Afghanistan: les talibans déferlent, prenant le contrôle de 17 autres districts au cours des dernières 24 heures

0
750
Afghanistan: la paix loin d’être garantie au terme des pourparlers. (AFP)
Temps de lecture estimé : 5 minutes

En Afghanistan, les talibans déferlent, prenant le contrôle de 17 autres districts au cours des dernières 24 heures, et ont encerclé lundi la ville-clé de Kunduz, dans le nord-est de l’Afghanistan, accentuant leur pression sur les forces gouvernementales, selon des sources locales.

Kunduz était par deux fois tombée aux mains des insurgés, en 2015 et 2016, avant d’être reprise.

«La situation est inquiétante dans Kunduz. Les combattants talibans sont aux portes de la ville et ils affrontent l’armée», a indiqué Amruddin Wali, membre du conseil provincial.

«Ce matin les talibans ont pris le contrôle du pont d’Achin (au nord de la ville, NDLR) et bloquent les accès à Kunduz » depuis la frontière avec le Tadjikistan, au nord et sur l’axe principal menant à Kaboul, vers le sud, a poursuivi M. Wali. «Les forces afghanes se sont retirées. Les talibans ont pris position sur la route principale et ne laissent passer que les civils», a-t-il ajouté.

Mais, selon les talibans et plusieurs observateurs, ce serait bien pire.

«Cet après-midi [heure locale, NDLR], le centre du district de Khanabad, le siège de la police et toutes les installations de la province de Kunduz ont été débarrassés de l’ennemi mercenaire pour la deuxième fois et sont passés sous le contrôle des moudjahidin.
L’ennemi s’est enfui en voyant les victimes, et un grand nombre d’armes, de véhicules et de munitions sont tombés entre les mains des moudjahidines», a twitté pour sa part le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid.

En tout, les insurgés talibans ont pris le contrôle de 17 autres districts dans huit provinces au cours des dernières 24 heures.

Un membre du conseil provincial de Takhar a déclaré que les talibans avaient envahi les districts de Dasht-e-Qala, Darqad, Namak Aab, Chaal, Khwaja Ghar, Hazar Samuch, Yangi Qala et Khwaja Baha-u-Din de la province, rapporte la chaîne privé de télévision afghane Ariana News.

Pendant ce temps, toujours selon Ariana News, les forces afghanes se sont également retirées du district de Dara Suf Bala à Samangan ; Chahar Bolak à Balkh ; Dasht-e-Archi à Kunduz ; Kharwar en Logar ; le quartier Lawlash à Faryab ; les districts de Mangjic, Faizabad et Khanaqah de Jawzjan ; et le district de Khashrod dans la province de Nimruz.

Cela porterait à plus de 60 le nombre total de districts tombés aux mains des talibans.

A Takhar, le chef de la police de Namak Aab a été tué dans une escarmouche avec les talibans. Des sources ont déclaré que les soldats restants se sont rendus aux talibans en raison du manque de renforts, rapporte la chaîne afghane.

«Depuis hier soir, les districts de Namak Ab, Chaal, Yangi Qala, Khwaja Ghar, Hazar Samuch sont tombés aux mains des talibans et de violents combats se poursuivent dans le district de Dasht-e-Qala », a déclaré le député de Takhar au Parlement Mohammad Amir Khaksar, cité par la télévision afghane.

La catastrophe appréhendée en voie de se réaliser

Les talibans multiplient leurs offensives sur le terrain depuis le début du retrait des forces américaines début mai, prévu pour s’achever au plus tard le 11 septembre. L’armée afghane, assaillie de toutes parts, en particulier dans les provinces du nord – Kunduz, Baghlan, Badakhshan, Faryab, Maimana perd du terrain à un rythme alarmant.

Selon les termes de l’accord signé avec les insurgés en février 2020 à Doha, les Américains qui sont en train de se retirer d’Afghanistan ne recourront à la force aérienne que si les insurgés menacent les villes principales.

