Le retrait américain d’Afghanistan se déroule «comme prévu», assure le Pentagone, mais…

0
119
SLe secrétaire à la Défense Lloyd J.Austin III, au centre, et le chef d'état-major interarmées, le général Mark A. Milley, à l'extrême droite, tiennent un point de presse conjoint depuis le Pentagone, le 6 mai 2021.(Air Force Staff Sgt. Jack Sanders/DOD)
Temps de lecture estimé : 4 minutes

Les États-Unis ont envoyé des renforts dans les pays voisins de l’Afghanistan pour protéger le retrait des forces étrangères postées dans ce pays, qui se déroule «comme prévu», a déclaré ce jeudi le secrétaire américain de la Défense, Lloyd Austin, lors d’une conférence de presse au Pentagone en compagnie du chef d’état-major de la Défense, le général Mark Milley.

«Jusque-là, le retrait qui a débuté il y a moins d’une semaine se passe comme prévu », a déclaré le secrétaire à la défense.

Questionné sur les intenses affrontements dans la province du Helmand depuis que l’armée américaine a commencé samedi à retirer ses derniers soldats du pays, il a également assuré qu’ils étaient eux aussi attendus. «Ce à quoi nous assistons, c’est ce à quoi nous nous attendions : une pression accrue».

Les responsables américains ont déclaré avant le début du retrait qu’ils s’attendaient à ce que les talibans tentent d’intervenir, alors même que les insurgés continuent de faire pression sur les forces gouvernementales, en particulier dans les provinces de Helmand et de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan.

«Il y a toujours des niveaux soutenus d’attaques violentes» des talibans contre les forces de sécurité afghanes, a déclaré pour sa part Milley, mais qu’il n’y a pas eu d’attaques contre les forces américaines ou de la coalition depuis qu’ils ont commencé à se retirer du pays vers le 1er mai, a-t-il noté, et il a décrit les forces afghanes comme «cohésives», alors même que les spéculations tournent autour de la capacité de Kaboul à tenir à l’écart les talibans dans le pays dans les mois à venir.

«Ils se battent pour leur propre pays maintenant, donc ce n’est pas forcé, dans mon estimation militaire professionnelle, que les talibans gagnent automatiquement et Kaboul tombe, ou n’importe lequel de ces types de prédictions désastreuses», a ajouté Milley. «Ce n’est pas acquis d’avance. Il y a une capacité militaire importante au sein du gouvernement afghan. Nous devons voir comment cela se passe.»

Pour protéger le processus de retrait, le Pentagone a «positionné» au total six bombardiers lourds B-52 et 12 avions de combat F-18 «pour offrir un soutien si nécessaire», a annoncé pour sa part le général Milley.

Ils s’ajoutent au groupe aéronaval de l’USS Eisenhower dont la mission dans le Golfe a été prolongée.

D’intenses combats ont éclaté au cours du week-end dans la région méridionale du Helmand, après le début officiel samedi du départ des 2500 derniers soldats américains encore présents sur le territoire afghan, avec plus de 16 000 employés civils de sous-traitants du Pentagone.

Des avions américains ont aidé à repousser l’offensive majeure des talibans, qui a conduit des milliers d’Afghans à fuir leur domicile pour échapper aux violences, dans la région de Lashkar Gah.

En outre, les insurgés ont conquis un district dans le Nord et ils se sont emparés du deuxième plus grand barrage d’Afghanistan après des mois de féroces combats dans la province de Kandahar.

Les deux responsables du Pentagone, qui ont tous deux servi en Afghanistan, se sont néanmoins voulus rassurants, Lloyd Austin soulignant que les forces afghanes «ont contre-attaqué à Lashkar Gah et se sont bien battues», tandis que le général Milley rappelait qu’il «est encore trop tôt pour tirer des conclusions».

«Nous resterons des partenaires du gouvernement afghan et des forces afghanes, et nous espérons qu’avec notre soutien, les forces afghanes seront efficaces», a ajouté le secrétaire à la Défense.

«Ils ont des capacités assez importantes, mais nous pensons que ce sera difficile», a-t-il néanmoins reconnu.

L’avenir du soutien américain

Milley a indiqué que le Pentagone envisageait des options pour continuer à soutenir les forces gouvernementales afghanes après le retrait des troupes, y compris éventuellement la formation des forces de sécurité afghanes dans un autre pays. Cela s’ajouterait au fait d’exhorter le Congrès à autoriser la poursuite de l’aide financière aux forces afghanes, qui est de l’ordre de 4 milliards de dollars U.S. par an depuis de nombreuses années, et peut-être à fournir un appui à la maintenance des aéronefs à distance depuis un autre pays.

Milley a expliqué que l’armée de l’air afghane était au cœur de la stratégie visant à tenir à l’écart les talibans, mais la durabilité de ses avions est mise en doute. L’inspecteur général spécial des États-Unis pour la reconstruction de l’Afghanistan a déclaré dans un rapport du 30 avril que sans le soutien continu de sous-traitants étrangers, aucune des cellules de l’armée de l’air afghane ne peut être maintenue comme efficace au combat pendant plus de quelques mois.

Austin a reconnu que retenir les talibans sans le soutien américain sur le terrain «sera un défi» pour les Afghans.

«Nous espérons que les forces de sécurité afghanes joueront un rôle majeur dans l’arrêt des talibans», a déclaré Austin. «Ce que nous voyons se dérouler, c’est ce que nous nous attendions à voir se déployer – une pression accrue» sur les forces afghanes. Il a affirmé que les forces gouvernementales avaient lancé une contre-attaque cette semaine contre les talibans à Lashkar Gah, la capitale de la province d’Helmand, et qu’elles «obtenaient de bons résultats».

Les responsables du Pentagone ont déclaré qu’ils feraient tout leur possible pour surveiller les menaces terroristes et aider les Afghans à partir d’autres endroits de la région, décrits comme des menaces «à l’horizon». Mais les responsables n’ont pas pu préciser où se trouveraient ces autres endroits de la région.

Le général Frank McKenzie, le plus haut commandant américain pour le Moyen-Orient, a pour sa part récemment averti que l’armée afghane «s’effondrera certainement» sans un soutien américain continu une fois que toutes les troupes américaines seront retirées. Il s’est dit préoccupé par le fait que les forces afghanes pourraient être incapables d’empêcher les talibans de prendre plus de terrain, et a déclaré que les Afghans auront besoin d’aide et de financement pour entretenir et faire voler leurs avions.

Milley lui-même n’était pas si optimiste qu’aujourd’hui quand il a déclaré la semaine dernière que les forces gouvernementales afghanes sont confrontées à un avenir incertain et, dans le pire des cas, à de «mauvais résultats possibles» contre les insurgés talibans alors que le retrait des troupes américaines et de la coalition s’accélère dans les semaines à venir.

Mais aujourd’hui, Milley a adopté un ton plus optimiste. Est-ce cela qu’on appelle peut-être ‘contre mauvaise fortune, faire bon cœur’ ?

*Avec AFP