Israël et le Hamas se dirigent vers une «guerre à grande échelle»

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L’opération Gardien des murs en réponse aux tirs de roquettes se poursuit. «Nous garderons les murs et les cieux et défendrons Israël.», assure l’armée israélienne. (Twitter/@LTCJonathan)
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L’escalade militaire entre le Hamas et Israël se poursuit mercredi matin avec de nouvelles frappes israéliennes sur la bande de Gaza, après une pluie de roquettes lancées par le mouvement islamiste vers plusieurs villes israéliennes, dont la métropole Tel-Aviv, Israël et le Hamas se dirigeant vers une «guerre à grande échelle».

Après une nuit marquée par des échanges de tirs entre le Hamas et Israël, l’armée israélienne a indiqué avoir achevé mercredi à l’aube une nouvelle et vaste «série de raids, frappant des maisons qui appartenaient à des membres de haut rang de l’organisation terroriste Hamas».

Le mouvement islamiste a indiqué que ces «raids successifs» avaient abouti à la destruction du quartier général de la police, sans préciser s’il y avait eu des victimes.

Ces nouvelles frappes, les plus importantes depuis la guerre de 2014 dans l’enclave selon l’armée, font suite aux centaines de roquettes tirées dans la nuit depuis l’enclave palestinienne vers le sol israélien.

Après une première volée de roquettes en direction de Tel-Aviv mardi soir, le Hamas a indiqué dans la nuit lancer plus de 220 nouveaux missiles vers Tel-Aviv et Beersheva (sud), où les sirènes d’alarme ont retenti.

Le Djihad islamique, deuxième groupe armé palestinien de Gaza dont au moins deux commandants ont péri dans des raids israéliens, a annoncé avoir mené tôt mercredi une «frappe puissante contre l’ennemi, avec 100 missiles tirés».

Les Forces de Défense israéliennes parlent, elles, de plus 1050 roquettes lancés en direction du centre et le sud d’Israël depuis l’enclave palestinienne.

L’armée israélienne a renforcé sa présence le long de la frontière. Les autorités ont appelé les résidents locaux à rester chez eux et à proximité des abris anti-bombes jusqu’à nouvel ordre.

La communauté internationale a appelé au calme face à cette flambée de violence, la pire depuis des années entre le Hamas et l’État hébreu.  

Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU se tiendra mercredi à huis clos, la deuxième en trois jours, d’après des sources diplomatiques.

Vers une «guerre à grande échelle»

Les hostilités ont été déclenchées par les troubles le weekend dernier sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, dans le secteur palestinien de Jérusalem annexé par l’État hébreu en 1967, et la tentative d’évincer les Palestiniens du quartier de Cheik Jarra de Jérusalem-Est au profit des colons israéliens. Elles sont en voie de déboucher sur les pires affrontements entre Israël et le Hamas depuis 2014.

Côté palestinien, les attaques israéliennes menées avec des avions de chasse et des hélicoptères de combat ont fait au moins 42 morts parmi lesquels 13 enfants, et au moins 269 blessés, selon le ministère de la Santé à Gaza.  

En Israël, au moment d’écrire ces lignes, le bilan des personnes tuées au total dans les tirs de roquettes est passé à six, selon la police et les service de secours, l’une des victimes qui avait été blessée lorsqu’un missile antichar tiré de Gaza avait frappé un véhicule du côté israélien de la frontière étant décédée. Des dizaines d’autres ont été blessées,

Le Hamas a d’abord tiré mardi soir un barrage de roquettes vers Tel-Aviv après la destruction complète d’un immeuble d’une douzaine d’étages dans le centre de la ville de Gaza, dans lequel des ténors du mouvement avaient leurs bureaux.

Faisant état de la destruction d’un autre immeuble, comportant les locaux d’une télévision locale, des logements et des commerces sur neuf étages, le Hamas a annoncé une nouvelle salve de roquettes.

Israël et le Hamas se dirigent vers une «guerre à grande échelle», a prévenu mardi l’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient Tor Wennesland, alors que l’escalade des violences ne laisse présager, pour l’instant, aucun signe d’apaisement.

«Il y a encore beaucoup de cibles dans le viseur, ce n’est que le début», a affirmé le ministre de la Défense Benny Gantz, ancien chef de l’armée lors de la guerre de Gaza en 2014, tandis que le premier ministre Benyamin Nétanyahou a affirmé que le Hamas «allait se prendre une raclée à laquelle il ne s’attend pas».

Le chef du parti de la droite unifiée Yamina, Naftali Bennett, a appelé le gouvernement à ne pas arrêter la campagne actuelle à Gaza «avant que le Hamas ne paie un lourd tribut», ajoutant que «le ministère de la Sécurité publique et la police doivent immédiatement assurer la sécurité des familles assiégées dans leurs maisons par peur des émeutiers arabes et les traduire en justice».

Dans une intervention télévisée, le chef du Hamas Ismaïl Haniyeh s’est lui dit «prêt» à en découdre.

«Si (Israël) veut une escalade, la résistance est prête et si (Israël) veut arrêter nous sommes prêts aussi», a-t-il déclaré, en appelant les forces de l’ordre israéliennes à se retirer de l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, troisième lieu saint de l’islam, mais théâtre ces derniers jours de heurts entre policiers israéliens et manifestants palestiniens ayant fait plus de 700 blessés.

Médiation et réunion du Conseil de sécurité de l’ONU

Les violences se sont étendues mardi soir à plusieurs localités arabes israéliennes. La police a arrêté 21 suspects lors des violentes manifestations à Jisr A-Zarqa et Wadi Ara (nord).

A Lod, qui jouxte l’aéroport international Ben Gourion où les vols ont été temporairement suspendus, un état d’urgence a été décrété après des «émeutes» de la minorité arabe, d’après la police.  

Face aux violences, le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra mercredi une nouvelle réunion à huis clos en urgence, la deuxième en trois jours, d’après des sources diplomatiques.

La première réunion lundi s’était soldée sans aucune déclaration commune en raison de réticences des États-Unis à adopter un texte «à ce stade».

Des sources diplomatiques avaient affirmé lundi aux médias que l’ONU, avec l’aide du Qatar et de l’Égypte, avait amorcé une médiation auprès des parties «concernées» afin d’obtenir une désescalade.

Mais Le Caire a affirmé mardi avoir tenté en vain jusqu’à présent de discuter avec Israël pour apaiser les tensions. Des sources palestiniennes et égyptiennes ont déclaré qu’ils avaient eu des pourparlers pour mettre fin à l’escalade jusqu’à mardi après-midi, mais qu’ils avaient pris fin en raison de l’opposition d’Israël et de trois commandants du Jihad islamique.

Interrogé sur cette médiation, le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan Conricus a rétorqué mardi : «Je ne crois pas que mes commandants soient au courant ou particulièrement intéressés». 

*Avec AFP