L’aviation israélienne a intensifié ses frappes à Gaza

0
204
Les ruines de bâtiments qui ont été détruits lors de frappes aériennes israéliennes dans le nord de la bande de Gaza, aujourd'hui. (Twitter)
Temps de lecture estimé : 6 minutes

Les combats entre Israël et le Hamas se sont intensifiés dans ce qui est devenu la plus forte flambée de violence depuis le conflit avec Gaza en 2014. Au moins 83 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza et sept en Israël, lors des échanges aériens les plus intenses depuis des années.

Mise à jour 13/05/2021, 10h02

Le commandant des brigades al-Qassam, branche armée du Hamas, Mohammed Deif, a annoncé via son porte-parole avoir lancé une roquette d’une portée de 250 km vers l’aéroport de Ramon, situé à plus de 200 km de la bande de Gaza, enclave palestinienne sous contrôle de ce mouvement islamiste armé, en «représailles» aux frappes israéliennes. Le Hamas «appelle les compagnies aériennes internationales à interrompre immédiatement leurs vols vers tout aéroport» en Israël, a-t-il ajouté.

Plus tôt cette semaine, des vols au départ de l’aéroport Ben Gourion, le plus important du pays, avaient été temporairement suspendus en raison de premières salves de roquettes cette semaine du Hamas vers la métropole Tel-Aviv. Les compagnies aériennes américaines American Airlines et United Airlines ont suspendu leurs vols en Israël jusqu’au 15 mai au moins.

—————————————————-

Peu après minuit, les alertes à la roquette ont repris dans le sud du pays, mais aussi dans la métropole de Tel-Aviv et, pour la première fois depuis le début de l’escalade lundi, jusque dans le nord.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, cinq personnes ont été blessées quand une roquette s’est abattue dans un complexe résidentiel de Petah Tikva, près de Tel-Aviv, selon les secouristes.

Pendant ce temps, un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré que Tsahal avait atteint plus de 600 cibles dans la bande de Gaza depuis le début de l’opération militaire, la majorité appartenant au Hamas.

Cela comprend un tunnel situé sous une école, l’organisation de sécurité intérieure du mouvement islamique, ainsi que deux succursales de la banque centrale utilisées par le Hamas dans l’enclave, a déclaré le porte-parole.

Les Forces de Défense d’Israël ont également affirmé avoir frappé la maison d’Iyad Tayyeb, un commandant de bataillon de la branche militaire du Hamas, pendant la nuit.

Le mouvement islamiste avait annoncé mercredi le décès du chef de sa branche militaire pour la ville de Gaza, la principale du territoire palestinien, tandis que les services de renseignement intérieurs israéliens ont annoncé le décès de plusieurs autres ténors de l’organisation.

L’aviation israélienne a pulvérisé une tour de plus de dix étages abritant des bureaux de la chaîne palestinienne Al-Aqsa, créée il y a quelques années par le Hamas. Le dernier bilan fait état de 67 morts à Gaza, dont 17 enfants, et près de 400 blessés.

«En représailles au raid sur la tour Al-Shorouk et à la mort d’un groupe de dirigeants», le Hamas a lancé mercredi soir plus d’une centaine de roquettes vers Israël dont plusieurs ont été interceptées par le bouclier antimissiles «Dôme de Fer».

Environ 1 369 roquettes ont été lancées de Gaza vers Israël depuis que les derniers combats ont éclaté avec la bande de Gaza, a indiqué pour sa part le brigadier-général Itzik Bar, commandement du front intérieur de l’armée israélienne.

De ces 1 369 roquettes, 1 031 roquettes sont tombées en territoire israélien, dont 264 ont atterri dans des zones bâties.

«Il est possible de voir en quoi cette campagne diffère de la précédente», faisant référence à la guerre de Gaza en 2014, lorsque 4 000 roquettes ont été lancées sur Israël sur une période de 50 jours, a souligné le brigadier-général, alors que le bilan est passé à sept morts côté israélien, dont un enfant de six ans, Ido Avigal, et des centaines de blessés en un peu plus de deux jours.

