L’administration Biden décide finalement de ne pas revenir dans le traité «Ciel ouvert»

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L’administration américaine de Joe Biden a décidé de ne pas revenir dans le traité de surveillance militaire «Ciel ouvert» dont Donald Trump avait claqué la porte, estimant à son tour que cet accord avait été «sapé» par les «violations de la Russie».

Coïncidence presque ironique, l’annonce de cette décision intervient quelques jours à peine après l’annonce par la Maison-Blanche que le président américain rencontrera son homologue russe Vladimir Poutine le 16 juin à Genève, en Suisse.

Pourtant, alors qu’il n’était que candidat candidat à l’élection présidentielle, Joe Biden avait critiqué la décision de Donald Trump, dénonçant ce qu’il avait qualifié de «politique à courte vue de faire cavalier seul et d’abandonner le leadership américain».

L’accord vieux de près de 30 ans, connu sous le nom de Traité Ciel ouvert, avait été mis en place pour garantir, notamment, que la Russie et les États-Unis puissent surveiller leurs mouvements militaires respectifs en utilisant des capteurs sophistiqués dans des avions survolant le territoire de l’autre.

Le Traité Ciel ouvert a aussi été signé par 35 pays dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Russie après la fin de la guerre froide et l’effondrement de l’Union soviétique.

• Le traité a été négocié en 1992 et est entré en vigueur le 1er janvier 2002.

• Le traité vise à renforcer la confiance entre les signataires en autorisant des vols de surveillance aérienne non armés sur l’ensemble du territoire des pays participants.

• En vertu du traité, tous les pays participants peuvent observer les armées des uns et des autres grâce à une surveillance aérienne. Toutes les nations participantes peuvent effectuer des survols sur l’ensemble du territoire de l’État partie et aucun territoire ne peut être déclaré hors-limites par le pays hôte.

• En vertu du traité, chaque pays se voit attribuer un quota annuel de vols qu’il doit accepter et peut effectuer.

• Tous les signataires ont également le droit d’effectuer un nombre égal de vols d’observation au-dessus de toute nation partie qui le survole.

• Plusieurs États / parties peuvent participer à un survol.

• Les pays participants peuvent également demander des copies des images prises lors des vols de surveillance effectués par d’autres membres.

• Le pays hôte est généralement averti 72 heures avant un survol et 24 heures à l’avance de la trajectoire de vol. Le pays hôte est autorisé à suggérer des modifications de la trajectoire de vol.

Carte des 35 États du traité Ciel ouvert ( Photo Super cyclist)

L’administration américaine précédente sous l’ancien président Donald Trump avait exercé son droit de retrait de l’accord en vertu de l’article XV du Traité Ciel ouvert en notifiant sa décision de se retirer du traité, avec effet six mois à compter de la date de notification. L’administration avait affirmé que la Russie violait l’accord qui permet aux deux puissances et à leurs alliés de surveiller l’espace aérien de l’autre.

Les États-Unis se sont ainsi officiellement retirés du Traité Ciel ouvert en novembre 2020, le porte-parole du département d’État américain déclarant le 22 novembre 2020 que six mois s’étaient écoulés depuis que les États-Unis avaient notifié aux pays parties à l’accord leur décision de se retirer.

Mais, au moment où le président russe Vladimir Poutine soumettait officiellement au parlement russe un projet de loi proposant la sortie à son tour de la Russie du traité, les États-Unis ont informé le 12 mai 2021 qu’ils réexaminaient le retrait de l’administration précédente du Traité Ciel ouvert.

Depuis, les députés russes ont voté le 19 mai le retrait de Moscou, mais le gouvernement russe avait assuré être prêt à rester dans l’accord si les Américains proposaient une «solution constructive».

Mais aujourd’hui, les responsables ont déclaré avoir conclu que les Russes continuaient de violer le pacte et qu’il n’y avait aucune chance de le sauver.

Les responsables américains ont déclaré en outre qu’ils trouvaient peu de valeur au traité, les satellites offrant une vue aussi bonne ou meilleure de l’activité militaire russe. Mais les alliés américains ont longtemps fait valoir que la véritable valeur résidait dans les informations qu’ils pouvaient collecter à partir des avions, et ils craignent maintenant de perdre l’accès aux vues des déploiements de troupes et d’armes russes, en particulier dans des endroits comme l’Ukraine.

Ce à quoi les États-Unis répondent en assurant alliés et partenaires que Washington fournirait ce dont ils auront besoin.

Cette décision signifie également selon plusieurs observateurs qu’il est très probable qu’aucun des deux principaux traités avec la Russie que Donald Trump a abandonnés – Open Skies et l’accord sur les forces nucléaires intermédiaires – ne soit rétabli.

Un seul traité majeur de contrôle des armements entre les puissances nucléaires, le nouveau traité START,restera donc en vigueur. Trump n’avait rien fait pour prolonger le nouveau START, qui aurait expiré plus tôt cette année, mais après son entrée en fonction, l’administration Biden a agi rapidement pour le prolonger de cinq ans.