Le nombre de personnes fuyant les guerres, les persécutions et les exactions ne cesse d’augmenter

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Des demandeurs d’asile congolais dans une file d’attente pour passer les contrôles de sécurité et de santé à Zombo, près de la frontière entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo en juillet 2020. (HCR/Rocco Nuri)
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Malgré la pandémie, le nombre de personnes fuyant les guerres, les violences, la persécution et les violations des droits humains a atteint près de 82,4 millions de personnes en 2020, selon le tout dernier rapport annuel Tendances mondiales du HCR publié aujourd’hui à Genève. Cela représente une augmentation supplémentaire de 4% par rapport au chiffre record de 79,5 millions fin 2019.

Le rapport indique qu’à la fin 2020, on comptait 20,7 millions de réfugiés relevant de la compétence du HCR, 5,7 millions de réfugiés palestiniens et 3,9 millions de Vénézuéliens déplacés à l’étranger. Par ailleurs, 48 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur de leur propre pays (« déplacés internes »). En outre, les demandeurs d’asile représentaient 4,1 millions de personnes. Ces chiffres montrent que malgré la pandémie et les appels à un cessez-le-feu mondial, les conflits continuaient de chasser les personnes de leurs foyers.

«Derrière chaque chiffre se trouvent une personne forcée de fuir son foyer et un récit de déplacement, de dépossession et de souffrance. Ces personnes méritent notre attention et notre soutien, pas seulement sous forme d’aide humanitaire mais pour trouver des solutions à leur détresse.»

«Si la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et le Pacte mondial sur les réfugiés offrent un cadre juridique et des outils pour faire face aux déplacements, nous avons besoin d’une volonté politique bien plus forte pour régler les conflits et éviter les persécutions qui, en premier lieu, forcent les personnes à fuir leur foyer», a déclaré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi.

Les jeunes, filles et garçons, de moins de 18 ans représentent 42% de toutes les personnes déracinées. Ils sont particulièrement vulnérables, en particulier quand les crises perdurent depuis des années. Selon les dernières estimations du HCR, près d’un million d’enfants sont nés en tant que réfugiés entre 2018 et 2020. Beaucoup d’entre eux pourraient le rester pendant de nombreuses années.

«La tragédie de tant d’enfants nés en exil devrait être une raison suffisante pour faire beaucoup plus d’efforts pour prévenir et mettre fin aux conflits et à la violence», a affirmé Filippo Grandi.

Le rapport note également qu’au plus fort de la pandémie en 2020, plus de 160 pays avaient fermé leurs frontières et 99 d’entre eux n’avaient fait aucune exception pour les personnes en quête de protection. Pourtant, grâce à l’adoption de mesures plus favorables – telles que des examens médicaux à la frontière, des certificats de santé ou une quarantaine temporaire à l’arrivée, des procédures d’enregistrement simplifiées et des entretiens à distance -, de plus en plus de pays ont trouvé les moyens de garantir l’accès aux procédures d’asile tout en tentant d’endiguer la propagation de la pandémie.

Tandis que des personnes continuaient de fuir à travers les frontières, des millions d’autres étaient déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Principalement engendré par les crises en Éthiopie, au Soudan, dans les pays du Sahel, au Mozambique, au Yémen, en Afghanistan et en Colombie, le nombre de déplacés internes a augmenté de plus de 2,3 millions.

Au cours de l’année 2020, quelque 3,2 millions de déplacés internes et seulement 251 000 réfugiés sont rentrés dans leur foyer, soit une baisse de 40% et de 21% respectivement, par rapport à 2019. Par ailleurs, 33 800 réfugiés ont été naturalisés dans leurs pays d’asile. La réinstallation des réfugiés a enregistré une baisse drastique. Seuls 34 400 réfugiés ont été réinstallés l’année dernière, soit le niveau le plus bas depuis 20 ans, résultant du nombre limité de places de réinstallation et de la pandémie de Covid-19.

«Les solutions nécessitent que les dirigeants à travers le monde entier et les personnes d’influence laissent de côté leurs différences, mettent fin à une approche égoïste de la politique et se concentrent plutôt sur la prévention et le règlement des conflits, ainsi que le respect des droits humains», a déclaré Filippo Grandi.

