Afghanistan : l’envoyée de l’ONU appelle le Conseil de sécurité à aider à éviter le pire

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Des femmes à Kaboul, la capitale de l'Afghanistan. (Banque mondiale/Ghullam Abbas Farzami)
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*Un texte du Centre d’actualité de l’ONU

L’envoyée de l’ONU en Afghanistan, Deborah Lyons, a appelé cette semaine le Conseil de sécurité à aider à éviter le pire dans ce pays, alors que les troupes internationales doivent se retirer dans les prochains mois et que les négociations de paix sont dans l’impasse.

«L’annonce à la mi-avril du retrait de toutes les troupes internationales dans les prochains mois a provoqué une secousse sismique dans le système politique afghan et la société dans son ensemble. La décision de retrait était attendue, mais sa rapidité – la majorité des troupes étant déjà retirées – ne l’était pas. Tous les acteurs ont dû s’adapter à cette nouvelle réalité qui se dessine», a déclaré Mme Lyons, qui est la cheffe de la Mission des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), lors d’une réunion du Conseil de sécurité au niveau ministériel.

Elle a rappelé que le retrait est l’une des quatre parties de l’accord de février 2020 entre les États-Unis et les talibans. « L’accord a suscité l’espoir qu’il créerait un espace pour une paix à faire entre les Afghans. Les troupes étrangères seraient parties et, par conséquent, plutôt que de se battre les uns contre les autres, les Afghans auraient la possibilité de se rassembler et de trouver un chemin vers la paix. Mais au lieu de cela, les actions sur le champ de bataille ont été bien plus importantes que les progrès à la table des négociations », a-t-elle noté.

Avancée territoriales des talibans

L’envoyée de l’ONU s’est inquiétée du manque d’unité au sein de l’élite politique afghane, qui risque de contribuer, selon elle, à de nouvelles avancées territoriales des talibans.

Plus de 50 des 370 districts afghans sont tombés aux mains des talibans depuis début mai. La plupart des districts qui ont été pris entourent les capitales provinciales, « ce qui suggère que les talibans se positionnent pour tenter de prendre ces capitales une fois que les forces étrangères seront totalement retirées », a noté Deborah Lyons.

Elle a expliqué que l’ONU avait espéré une accélération des négociations bloquées à Doha grâce à une conférence à Istanbul en avril. Mais les talibans n’ont jamais officiellement répondu à l’invitation.

«La MANUA continue de travailler dans le cadre de son mandat et, en coopération avec les États membres, pour trouver des moyens de faire avancer les négociations», a dit Mme Lyons, qui a noté toutefois que les moteurs du conflit semblent pour l’instant l’emporter.

Aggravation du taux de pauvreté

Elle a rappelé que l’Afghanistan était confronté à de multiples crises. Près d’un tiers des Afghans sont confrontés à des niveaux d’insécurité alimentaire d’urgence, tandis que la sécheresse de cette année s’aggrave et que les déplacements internes augmentent. La Banque mondiale a estimé qu’en raison du conflit et de la troisième vague de Covid-19, de la sécheresse, de l’affaiblissement du tissu social et d’autres facteurs, le taux de pauvreté en Afghanistan pourrait passer de 50% à plus de 70%.

«Il est encore temps, à peine mais toujours, d’éviter que le pire des cas ne se matérialise», a-t-elle dit aux membres du Conseil de sécurité.

Elle a précisé que l’un des principaux objectifs de la MANUA pendant cette période d’incertitude était de continuer à travailler avec tous les partenaires «pour assurer la continuité des institutions qui soutiennent le bien-être de tous les Afghans». « Tout futur gouvernement issu d’une négociation ne peut partir de rien. J’espère sincèrement que les talibans le comprendront autant que le gouvernement de Kaboul», a-t-elle ajouté.

Elle a indiqué que l’ONU travaillait également plus étroitement et plus intensément avec les pays de la région, qui sont préoccupés par un conflit prolongé et fragmenté en Afghanistan.

Dans ce contexte, elle a exhorté le Conseil de sécurité de l’ONU, avec le soutien des pays de la région, à faire tout son possible pour encourager les parties en conflit à éviter davantage d’effusion de sang et de souffrances.