Retrait des troupes: Washington aura les moyens d’empêcher une résurgence d’Al-Qaïda en Afghanistan, affirme Blinken

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Les États-Unis conserveront les moyens d’empêcher une attaque terroriste qui serait lancée depuis le territoire de l’Afghanistan, malgré le retrait de leurs troupes d’ici au 11 septembre décidé par Joe Biden, a affirmé dimanche le secrétaire d’État Antony Blinken.

Interrogé par la journaliste Martha Raddatz à l’émission «This Week» sur la chaîne ABC, une des trois grandes chaînes hertziennes des États-Unis, le secrétaire d’État a déclaré : « Nous allons avoir les moyens de voir s’il y a une résurgence, une réémergence de la menace terroriste depuis l’Afghanistan. Nous serons capables de voir cela en temps réel et d’agir ».

Joe Biden a annoncé mercredi dernier que les États-Unis allaient mettre fin à leur plus long conflit. « L’heure est venue de mettre fin à cette guerre sans fin », avait-il martelé dans un discours solennel depuis la Maison-Blanche.

Le chef de la diplomatie américaine défend du président américain de retirer toutes les troupes d’Afghanistan d’ici au 20e anniversaire des attentats du 11-Septembre.

L’Afghanistan avait alors servi de base arrière à Al-Qaïda pour lancer ces attaques contre le territoire américain, ce qui avait déclenché l’intervention militaire des États-Unis et de leurs alliés.

Mais, malgré la lassitude du public près 20 ans de présence américaine en Afghanistan et la pression exercée par l’électorat américain sur ses dirigeants pour qu’ils mettent fin aux «guerres éternelles»(«forever wars »), plusieurs, tant du côté démocrates que républicains, croient encore que le prix de la sécurité est la constellation de bases militaires, les arsenaux d’armes et d’avions et, en matière de renseignement, le précieux réseau de sources humaines, bâti au cours des deux décennies de présence dans ce pays et qui risque maintenant de s’étioler.

«Nous allons repositionner nos forces et nos moyens et nous assurer que nous pouvons nous protéger d’une réémergence potentielle» d’Al-Qaïda en Afghanistan, rétorque le secrétaire d’État.

En dépit de tout ce que dit Biden, les agences militaires et de renseignement vont de toute évidence devoir en travailler un coup pour concevoir et mettre en place des plans de lutte contre les groupes extrémistes en Afghanistan à la suite du retrait prévu des troupes et, d’ores et déjà, les responsables militaires actuels et anciens ainsi que les spécialistes du renseignement préviennent qu’il sera beaucoup plus difficile de repousser les menaces à la sécurité américaine de loin ( rappelons nous que c’était LA raison de la présence américaine) une fois les troupes partis.

Mais pour Antony Blinken, les États-Unis doivent réorienter leurs actions et les adapter à un monde dont les menaces ont changé.«Le président pense que nous devons regarder le monde d’aujourd’hui avec un prisme de 2021 pas de 2001».

«La menace du terrorisme s’est déplacée à d’autres endroits. Et nous avons d’autres très importants sujets à notre agenda, dont notre relation avec la Chine, qui va du changement climatique à la COVID-19. C’est là-dessus que nous devons concentrer notre énergie et nos ressources», a-t-il ajouté.

En outre, même si départ d’ici au 11 septembre interviendra plusieurs mois après la date butoir du 1er mai inscrite dans l’accord conclu par Donald Trump avec les talibans en février 2020, les États-Unis étaient un peu contraints de se conformer à cet accord de retrait qui a mis l’eau à la bouche des insurgés, tant et si bien qu’aujourd’hui les talibans ne sont pas prêts à accepter moins et ne se donnent même plus la peine de négocier de bonne foi dans le cadre des pourparlers interafghans qui ont suivi le premier accord, sûrs qu’ils sont de leur victoire.

L’ex-président américain pour sa part a estimé dimanche que quitter l’Afghanistan était «une chose merveilleuse et positive , tout en déplorant que son successeur démocrate ait choisi la date du 11-Septembre. « D’une part, nous pouvons et devrions partir plus tôt», au plus près du 1er mai, a écrit Donald Trump dans un communiqué. «D’autre part, cette date « représente un évènement et un moment très tristes pour notre pays et devrait rester une journée consacrée à la réflexion et au souvenir » des victimes.

Bref, pour les responsables de l’administration Biden la menace terroriste est aujourd’hui disséminée en de nombreux endroits du monde et plus seulement concentrée en Afghanistan et qu,en outre il convient de se concentrer sur ce qu’ils croient être des défis plus urgents ou plus graves, comme la montée en puissance de la Chine, quitte à abandonner l’Afghanistan.

Mais seul l’avenir nous dira si leur décision était judicieuse.