Jérusalem: nouvelle flambée de violences ce matin avec près de 300 blessés, suivie d’une accalmie bien temporaire

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Un Palestinien se dispute avec un agent de la police des frontières dans la vieille ville de Jérusalem, le 10 mai 2021 (AFP)
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Jets de pierres, gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc. De nouveaux affrontements entre Palestiniens et policiers israéliens ont fait ce lundi près de 300 blessés, en majorité palestiniens, sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, après un week-end de violences dans la Ville sainte.

Mise à jour 10/05/2021, 12h00

Les parlementaires israéliens ont été évacués de la Knesset et emmenés dans des abris après des informations faisant état de tirs de roquettes : des groupes palestiniens à Gaza ont tiré des roquettes sur la région de Jérusalem et le sud d’Israël, à la suite d’un 18 heures du soir. ultimatum lancé par le Hamas pour qu’Israël retire ses forces du mont du Temple (esplanade des Mosquées).

La police a décidé d’interrompre la marche du Drapeau, qui avait commencé quelques instants plus tôt.

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Mise à jour 10/05/2021, 11h49

Le Hamas donne à Israël «jusqu’à 18 h ce soir (lundi 11 h HAE) pour retirer ses soldats» de l’Esplanade des Mosquées et du quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, a prévenu dans un bref communiqué le porte-parole de la branche militaire du mouvement en suggérant des frappes en cas de refus de la part des autorités israéliennes.

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Mise à jour 10/05/2021, 9h18

La marche du Drapeau de Jérusalem ne passera pas par la porte de Damas, dans le quartier musulman, déclare la police La police a déterminé que la marche annuelle du Drapeau de la Journée de Jérusalem ne passera pas par la porte de Damas, après une journée d’affrontements intenses entre les fidèles palestiniens et la police. La marche n’entrera pas non plus dans le quartier musulman.

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Cette flambée de violences ce matin a été suivie d’une accalmie en après-midi (heure de Jérusalem), la police se retirant après des heures d’affrontements et des manifestants palestiniens sur le site déclarant la victoire, mais le calme risque d’être d’une brève durée, les nationalistes israéliens s’entêtant à maintenir la marche du Drapeau marquant la prise de Jérusalem-Est en 1967 et le Hamas jetant de l’huile sur le feu.

Face à cette escalade, une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue plus tard dans la journée, à la demande de la Tunisie, sur la situation à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

Alors que les appels internationaux au calme se multiplient, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a salué la «fermeté» des forces de l’ordre pour garantir la «stabilité» à Jérusalem. «Nous les soutenons dans cette juste lutte», a-t-il dit dénonçant une couverture «trompeuse et erronée» selon lui par les «médias internationaux» des développements à Jérusalem.

La reprise des violences a coïncide avec «la Journée de Jérusalem», marquant selon le calendrier hébraïque la conquête de Jérusalem-Est par l’État hébreu et souvent émaillée de heurts entre Palestiniens et Israéliens.

Tôt ce matin, des centaines de Palestiniens ont lancé des projectiles en direction des forces israéliennes positionnées à l’intérieur de l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam, d’où des dizaines de blessés ont été évacués dans des ambulances sirènes hurlantes.

Le Croissant-Rouge palestinien a fait état de plus de 278 blessés palestiniens, dont 205 ont été hospitalisés. Selon le Dr Adnane Farhoud, directeur général de l’hôpital Maqassed, il y a de nombreuses blessures au visage et aux yeux par des balles en caoutchouc.

«Nous craignons qu’une chose grave se produise aujourd’hui», a dit le docteur palestinien à l’agence de presse. Au moins cinq patients palestiniens sont dans un état critique.

La police israélienne a fait, elle, état de plusieurs blessés dans ses rangs.

Non loin de l’esplanade, et signe des vives tensions, une voiture transportant des Israéliens a été la cible de jets de pierres et a perdu le contrôle avant de foncer sur des Palestiniens, selon la police. Immobilisé, le véhicule a été attaqué par des Palestiniens qui ont lancé des projectiles avant l’intervention de la police israélienne.

La police israélienne, qui garde les accès de l’esplanade appelée Mont du Temple par les juifs, a indiqué ce matin être à pied d’œuvre pour tenter de juguler les violences. «Nous ne laisserons pas des extrémistes menacer la sécurité du public.»

La flambée de violences suivie d’une accalmie qui sera sans doute de brève durée

Israël a proclamé l’ensemble de Jérusalem sa capitale «éternelle et indivisible», tandis que les Palestiniens ambitionnent de faire du secteur oriental la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Vendredi soir, plus de 200 personnes, en grande majorité des Palestiniens, mais aussi des policiers israéliens, ont été blessées dans les plus violents heurts depuis 2017 sur l’esplanade des Mosquées, un lieu de tensions régulières.

Samedi et dimanche, le calme était revenu sur l’esplanade, mais les heurts ont continué entre Palestiniens et policiers israéliens dans d’autres secteurs de Jérusalem-Est, faisant plus d’une centaine de blessées, selon le Croissant rouge palestinien.

Aujourd’hui, après la flambée de violence de ce matin, un calme relatif est finalement revenu dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem en après-midi (heure de Jérusalem), la police se retirant après des heures d’affrontements et des manifestants palestiniens sur le site déclarant la victoire.

