Déclaration du ministre Garneau sur la situation en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

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Le lynchage d’un homme diffusé à la télévision. (AFP)
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Le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, a fait aujourd’hui une déclaration sur la situation en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

« Le Canada suit la situation en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec une grande inquiétude. Nous sommes consternés par la violence continue, la montée des tensions et les pertes de vies humaines, y compris des enfants. Nos pensées accompagnent les familles des victimes et leurs proches.

« Le Canada exhorte toutes les parties à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à la violence, désamorcer les tensions, protéger les civils et faire respecter le droit international. Nous soutenons fermement les peuples israélien et palestinien dans leur droit de vivre sans crainte, en paix, en sécurité, dans la dignité et dans le respect de leurs droits humains.

« Les tirs de roquettes sans discernement par le Hamas sur des zones populeuses d’Israël sont absolument inacceptables et doivent cesser immédiatement. Le Canada soutient le droit d’Israël de vivre en paix avec ses voisins à l’intérieur de frontières sûres et reconnaît le droit d’Israël d’assurer sa propre sécurité.

« Le Canada est profondément troublé par la violence totalement inacceptable à Jérusalem, y compris à l’intérieur et autour d’al-Aqsa. Ces événements sont particulièrement troublants pendant le mois sacré du Ramadan. Les lieux de culte doivent être des endroits où les gens peuvent se rassembler pour une réflexion pacifique et ne devraient jamais être des lieux de violence. Il est crucial de respecter le caractère sacré et la sécurité des lieux saints. La violence dans et autour du Haram al-Sharif/Mont du Temple doit cesser.

« Le Canada demeure gravement préoccupé par l’expansion continue des colonies et par les démolitions et les expulsions, y compris les cas en cours à Sheikh Jarrah et Silwan. Ces actions ont un impact sur les familles et les moyens de subsistance et ne servent ni la paix ni le droit international. Il faut éviter les actions unilatérales qui préjugent le résultat des négociations directes et compromettent davantage les perspectives d’une solution à deux États. 

« Le Canada est engagé envers l’objectif d’une paix complète, juste et durable au Moyen-Orient, y compris la création d’un État palestinien vivant côte à côte avec Israël dans la paix et la sécurité. Le Canada réitère son appel à la désescalade immédiate des tensions et à la fin de la violence.

« En pensant d’abord aux jeunes Israéliens et Palestiniens et aux générations futures, nous exhortons toutes les parties à renouveler leur engagement envers la paix et la sécurité. Nous serons toujours prêts à soutenir les efforts en faveur d’une solution à deux États. »

Les États-Unis soutiennent eux aussi le droit d’Israël à se défendre 

Le président américain Joe Biden s’est entretenu mercredi par téléphone avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, peu après l’annonce de l’envoi d’un émissaire en Israël et dans les Territoires palestiniens suite à l’embrasement des derniers jours.

« J’ai eu un échange avec Bibi Nétanyahou », a-t-il déclaré depuis la Maison-Blanche. « Mon espoir est que la situation soit résolue aussi rapidement que possible, mais Israël a le droit de se défendre quand des milliers de roquettes sont tirées vers son territoire », a-t-il ajouté.

Hady Amr, haut responsable du département d’État américain chargé des affaires israéliennes et palestiniennes, aura pour mission d’exhorter « au nom du président Biden à une désescalade de la violence », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken devant la presse.

Il devait quitter Washington dès mercredi pour aller s’entretenir avec de hauts responsables israéliens et palestiniens, a ajouté un responsable américain sans plus de précisions.

Le secrétaire d’État s’est par ailleurs entretenu lui aussi au téléphone mercredi avec M. Nétanyahou, auquel il a « réitéré son appel à toutes les parties en faveur d’une désescalade des tensions et pour mettre fin à la violence ».

Tout en confirmant « le soutien ferme des États-Unis au droit d’Israël à se défendre », il a aussi « souligné la nécessité pour les Israéliens et les Palestiniens d’être en mesure de vivre en sécurité » et de « jouir dans la même mesure de la liberté, de la sécurité, de la prospérité et de la démocratie ».

Le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin s’est lui entretenu avec son homologue israélien Benny Gantz pour appeler également « toutes les parties impliquées » à « prendre des mesures pour ramener le calme ».

La nouvelle flambée de violences, la plus intense depuis sept ans, a fait plus de 60 morts des deux côtés dans les tirs de roquettes du mouvement islamiste Hamas et les frappes israéliennes – dont plus de 50 à Gaza, parmi lesquels au moins 14 enfants, et six en Israël.

Devant la presse, Antony Blinken a de nouveau condamné les attaques du Hamas vers Israël « avec la plus grande fermeté », mais il a aussi estimé que « tout décès de civils » était « une tragédie ».

« Je pense qu’Israël a un devoir supplémentaire d’essayer de faire tout son possible pour éviter les victimes civiles, même s’ils ont le droit de défendre leur population », a déclaré Antony Blinken, soulignant que les images d’enfants palestiniens morts étaient « déchirantes ». « Les Palestiniens ont le droit à la sécurité », a-t-il ajouté.

Face aux critiques quant à l’attitude de l’administration de Joe Biden, souvent accusée d’être en retrait sur le dossier israélo-palestinien, le secrétaire d’État a assuré que les États-Unis étaient « pleinement impliqués » auprès de « toutes les parties, y compris les Palestiniens », même s’il n’a pas voulu préciser la nature des contacts avec les dirigeants palestiniens.