Du côté palestinien, le ministère palestinien de la Santé de la bande de Gaza a déclaré que 83 personnes avaient été tuées jusqu’à présent dans les frappes israéliennes et 487 avaient été blessées. ces décès incluent 17 mineurs et sept femmes, selon les mêmes sources

Israël a aussi dans le cadre de l’opération en cours, Gardiens des Murs, mobilisé des troupes de combat le long de la frontière de Gaza et était au moment d’écrire ces lignes à «diverses étapes de la préparation des opérations au sol», a par ailleurs déclaré un porte-parole militaire, une mesure qui rappellerait les incursions similaires pendant les guerres Israël-Gaza en 2014 lors de l’opération Bordure protectriceet en 2008-2009 lors de l’opération Plomb Durci

«Le chef d’état-major inspecte ces préparatifs et fournit des conseils … nous avons un quartier général de division et trois brigades de manœuvre à Gaza qui se préparent à cette situation et à diverses éventualités», a déclaré le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.

Médiation et réunion à l’ONU

Face à l’intensification des combats, une troisième réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, publique cette fois-ci, est attendue vendredi.

Lors des deux premières visioconférences, tenues à huis clos, les États-Unis se sont opposés à l’adoption d’une déclaration commune pour faire arrêter les affrontements, la jugeant «contre-productive» à ce stade, selon des diplomates.

Washington a toutefois annoncé l’envoi d’un émissaire en Israël et dans les Territoires palestiniens pour exhorter une nouvelle fois à la «désescalade», tandis que Moscou a appelé à une réunion d’urgence du Quartet sur le Proche-Orient (UE, Russie, É.-U., ONU).

Mais le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, qui s’est entretenu au téléphone en soirée avec le président américain Joe Biden, a dit vouloir «continuer» à frapper et affaiblir les «capacités militaires» du Hamas.  

Le président palestinien Mahmoud Abbas-qui siège en Cisjordanie, théâtre de manifestations, de heurts et d’attaques contre les forces israéliennes ayant fait trois morts mardi-s’est lui entretenu avec le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken mais pour lui demander de faire «cesser les attaques israéliennes».

De son côté, Anthony Blinken a fait savoir dans un tweet qu’il lui avait signifié «la nécessité de mettre fin aux attaques à la roquette et de faire baisser les tensions».

Israël et le Hamas se dirigent vers une «guerre à grande échelle», a alerté l’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient Tor Wennesland: «Une guerre à Gaza serait dévastatrice et ce sont les gens ordinaires qui en paieraient le prix», dans ce territoire palestinien miné par un taux de chômage avoisinant 50 %.

En coulisses, l’ONU, le Qatar et l’Égypte s’activent pour faciliter une médiation, le chef de la diplomatie égyptienne ayant contacté son homologue israélien pour tenter en vain de le convaincre de cesser les frappes.

Une délégation égyptienne de responsables de la sécurité, faisant office de médiateur entre Israël et le Hamas, est arrivée à Tel Aviv, selon des sources de la chaîne d’information saoudienne Al Arabiya.

Selon les sources politiques citées par la chaîne saoudienne, des responsables israéliens ont déclaré à la délégation égyptienne qu’Israël ne demandait pas un cessez-le-feu avant samedi.

Le Hamas avait lancé lundi une première salve de roquettes vers Israël en guise de «solidarité» avec les centaines de Palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne sur l’Esplanade des mosquées, troisième lieu saint de l’islam et site le plus sacré du judaïsme situé à Jérusalem-Est, portion de la ville sainte illégalement occupée et annexée par par Israël selon le droit international.

Si l’Esplanade des Mosquées semble avoir retrouvé son calme jeudi, de nombreuses villes en Israël ont, elles, été le théâtre «d’émeutes» nocturnes.   

Des militants d’extrême droite ont manifesté à travers le pays, provoquant des affrontements avec les forces de l’ordre, et parfois des Arabes israéliens. La police a indiqué «réagir aux incidents violents dans plusieurs villes, notamment Lod, Acre et Haïfa».

Et le pays accusait le choc de la diffusion, en direct à la télévision du lynchage d’un homme, considéré arabe par ses agresseurs, près de Tel-Aviv. Ces images insoutenables montrent un homme sorti de force de sa voiture puis roué de coups par une foule de plusieurs dizaines de personnes, jusqu’à ce qu’il perde connaissance.

«Ce qu’il se passe depuis ces derniers jours dans les villes d’Israël est insupportable… rien ne justifie le lynchage d’Arabes par des juifs et rien ne justifie le lynchage de juifs par des Arabes», a déclaré dans la nuit Benyamin Nétanyahou, disant qu’Israël était confronté à un «combat sur deux fronts».  

*Avec AFP