Rapport Tendances mondiales 2020 du HCR – données clés :

  • 82,4 millions de personnes déracinées dans le monde (79,5 millions en 2019), soit + 4%
    • 26,4 millions de réfugiés (26 millions en 2019) dont :
      • 20,7 millions de réfugiés relevant de la compétence du HCR (20,4 millions en 2019)
      • 5,7 millions de réfugiés palestiniens relevant de la compétence de l’UNRWA (5,6 millions en 2019)
    • 48 millions de déplacés internes (45,7 millions en 2019)
    • 4,1 millions de demandeurs d’asile (4,1 millions en 2019)
    • 3,9 millions de Vénézuéliens déplacés à l’étranger (3,6 millions en 2019)
  • 2020 représente la neuvième année de hausse continue des déplacements forcés dans le monde. Aujourd’hui, un pour cent de l’humanité est déplacé et il existe deux fois plus de personnes déracinées qu’en 2011 quand le nombre total atteignait à peine 40 millions.
  • Plus des deux tiers de toutes les personnes ayant fui à l’étranger étaient originaires de seulement cinq pays : Syrie (6,7 millions), Venezuela (4 millions), Afghanistan (2,6 millions), Soudan du Sud (2,2 millions) et Myanmar (1,1 million).
  • La grande majorité des réfugiés dans le monde – presque neuf réfugiés sur 10 (soit 86%) – sont accueillis dans les pays voisins des zones de crise et les pays à revenu faible et intermédiaire. Les pays les moins développés ont accordé l’asile à 27% du total.
  • Pour la septième année consécutive, la Turquie accueillait la plus importante population de réfugiés au monde (3,7 millions), suivie par la Colombie (1,7 million, dont les Vénézuéliens déplacés à l’étranger), le Pakistan (1,4 million), l’Ouganda (1,4 million) et l’Allemagne (1,2 million).
  • Les demandes d’asile en cours dans le monde restaient au même niveau qu’en 2019 (4,1 millions), mais les États et le HCR ont enregistré collectivement près de 1,3 million de demandes d’asile individuelles, soit un million de moins qu’en 2019 (baisse de 43%).

21 618 Global Trends Forced Deplacements by Jacques Godboutbm on Scribd

Le Canada pour sa part annonce 3 nouvelles initiatives pour accueillir et soutenir davantage de réfugiés

En tant que chef de file mondial en matière de protection des personnes qui en ont le plus besoin, le Canada a accueilli presque la moitié de la totalité des réfugiés réinstallés dans le monde en 2020. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a récemment qualifié le Canada de «lumière brillante dans une année horrible pour la réinstallation des réfugiés».

En prévision de la Journée mondiale des réfugiés, Marco E. L. Mendicino, ministre canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, a rencontré la représentante du HCR au Canada, Rema Jamous Imseis, pour annoncer 3 nouvelles initiatives qui visent à aider encore plus de réfugiés.

Ces mesures importantes aideront le Canada à offrir l’asile à davantage de personnes qui en ont besoin, à accueillir plus de réfugiés grâce à de nouvelles voies et à accroître le soutien offert aux personnes que nous accueillons grâce au parrainage communautaire.

Projet pilote sur la voie d’accès à la mobilité économique

Lancé en 2018, le projet pilote sur la voie d’accès à la mobilité économique (PPVAME) est une initiative novatrice qui reconnaît les talents et les compétences des réfugiés en les accueillant dans le cadre de volets de l’immigration économique. En plus de permettre au Canada d’accueillir un plus grand nombre de réfugiés, cela fait tomber le stéréotype voulant que les réfugiés soient seulement des victimes en démontrant qu’ils contribuent à notre pays. Aujourd’hui, le ministre a annoncé une nouvelle politique qui aidera 500 réfugiés et leur famille à s’établir.