Les talibans sont aujourd’hui présents dans presque toutes les provinces afghanes et encerclent plusieurs grandes villes, comme ils l’avaient fait dans les années 1990 pour s’emparer de la quasi-totalité du pays et installer un régime islamique autoritaire, chassé par l’intervention américaine en 2001.

Le sud est déjà largement sous contrôle taliban à l’exception des grandes villes.

Et pendant que les talibans avancent militairement, amère ironie, un responsable taliban a réaffirmé dimanche la volonté d’instaurer «un authentique régime islamique par la négociation», même si les pourparlers interafghans entamés en septembre dernier à Doha avec le gouvernement sont au point mort.

Les dirigeants afghans à Washington vendredi

Pendant ce temps, sur fond de pourparlers avec les talibans au point mort et de niveaux élevés de violence, le président Ashraf Ghani a tenu ce lundi une réunion avec ‘d’éminents dirigeants politiques’, dont d’anciens moudjahidines, pour discuter du processus de paix, rapporte la chaîne afghane d’information continue Tolo News.

Le responsable afghan des négociations avec les talibans, Abdullah Abdullah, le deuxième vice-président Mohammad Sarwar Danesh, les présidents de l’Assemblée nationale Mir Rahman Rahmani et Fzl Hadi Muslimyar, l’ancien président Hamid Karzai, l’ancien chef des moudjahidines Abdul Rab Rasul Sayyaf, l’ancien chef des moudjahidines Mohammad Ismail Khan, l’ancien vice-président Mohammad Yunus Qanooni, et le haut conseiller présidentiel Mohammad Mohaqiq figuraient parmi les personnalités qui ont assisté à la réunion, selon des photos publiées par la présidence afghane.

La présidence afghane a déclaré que les participants ont souligné l’importance d’une position unifiée et d’un consensus politique puissant en tant qu’outils essentiels pour renforcer la paix et la stabilité, renforcer la République et mobiliser le soutien aux Forces nationales de défense et de sécurité afghanes.

Les équipes techniques des délégations de la République afghane et des talibans à Doha ont tenu deux réunions ce mois-ci pour discuter de la possibilité de tenir de futures réunions. Cependant, il n’y a pas eu de progrès tangibles, a dû reconnaître la présidence afghane.

Le régime afghan mise maintenant sur la rencontre de ses dirigeants avec le nouveau président américain. Le président Ghani et Abdullah Abdullah devraient se rendre à Washington vendredi et les participants à la réunion d’aujourd’hui à Kaboul ont également qualifié le prochain voyage des dirigeants afghans aux États-Unis d’«essentiel».

«Le président Biden se réjouit d’accueillir le président afghan Ashraf Ghani et le Dr Abdullah Abdullah, président du Haut Conseil pour la réconciliation nationale, à la Maison Blanche le 25 juin 2021.», dit le communiqué de la Maison-Blanche publié hier.

«La visite du président Ghani et du Dr Abdullah mettra en évidence le partenariat durable entre les États-Unis et l’Afghanistan alors que le retrait militaire se poursuit.», poursuit le communiqué.

«Les États-Unis se sont engagés à soutenir le peuple afghan en fournissant une assistance diplomatique, économique et humanitaire pour soutenir le peuple afghan, y compris les femmes, les filles et les minorités afghanes. Les États-Unis resteront profondément engagés auprès du gouvernement afghan pour faire en sorte que le pays ne redevienne plus jamais un refuge pour les groupes terroristes qui constituent une menace pour la patrie des États-Unis.», déclare la Maison-Blanche, qui conclut en assurant que «Les États-Unis continuent de soutenir pleinement le processus de paix en cours et encouragent toutes les parties afghanes à participer de manière significative aux négociations visant à mettre fin au conflit».

Mais les faits, durs, têtus, sont que les talibans progressent militairement à une vitesse fulgurante et que, selon la plupart des observateurs, si les forces afghanes ne reçoivent pas de soutien aérien, ce sera la catastrophe annoncée pour le gouvernement de Kaboul.