« La chose la plus importante maintenant, c’est que toutes les parties cessent la violence, engagent une désescalade », a-t-il insisté.

Un responsable américain sous couvert de l’anonymat a confirmé que les États-Unis étaient en train de multiplier les contacts avec d’autres acteurs de la région, notamment l’Égypte et la Jordanie, pour obtenir des résultats. « Le Caire a les mêmes intérêts que nous en faveur d’une désescalade », « nous continuons à nous coordonner étroitement », a-t-il dit.

Une alerte à la roquette retentit dans le nord d’Israël

Pour la première fois depuis le début de l’escalade militaire en cours avec les islamistes du Hamas, l’armée israélienne a annoncé jeudi une alerte à la roquette dans le nord du pays.

Jusqu’à présent, les roquettes tirées depuis la bande de Gaza par le Hamas avaient déclenché les sirènes d’alarme dans le sud et le centre d’Israël, mais pas dans le nord du pays.

Mais tôt jeudi matin, les sirènes ont retenti à nouveau dans la métropole Tel-Aviv, où des habitants se sont précipités dans des abris, mais aussi dans la vallée de Jezreel, située en Galilée (nord) du pays.

Depuis le début, lundi soir, de l’escalade militaire entre le Hamas, mouvement islamiste armé au pouvoir dans la bande de Gaza, et Israël, environ 1500 roquettes ont été tirées depuis l’enclave palestinienne vers le territoire israélien, selon un dernier bilan de l’armée.

Selon l’armée, le lancement de 350 roquettes a « échoué » et des « centaines » d’autres ont été interceptées par le bouclier antimissile « Dôme de fer ». Sept personnes ont été tuées, dont un enfant de six ans et un soldat, dans des tirs de roquettes ou de missiles antichars depuis la bande de Gaza.

De son côté, l’armée israélienne a pilonné la bande de Gaza et poursuivait tôt jeudi matin ses frappes, selon un journaliste de l’AFP sur place.

Selon le dernier bilan du ministre de la Santé dans la bande de Gaza, les affrontements des derniers jours ont fait 67 morts et 388 blessés dans ce territoire palestinien paupérisé de deux millions d’habitants.

Le lynchage d’un homme diffusé à la télévision

Par ailleurs, Israël était sous le choc tard mercredi soir après la diffusion à la télévision, en direct et à une heure de grande écoute, du lynchage d’un homme, considéré arabe par ses agresseurs, par des militants d’extrême droite près de Tel-Aviv.

Ces images insoutenables montrent un homme être sorti de force de sa voiture puis roué de coups par une foule de plusieurs dizaines de personnes, jusqu’à ce qu’il perde connaissance.

L’incident, dont les images ont été diffusées en direct par la chaîne publique Kan, s’est produit sur la promenade en bord de mer de Bat Yam, ville au sud de la métropole Tel-Aviv.

Les forces de police et les services de secours ne sont arrivés que quinze minutes plus tard. Pendant ce temps, la victime restait allongée, inerte, au milieu de la rue.

Des personnes dans la foule ont justifié ce lynchage en affirmant que l’homme était un Arabe ayant tenté de foncer sur un rassemblement de partisans d’extrême droite. Mais la séquence diffusée par Kan laisse plutôt penser à un automobiliste cherchant à éviter la manifestation.

La victime « du lynchage est grièvement blessé, mais (dans un état) stable », a indiqué dans un communiqué l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv, sans révéler son identité.

Le député d’extrême droite Bezalel Smotrich, chef du parti « Sionisme Religieux », a affirmé avoir « avoir honte » de ce lynchage d’une « cruauté atroce ». « Frères juifs, Stop ! ! Nous ne pouvons en aucun cas nous laisser aller à des actes violents », a-t-il ajouté.

Le grand rabbin d’Israël Yitzhak Yossef a appelé à cesser les agressions commises par des juifs : « Des citoyens innocents sont attaqués par les organisations terroristes, le cœur est lourd et les images difficiles mais nous ne pouvons pas nous laisser entrainer dans des provocations et des agressions », a-t-il précisé.

Pour le député arabe Issawi Fredj (Meretz, gauche), il s’agit des « prémices d’une guerre civile ».

Des militants d’extrême droite ont manifesté mercredi soir à travers le pays, provoquant des affrontements avec les forces de l’ordre, et parfois des Arabes israéliens.

La police a indiqué « réagir aux incidents violents dans plusieurs villes, notamment Lod, Acre et Haïfa ». Selon elle, un juif a été grièvement blessé par des jets de pierres dans la ville mixte judéo-arabe d’Acre.

« Les émeutiers à Lod et Acre ne représentent pas les Arabes israéliens, les émeutiers à Bat Yam […] ne représentent pas les juifs israéliens, la violence ne dictera pas nos vies », a relevé le chef de l’opposition Yaïr Lapid, qui tente de former une coalition d’union nationale après l’échec du premier ministre Benyamin Nétanyahou à rallier une coalition de droite.

De son côté, M. Nétanyahou a relevé dans un communiqué que « ce qu’il se passe depuis ces derniers jours dans les villes d’Israël est insupportable… rien ne justifie le lynchage d’arabes par des juifs et rien ne justifie le lynchage de juifs par des arabes ».

*Avec AFP