Les nouvelles mesures amélioreront le processus du PPVAME comme suit :

  • en accélérant le traitement des demandes de résidence permanente des demandeurs au titre de plusieurs volets du PPVAME afin qu’ils puissent commencer à travailler et à contribuer au Canada plus rapidement;
  • en facilitant l’accès à des fonds pour l’établissement pour les réfugiés au titre du PPVAME;
  • en levant les frais associés aux demandes de résidence permanente;
  • en rendant le processus de demande plus souple;
  • en offrant des services médicaux avant le départ pour faciliter les examens médicaux aux fins de l’immigration.

Personnes protégées au Canada

Malgré les nombreux défis posés par la pandémie, les niveaux d’asile du Canada sont demeurés stables. Nous tirons maintenant profit de cette réussite en augmentant le nombre de personnes protégées que nous accueillerons cette année, et le faisons passer de 23 500 à 45 000. Nous accélérerons aussi le traitement des demandes, ce qui signifie que plus de personnes protégées pourront obtenir rapidement la résidence permanente et établir des racines dans leur collectivité.

À l’heure actuelle, plus de 40 000 personnes protégées et personnes à leur charge résident au Canada et ont une demande de résidence permanente en cours de traitement. En 2021, près de 17 900 personnes protégées ont obtenu la résidence permanente.

Programme de parrainage privé de réfugiés

Le Programme de parrainage privé de réfugiés du Canada est une initiative de premier plan qui nous aide à accueillir davantage de réfugiés et à mieux les équiper afin qu’ils connaissent un succès durable. Depuis la mise sur pied du programme il y a plus de 50 ans, des répondants du secteur privé ont accueilli plus de 350 000 réfugiés au Canada. Ce programme est maintenant imité partout dans le monde, notamment au Royaume-Uni et en Union européenne, en Nouvelle-Zélande, et les États-Unis se sont engagés à créer eux aussi un tel programme.

Pour renforcer encore davantage ce programme, IRCC a récemment lancé un appel national de propositions pour améliorer les services de soutien existants offerts avant et après l’arrivée aux répondants du secteur privé ou pour s’assurer que les réfugiés profitent pleinement de l’aide qui leur est offerte. Grâce à ce processus, jusqu’à 3 millions de dollars sur 2 ans seront investis pour appuyer 9 organisations.

Faits en bref

  • Le Canada est l’un des rares pays à n’avoir jamais fermé ses portes et à avoir continué de réinstaller des réfugiés tout au long de la pandémie. 
  • En 2018, le Canada s’est engagé à réinstaller 10 000 réfugiés d’Afrique et du Moyen-Orient d’ici 2020. Malgré les défis et les restrictions de voyage liés à la COVID-19, le Canada a respecté son engagement concernant les réfugiés du Moyen-Orient et fera bientôt de même pour ceux d’Afrique.
  • En 2019, le Canada a réinstallé plus de 30 000 réfugiés. La réinstallation des réfugiés pendant la pandémie a été limitée par de nombreux facteurs, dont les restrictions de voyage. Malgré ces défis, nous avons accueilli plus de 9 200 réfugiés en 2020.
  • En décembre 2020, le Canada a commencé à accepter les demandes de résidence permanente des demandeurs d’asile déboutés et de ceux en attente d’une décision qui ont travaillé dans le secteur des soins de santé au Canada et ont fourni des soins directs à des patients pendant la pandémie. En date du 29 mai 2021, environ 4 345 demandes avaient été reçues.
  • Les réfugiés qui courent des risques immédiats peuvent être réinstallés dans le cadre du Programme de protection d’urgence du Canada. Ce programme permet la réinstallation accélérée des réfugiés dont la vie, la liberté ou la sécurité est immédiatement menacée.
  • En juillet, le gouvernement du Canada deviendra le deuxième président de la Plateforme de soutien du Cadre régional global de protection et de solutions pour l’Amérique centrale et le Mexique (MIRPS). Le Canada se fera le champion de l’enjeu lié à la protection, à la participation effective et à l’autonomisation des femmes et des filles déplacées. Ce thème donnera des occasions au Canada de faire valoir son rôle de chef de file en plaçant les femmes, les filles et les personnes vulnérables à la violence fondée sur le sexe, y compris les communautés LGBTQ2, au centre des solutions.