États-Unis: Lloyd Austin favorable à ce que la hiérarchie militaire soit écartée de la gestion des accusations de crimes sexuels

0
239
Le secrétaire à la Défense Lloyd Austin s'adresse à la presse depuis la salle de briefing du Pentagone à Washington, D.C., le 19 février 2021. (Archives/Jackie Sanders/U.S. Air Force)
Temps de lecture estimé : 4 minutes

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, s’est déclaré mardi favorable à une réforme du système de justice militaire qui retirerait à la hiérarchie militaire la décision de poursuivre les auteurs de violences sexuelles au sein de l’armée américaine. 

Après des années et des années de résistance de la part du Pentagone, le secrétaire à la Défense a donc pour la première fois apporté son soutien à la suppression de la prise de décision des commandants militaires concernant les poursuites en cas d’agression sexuelle.

Le secrétaire américain de la Défense avait chargé une commission indépendante ( l’Independent Review Commission on Sexual Assault and Sexual Harassment) de lui soumettre des suggestions pour que les auteurs de violences sexuelles dans l’armée soient poursuivis plus efficacement.

Indiquant dans un communiqué avoir reçu les recommandations de la commission, il s’est engagé à «travailler avec le Congrès pour amender le Code de justice militaire, en retirant les poursuites pour agressions sexuelles de la chaîne de commandement militaire».

«Dans les prochains jours, je présenterai au président Biden mes recommandations spécifiques sur les conclusions de la commission, mais j’en sais assez à ce stade pour déclarer ce qui suit», a déclaré le secrétaire à la Défense:

Premièrement, nous travaillerons avec le Congrès pour modifier le Code uniforme de justice militaire, en supprimant les poursuites pour agressions sexuelles et crimes connexes de la chaîne de commandement militaire.

L’IRC (Independent Review Commission) a recommandé l’inclusion d’autres crimes spéciaux pour les victimes dans ce système de poursuite indépendant, pour inclure la violence domestique. Je suis également d’accord, étant donné la forte corrélation entre ces types de crimes et la prévalence des agressions sexuelles.

Deuxièmement, résoudre ce problème nécessite non seulement une plus grande responsabilisation, dont nous avons besoin, mais également des changements dans notre approche en matière de prévention, de climat de commandement et de services aux victimes. Je suis en train de passer en revue toute la portée des recommandations de la commission dans ces domaines, mais en général, elles semblent solides et bien fondées. J’ai demandé à mon personnel de faire une évaluation détaillée et un plan de mise en œuvre pour mon examen et mon approbation.

Troisièmement, le Ministère aura besoin de nouvelles ressources et pouvoirs nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations de l’IRC. Ceux que nous pensons pouvoir mettre en œuvre dans le cadre des pouvoirs existants auront la priorité. Nous devrons travailler en étroite collaboration avec le Congrès pour obtenir des autorités supplémentaires et des secours si nécessaire. Nous aurons assurément besoin de ressources supplémentaires, tant en personnel qu’en financement. Mais cela peut nous prendre un certain temps pour déterminer dans quelle mesure et où ils sont le plus judicieusement appliqués.

Enfin, comme pour toute autre chose, ces changements exigent du leadership. J’apprécie le soutien que les dirigeants civils et militaires du Ministère ont apporté à la commission et la réflexion avec laquelle ils m’ont conseillé alors que nous élaborons des moyens efficaces de mettre en œuvre les changements dont nous avons besoin pour éliminer les agressions sexuelles et le harcèlement sexuel de nos rangs.

L’heure du changement semble enfin venue

Soutenu par d’autres membres de la famille et l’avocate Natalie Khawam, à droite, Lupe, la sœur de Vanessa Guillen, prend la parole lors d’une conférence de presse marquant le premier anniversaire du meurtre du soldat de Fort Hood, le 22 avril 2021 au Navy Memorial à Washington, D.C. (Joe Gromelski)

Le problème de crime sexuel a semblé atteindre son paroxysme lorsqu’une dizaine d’officiers ont été limogés en décembre dernier après une série de meurtres sur une grande base militaire américaine, notamment Vanessa Guillen, une soldate de 20 ans disparue le 22 avril après avoir été victime de harcèlement sexuel.

Vanessa Guillen avait dit à sa famille qu’elle ne faisait pas confiance à la hiérarchie militaire pour assurer le suivi d’une plainte pour harcèlement sexuel, et ses proches avaient douté publiquement de la détermination de l’armée à enquêter sur sa disparition, jusqu’à ce que son corps démembré soit finalement découvert le 30 juin.  

Depuis, le Pentagone a été appelé à retirer à la chaîne de commandement les décisions sur les crimes sexuels, mais l’armée américaine avait jusqu’ici résisté, invoquant le besoin de maintenir le contrôle sur la discipline dans les rangs.

La sénatrice démocrate de New York Kirsten Gillibrand a proposé de son côté un projet de loi, le  Military Justice Improvement Act, qui retirerait la gestion des cas d’agression sexuelle et de plusieurs autres crimes majeurs de la chaîne de commandement militaire.

Alors que la volte-face sur le retrait de la gestion des poursuites en matière de crimes sexuels de la chaîne de commandement intervient après l’opposition de longue date du Pentagone à l’idée, du côté du Congrès, certains parlementaires restent déterminés dans leur résistance au changement, même si la majorité y est favorable.

Les sénateurs Jack Reed, D-R.I, et Jim Inhofe, R-Okla., respectivement président et membre éminent de la commission sénatoriale des forces armées, ont jusqu’ici empêché la législation de progresser. Mais la sénatrice Gillibrand peut maintenant compter sur l’appui de 66 sénateurs (43 démocrates, 21 républicains et deux indépendants).

Et aujourd’hui, les membres de la Chambre américaine des représentants déposeront un projet de loi qui retirerait à la chaîne de commandement militaire la décision de poursuivre ou non les crimes graves dans l’armée de la chaîne de commandement pour la confier à des procureurs indépendants. Cela s’appliquerait à plusieurs crimes non militaires, tels que le meurtre, le viol, la violence domestique et les agressions sexuelles.

Le projet de loi, intitulé Vanessa Guillen Military Justice Improvement and Increasing Prevention Act, est la version de la Chambre au projet de loi de la sénatrice Kirsten Gillibrand, D-N.Y.

*Avec AFP

Secretary of Defense Lloyd J. Austin III Statement on the Conclusion of Independent Review Commission >>