Hong Kong: la fermeture forcée du Apple Daily, un coup dur pour la liberté de la presse et la liberté d’expression, déplore le Canada

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Les habitants de Hong Kong se sont précipités jeudi 24 juin pour récupérer des exemplaires de l'édition finale du journal pro-démocratie Apple Daily, qui a été contraint de mettre fin à ses 26 ans d’existence. (Twitter)
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Alors que de longues files se sont formées jeudi matin devant les kiosques de Hong Kong, beaucoup d’habitants espérant pouvoir acheter le dernier numéro de l’Apple Daily, quotidien prodémocratie contraint de cesser de paraître, près d’un an après la promulgation de la loi sur la sécurité nationale impulsée par Pékin, ici, le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau, a fait une déclaration suivante à la suite de l’annonce de la fermeture du journal.

«La fermeture forcée du journal Apple Daily en raison d’accusations en vertu de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong est un coup dur pour la liberté de la presse et la liberté d’expression à Hong Kong. Cette mesure indique clairement que les pouvoirs conférés par la loi sur la sécurité nationale sont utilisés pour réprimer la liberté de la presse et punir les dissidents.

«Ces libertés sont des droits de la personne universels garantis par la Loi fondamentale de Hong Kong et sont conformes aux normes internationales.    

«Le Canada est un fervent partisan du principe « Un pays, deux systèmes » et du degré élevé d’autonomie de Hong Kong. L’éviction d’une grande organisation médiatique aux termes de la loi sur la sécurité nationale représente une dégradation importante de ces principes, garantis par la Déclaration commune sino-britannique. »

«L’Apple Daily est mort», a écrit pour sa part le rédacteur en chef adjoint Chan Pui-man, arrêté la semaine dernière pour atteinte à la sécurité nationale, dans une lettre d’adieu adressée aux lecteurs. «La liberté de la presse est devenue la victime de la tyrannie».

Le tabloïd était depuis longtemps dans le collimateur de Pékin pour son soutien au mouvement prodémocratie et ses critiques récurrentes des dirigeants chinois. Ces derniers n’ont donc pas hésité à mettre à profit la loi sur la sécurité nationale pour le contraindre à disparaître.

Son propriétaire, le magnat de la presse Jimmy Lai, est en détention pour son implication dans des manifestations en 2019 en faveur de la démocratie.  Il est également inculpé en vertu de la loi sur la sécurité nationale, passible de la prison à vie.

Mais c’est la semaine dernière, qu’un coup fatal a été porté au journal.  

La salle de rédaction a été perquisitionnée, cinq de ses dirigeants arrêtés et les avoirs du journal gelés.  Dans l’impossibilité de payer ses salariés et ses fournisseurs, le groupe de presse n’a pas eu d’autre choix que de jeter l’éponge et d’annoncer que l’édition de jeudi, tirée à un million d’exemplaires pour 7,5 millions d’habitants, serait la dernière.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, il a supprimé son site internet et ses comptes Twitter et Facebook.

Plus d’un millier de personnes, parmi lesquelles 700 journalistes, sont désormais sans emploi.

«Les Hongkongais ont perdu un média qui a osé s’exprimer et s’est battu pour défendre la vérité», ont déclaré dans un communiqué commun huit associations de journalistes, appelant les personnes travaillant pour des médias à s’habiller en noir.

La Chine a imposé l’an passé la loi sur la sécurité nationale pour reprendre en main du territoire après le vaste mouvement prodémocratie de 2019.  

Une série d’articles et d’éditoriaux qui, selon la police, appelaient à des sanctions internationales contre la Chine et Hong Kong, sont à l’origine des poursuites engagées contre l’Apple Daily.  

M. Lai, le rédacteur en chef Ryan Law et le directeur général Cheung Kim-hung sont en détention après avoir été inculpés pour collusion avec une puissance étrangère.

Mercredi, un des éditorialistes, Yeung Ching-kee, a été arrêté et fait l’objet des mêmes chefs d’inculpation.

La décision de geler les actifs de l’Apple Daily a montré l’étendue des pouvoirs dont disposent les autorités pour poursuivre toute société qui, à leurs yeux, menacerait la sécurité nationale.  

La disparition soudaine de ce journal est le dernier coup porté à la liberté dont jouissaient jusqu’à présent les Hongkongais. Elle fait craindre qu’à terme, les nombreux médias internationaux qui y ont établi leur siège, ne quittent également le centre financier.

Depuis des décennies, de nombreux médias internationaux ont fait de Hong Kong leur siège régional, attirés par une réglementation favorable et une liberté d’expression garantie par sa mini-constitution.

Mais depuis quelques mois, beaucoup s’interrogent sur leur avenir à long terme dans la ville.

La ville ne cesse de glisser vers le bas du classement annuel de l’ONG Reporters sans Frontières sur la liberté de la presse, passant de la 18e place en 2002 à la 80e cette année.  

Des files d’attente se sont formées à Hong Kong jeudi alors que les résidents se précipitaient pour récupérer l’un des un million d’exemplaires de l’édition finale de l’Apple Daily (Vidéo/The Telegraph)

*Avec AFP