Le commissaire de la police israélienne, Kobi Shabtai, a confirmé lundi que les Juifs ne pourraient pas monter sur le mont du Temple le jour de Jérusalem afin d’éviter la provocation. «Nous continuerons à permettre la liberté de culte, mais nous n’autoriserons aucune perturbation», a déclaré la police dans un communiqué.

Mais, avec les nationalistes israéliens qui s’entêtent et les islamistes qui jettent de l’huile sur le feu, la situation reste extrêmement tendue.

Les nationalistes israéliens s’entêtent

Les nationalistes israéliens s’entêtent et la marche israélienne du Drapeau maintenue malgré les risques d’affrontements et, alors que les tensions à Jérusalem continuent d’augmenter, des élus israéliens d’extrême droite ont visité lundi plusieurs points chauds de la vieille ville et de Jérusalem-Est.

Du côté israélien, le jour de Jérusalem marque la prise par Israël de Jérusalem-Est, qui abrite la vieille ville et ses lieux saints sensibles, depuis la Jordanie pendant la guerre de 1967, et est souligné par la marche annuel du Drapeau.

Le défilé annuel du drapeau est perçu comme provocateur, car des Israéliens nationalistes gardés par la police traversent alors le quartier musulman jusqu’au Mur occidental, dans un mouvement destiné à cimenter les revendications israéliennes sur la région. Le défilé de l’année dernière a été annulé en raison de la pandémie.

La marche de cette année devait commencer à 16 h lundi (heure de Jérusalem) sur la rue King George et suivre deux itinéraires. Un groupe de manifestants devait entrer dans la vieille ville par la porte de Damas, site récent des affrontements répétés entre la police et les Palestiniens, traverser le quartier musulman et se terminer au mur occidental. Le deuxième groupe devait entrer dans la vieille ville par la porte de Jaffa et de là continuer vers le mur occidental.

Le major général (à la retraite) Amos Gilead, ancien haut fonctionnaire de Tsahal et du ministère de la Défense, a déclaré dimanche à la radio de l’armée que le défilé de cette année devrait être annulé ou détourné de la porte de Damas. «Le baril de poudre brûle et peut exploser à tout moment», a-t-il dit.

Mais la police israélienne a déclaré aujourd’hui qu’elle autoriserait la marche du drapeau, au cours de laquelle des jeunes sionistes religieux marchent à travers Jérusalem-Est avec des drapeaux israéliens pour marquer la réunification de la ville en 1967 et passer par la porte de Damas et le quartier musulman sur le chemin de l’ouest Mur.

La décision a été prise alors que les responsables de la sécurité avaient averti les dirigeants politiques d’Israël que la tenue de la marche telle quelle pourrait risquer d’aggraver les hostilités dans la ville.

L’un des vecteurs de tension des dernières semaines à Jérusalem-Est est aussi le sort de familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est qui sont menacées d’expulsion au profit de colons juifs. Une audience de la Cour suprême israélienne dans cette affaire prévue lundi a été reportée sine die.

Mais Bezalel Smotrich, président du parti du sionisme religieux, a annoncé lundi matin dans un geste de provocation qu’il se rendrait dans le quartier de Cheikh Jarrah .

Le Hamas ajoute lui aussi de l’huile sur le feu

La branche de Jérusalem du Hamas a appelé lundi matin les Palestiniens à continuer de se battre sur le site.«Ce qui se passe à al-Aqsa – la violation d’une maison de prière et l’attaque contre les fidèles et ceux qui s’y trouvent – est une guerre religieuse menée par Israël. C’est la preuve de la cruauté de l’occupation sioniste», a déclaré le groupe. «Nous appelons nos compatriotes à continuer de résister à cette brèche. Israël paiera un prix élevé pour l’attaque contre Al-Aqsa et ses fidèles.»

Dans la bande de Gaza, l’enclave palestinienne contrôlée par les islamistes du Hamas, des ballons incendiaires et des roquettes ont été lancés vers le sud du territoire israélien limitrophe, en appui aux manifestants de Jérusalem.

L’armée israélienne a fait aussi de tirs de sept roquettes dimanche soir et tôt lundi depuis Gaza vers le sud d’Israël, dont deux ont été interceptées par le système antimissile et trois sont tombées dans des terrains vagues.

En représailles, des chars israéliens «ont attaqué des postes militaires» du Hamas à Gaza, a indiqué l’armée qui a fermé le point de passage d’Erez, le seul permettant à la population de Gaza de sortir vers Israël.

Craignant une persistance de l’escalade, dès vendredi, les États-Unis ont appelé Israéliens et Palestiniens à «mettre un terme à la violence» et exprimé leur inquiétude quant à « l’expulsion potentielle des familles palestiniennes de Cheikh Jarrah».  

L’Union européenne ainsi que les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan, quatre pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël ces derniers mois, ont exprimé leur «profonde inquiétude» appelant Israël au calme.

L’ONU a exhorté Israël à un «maximum de retenue».

«Jérusalem d’or, de bronze et de lumière», mais aujourd’hui site d’affrontements entre deux peuples qui devraient être frères et où la sérénité apportée par «l’odeur des pins portée par le vent du soir» est remplacée par la clameur de la violence.

*Avec AFP, Yediot Aharonot et Haaretz