Des frappes aériennes américaines visent des milices soutenues par l’Iran en Syrie et en Irak

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Capture d'écran d'une vidéo militaire américaine montrant des frappes aériennes menées le dimanche 27 juin 2021, près de la frontière entre l'Irak et la Syrie. (Commandement central des États-Unis)
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Les forces américaines, sous la direction du président Joe Biden, ont effectué des frappes aériennes contre ce qu’elles ont présenté comme «installations utilisées par des milices soutenues par l’Iran» près de la frontière entre l’Irak et la Syrie, suscitant la condamnation de l’armée irakienne et des appels à la vengeance des milices.

Mise à jour 28/06/2021, 16h46

Des milices pro-Iran ont tiré des obus lundi soir (heure locale) sur une base américaine dans l’est de la Syrie, entraînant des tirs de représailles de la coalition internationale antidjihadiste, selon une ONG, au lendemain de raids américains contre des pro-Téhéran en Irak et en Syrie. Les milices pro-Iran ont lancé plusieurs obus sur une base militaire américaine dans le champ pétrolier d’Al-Omar, près de Deir Ezzor, ville située non loin de la frontière irakienne, provoquant des dégâts matériels, mais sans faire de victimes, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). La coalition a répliqué par «des tirs à l’artillerie lourde »sur la ville d’Al-Mayadine, contrôlée par les milices pro-Téhéran près de Deir Ezzor, a précisé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.L’agence officielle syrienne Sana a également fait état de tirs de «missiles» ayant « visé la base militaire des forces d’occupation américaines » à Al-Omar, sans en préciser l’origine.

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Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a déclaré que les cibles visées dans la nuit sont des « installations » utilisées par les milices «impliquées dans des attaques à l’aide de véhicules aériens non-habités (UAV) contre des personnels et des installations américaines en Irak».

L’utilisation nouvelle des drones est un casse-tête pour la coalition car ces engins volants peuvent échapper aux batteries de défense C-RAM, installées par l’armée américaine pour défendre ses troupes contre les attaques de roquettes. Washington avait annoncé début juin offrir jusqu’à trois millions de dollars US pour des informations sur ces attaques.

«En droit international, les États-Unis ont agi conformément à leur droit de légitime défense. Les frappes étaient à la fois nécessaires pour faire face à la menace et de portée convenablement limitée. En droit interne, le président a pris cette mesure conformément à son autorité de l’article II de protéger le personnel américain en Irak.», a expliqué le porte-parole américain.

C’est la deuxième fois que les États-Unis mènent une action militaire dans la région depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. Une frappe en février avait tué une vingtaine de combattants,

Le porte-parole américain a déclaré que l’armée américaine avait ciblé dimanche trois installations opérationnelles et de stockage d’armes – deux en Syrie et une en Irak.

Une dizaine de combattants irakiens pro-Iran ont été tués dans les frappes américaines contre leurs positions en Syrie et en Irak, pays voisin où la puissante coalition paramilitaire du Hachd al-Chaabi a menacé lundi de «venger» ses miliciens morts.

En outre, Les raids sont intervenus au moment où des efforts diplomatiques sont en cours pour tenter d’obtenir le retour des États-Unis à l’accord sur le nucléaire iranien, et ainsi essayer de sauver ce pacte.

Le Hachd al-Chaabi

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les raids ont détruit un entrepôt et une position de milices irakiennes membres du Hachd al-Chaabi près de la ville de Boukamal, dans l’est syrien non loin de la frontière irakienne.

Au moins sept combattants irakiens ont été tués et six blessés, a affirmé cette ONG ayant un vaste réseau d’informateurs en Syrie, pays en guerre depuis 2011 où plusieurs milices armées étrangères, notamment le Hachd al-Chaabi irakien, ont combattu au côté du régime de Bachar al-Assad.

Quatre membres de Kataëb Sayyed al-chouhada, une faction du Hachd al-Chaabi, ont péri dans les frappes américaines menées dans la région d’Al-Qaïm, dans l’extrême ouest de l’Irak, à la frontière syrienne, ont pour leur part affirmé des sources du Hachd.

À Bagdad, le Hachd al-Chaabi, fer de lance de l’anti-américanisme en Irak, a jurer de venger la morts des militants.

«Nous vengerons le sang de nos martyrs […] Nous avons déjà dit que nous ne resterions pas silencieux face à la présence des forces d’occupation américaines qui va à l’encontre de notre constitution et du vote des députés […] », a-t-il déclaré, se référant au vote du Parlement irakien en janvier 2020 – jamais mis en œuvre – réclamant l’expulsion des 2500 soldats américains toujours déployés en Irak et qui faisaient partie d’un contingent plus important  venu prêter main forte aux forces irakiennes dans la guerre contre les djihadistes.

Le Hachd al-Chaabi dément agir hors d’Irak, mais certaines de ses factions combattent-en leur nom propre-au côté du régime syrien. Ces factions sont implantées dans l’est syrien où les transferts d’armes transfrontaliers sont monnaie courante.

Depuis le début 2021, plus de 40 attaques ont visé les intérêts des États-Unis en Irak et les États-Unis accusent le Hachd ou des factions membres de cette coalition.

Le Hachd salue régulièrement les attaques anti-américaines, mais n’en revendique pas la responsabilité.

Créé en 2014 et intégré en 2016 aux troupes régulières, le Hachd a aujourd’hui la haute main en Irak, où l’Iran voisin et les États-Unis sont des puissances agissantes, selon des experts.

À Téhéran, le porte-parole des Affaires étrangères iranien, Saeed Khatibzadeh, interrogé sur les frappes, a estimé que «ce que font les États-Unis perturbe la sécurité dans la région».

Biden agit pour protéger le personnel américain

À Bagdad, le premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi a dénoncé dans un communiqué une «violation flagrante de la souveraineté» de son pays, tout en appelant «à éviter l’escalade». Il a réitéré son refus de voir l’Irak utilisé «comme un terrain de règlement de comptes».

Depuis des années, Bagdad met en garde contre la possibilité que ses deux grands alliés, le grand voisin iranien et les États-Unis, ne se servent de son sol comme d’un champ de bataille où régler leurs comptes, dans un contexte toujours tendu autour du dossier nucléaire.

Mais, «Comme le montrent les frappes de ce soir, le président Biden a clairement indiqué qu’il agirait pour protéger le personnel américain. Compte tenu de la série d’attaques en cours par des groupes soutenus par l’Iran ciblant les intérêts américains en Irak, le président a ordonné de nouvelles actions militaires pour perturber et dissuader de telles attaques», a déclaré le porte-parole du Pentagone, John Kirby, soulignant que les Américains sont «en Irak à l’invitation du gouvernement irakien dans le seul but d’aider les forces de sécurité irakiennes dans leurs efforts pour vaincre l’Etat islamique» et insistant pour dire que «Les États-Unis ont pris les mesures nécessaires, appropriées et délibérées conçues pour limiter le risque d’escalade – mais aussi pour envoyer un message dissuasif clair et sans ambiguïté».

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a pour sa part déclaré dimanche dans un communiqué que les frappes aériennes américaines «semblaient être une réponse ciblée et proportionnelle à une menace sérieuse et spécifique», ajoutant que «Protéger les héros militaires qui défendent nos libertés est une priorité sacrée».

*Avec AFP