Les talibans veulent un «authentique régime islamique» en Afghanistan

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L'un des responsables aux négociations interafghanes à Doha, le mollah Abdul Ghani Baradar, en mai 2109. (capture d'écran/Tolo News)
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Les talibans, dont les combattants multiplient les offensives sur le terrain pendant le retrait américain, se veulent rassurants dimanche sur les modalités d’un «authentique régime islamique» qu’ils entendent ériger en Afghanistan, par la négociation.

Dans un communiqué paru sur le site officiel de l’Émirat islamique d’Afghanistan, un des leurs responsables aux négociations interafghanes à Doha, le mollah Abdul Ghani Baradar, adjoint au chef des affaires politiques et chef du bureau politique de l’Émirat islamique d’Afghanistan, réaffirme qu’un «authentique régime islamique est la meilleure solution et l’exigence de tous les Afghans».

«Notre participation aux négociations témoigne que nous croyons à la résolution des problèmes par une compréhension mutuelle», insiste-t-il en «appelant la communauté internationale à laisser les Afghans décider de leur sort et de celui de leur pays».

«L’Émirat islamique ne permet à personne d’utiliser le sol afghan contre la sécurité et n’autorise personne à s’ingérer dans nos affaires. Les Afghans veulent vivre à la lumière de leurs valeurs religieuses et islamiques, vivre une vie fière et paisible dans le monde.», écrit-il également sur son compte Twitter.

Les pourparlers sur un éventuel partage du pouvoir, entamés en septembre dernier à Doha entre talibans et gouvernement afghan, sont actuellement au point mort.

Chef adjoint des affaires politiques, le mollah assure dans son communiqué que les talibans «préserveront les droits de tous les citoyens de ce pays, hommes et femmes, à la lumière des préceptes de l’islam et des traditions de la société afghane».

Il appelle aussi les jeunes Afghans à rester au pays plutôt que de prendre le chemin de l’exil: «Restez servir [votre] pays et le peuple : l’Émirat islamique vous en donnera l’occasion. Restez […] au lieu de gagner l’étranger avec vos familles et vos enfants pour un morceau de pain».

Une série d’assassinats ciblés attribués aux talibans a fait depuis un an des dizaines de morts parmi les jeunes instruits (journalistes, magistrats, universitaires, militants des droits de l’homme…) suscitant le départ de ceux qui le peuvent pour se mettre à l’abri.

De même, alors que la minorité chiite Hazara est spécifiquement visée par des attentats dans les quartiers ouest de Kaboul où elle réside, le responsable taliban affirme que «les droits des minorités et de tous les citoyens seront garantis par le système à venir: aucun souci à se faire sur ce point» promet-il.

Enfin le mollah Baradar garantit «un environnement sûr» aux «diplomates et employés des associations humanitaires» présents dans le pays.

La réponse du régime aux talibans: «Nous ne nous rendrons pas!»

Le président de la République islamique d’Afghanistan, Ashaf Ghani. (Tolo)

Après 20 ans de présence américaine appuyée par les forces de l’OTAN depuis 2001, le président américain Joe Bide a fixé la date symbolique du 11 septembre pour le retrait complet des troupes de son pays, déjà pratiquement terminé.

Les forces de sécurité afghanes se retrouveront seules en première ligne.  

Elles sont actuellement assaillies sur de nombreux fronts en province par les insurgés qui ont conquis plus de 40 districts ces dernières semaines.

Pour le président afghan Ashraf Ghani, qui a désigné samedi de nouveaux ministres de la Défense et de l’Intérieur, «les talibans doivent choisir : faire la paix ou continuer de traiter le peuple afghan en ennemi».  

«Les talibans sont responsables de la guerre. Nous avons présenté notre plan de paix au monde et aux Afghans, mais où est le leur ?» a-t-il demandé dans un communiqué en accusant les insurgés de «violer les lois humanitaires et de détruire l’Afghanistan».

Le président Ghani a aussi appelé les pays de la région, en particulier le Pakistan et l’Iran, «à ne pas hésiter dans leur rôle actif dans l’instauration d’une paix et d’une stabilité durables et justes en Afghanistan».

L’annonce du départ des Américains n’a fait qu’exacerber la peur de nombreux Afghans, qui redoutent de voir les talibans revenir au pouvoir et imposer le même régime fondamentaliste que lorsqu’ils gouvernaient le pays, entre 1996 et 2001.

Le président Ghani a critiqué les récentes attaques des talibans contre diverses parties du pays et le ciblage des civils.

S’adressant aux talibans, il a déclaré: « Pourquoi visez-vous les installations publiques, les ponts et les petits ponts ? Pourquoi placez-vous des mines en bordure de route qui tuent des femmes et des enfants ? »

«Pourquoi brûlez-vous des écoles et le bureau du gouverneur de district ? La réponse n’est-elle pas aussi claire que le soleil ?»

Parallèlement, il a déclaré également à cette occasion que les nouveaux changements dans les ministères de la Défense nationale et de l’Intérieur visent à renforcer les institutions de sécurité.

«Il est clairement nécessaire de mettre en œuvre un dialogue national, régional et international à travers le pays, la région et le monde pour dire: ’43 ans (de guerre) ne suffisent-ils pas ?’», a-t-il aussi plaidé, ajoutant toutefois que «Nous ne nous rendrons pas aux terroristes, nous ne nous rendrons pas aux plans sinistres, nous sommes les artisans de l’avenir, nous façonnons l’avenir».

Abdullah Abdullah, président du Haut Conseil pour la réconciliation nationale, a déclaré pour sa part qu’il craignait vivement que les talibans refusent de négocier un accord politique avec la République islamique d’Afghanistan une fois que les troupes américaines auront quitté le pays.

Abdullah a noté qu’il y a des indications claires que les talibans tentent d’avancer militairement avant le retrait des forces étrangères du pays.

«Le fait est que cela aura une implication, un impact sur les négociations avec les talibans. Les talibans peuvent se sentir encore plus enhardis et ils peuvent penser, certains d’entre eux au moins, qu’avec le retrait, ils peuvent tirer profit de la situation militairement, alors pourquoi s’engager sérieusement dans les négociations ? », a déclaré Abdullah dans une interview à l’agence américaine Associated Press.

Abdullah a toutefois averti les talibans de ne pas se méprendre sur la situation, affirmant que personne, à son avis, ne pourra gagner militairement. «Ce sera une grosse erreur de calcul de la part des talibans s’ils pensent qu’ils peuvent gagner militairement, et je répète qu’il n’y a pas de gagnants grâce à la poursuite de la guerre», a-t-il ajouté dans l’interview.

*Avec AFP