense pas que la Russie ait complètement terminé les exercices dans le sud. La concentration des troupes russes et des forces de la marine du pays dans la région de la mer d’Azov et de la mer Noire est susceptible de se poursuivre, puisque le ministère de la Défense poursuivra les manœuvres militaires dans le sud pratiquement jusqu’à l’hiver a déclaré l’expert militaire, le colonel Nikolai Shulgin au journal russe Nezavisimaya Gazeta.

Bref, un discours qui n,annonce pas, tant s’en faut, une baisse des tensions.

Et le ministère russe de la Défense a déjà annoncé qu’en raison des exercices militaires dans un certain nombre de zones de la mer Noire », du 24 avril au 31 octobre, le droit de passage inoffensif à travers les eaux territoriales de la Russie pour les navires de guerre étrangers et autres navires d’État est suspendu. . « 

Le 15 avril, le président américain Joe Biden a signé un décret sur l’introduction de nouvelles sanctions anti-russes le 15 avril. En outre, il  a annoncé l’expulsion de 10 employés de la mission diplomatique russe à Washington. 

Le 16 avril, le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé que la Russie avait imposé des contre-mesures en réponse aux nouvelles sanctions américaines.

Le 17 avril 2021, la République tchèque a annoncé l’expulsion de 18 diplomates russes, prétendument en raison du lien de Moscou avec l’incident de Vrbetice en 2014. En réponse, la Russie a déclaré que 20 employés de l’ambassade tchèque en Fédération de Russie étaient persona non grata.

Pas un mot sur Navalny

Poutine n’a toutefois pas dit un mot sur le sort de l’opposant Alexeï Navalny, qui a cessé de s’alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention, dont l’Occident réclame la libération et dont l’empoisonnement en août 2020 impliquerait les services spéciaux russes, lors que ses partisans ont appelé à des manifestations le jour même du discours présidentiel dans une centaine de villes à 19 h locales le long des neuf fuseaux horaires

«Pour obtenir des élections honnêtes et la libération de prisonniers politiques, il faut des centaines de milliers, des millions de gens dans la rue et pas une fois, mais autant de fois que nécessaire », a estimé sur YouTube le bras droit de Navalny, Leonid Volkov, qui, lui, vit en exil.

La mobilisation semblait en province moins importante que lors de précédentes manifestations en janvier et février, lorsque des dizaines de milliers de Russes étaient descendus dans la rue, entraînant au moins 11 000 arrestations, rapportent les médias. À Moscou, les protestataires veulent se réunir à 12 h près du Kremlin, mais la police devrait être là en nombre pour les en empêcher.  

L’ONG spécialisée OVD-Info comptabilisait mercredi en début d’après-midi 54 interpellations.  Des perquisitions ont en outre visé des locaux liés à l’organisation de l’opposant et certaines figures ont été arrêtées, dont la porte-parole de Navalny, Kira Iarmysh.

Dès la semaine prochaine, la justice doit examiner une demande du Parquet visant à classer comme «extrémistes» les organisations liées à l’opposant, ce qui exposerait tous ses militants à de lourdes peines de prison.