Afghanistan: la situation d’Hérat, la troisième ville du pays, dramatique au troisième jour de combats

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Le gouverneur de la province, le commandant des forces afghanes et le chef des renseignements (NDS) le 30 juillet 2021 à Hérat avec Ismail Khan, un chef militaire et un seigneur de guerre afghan particulièrement bien implanté dans la région de la ville d'Hérat et qui s'est joint aux forces gouvernementales alors que de violents affrontements opposent les forces gouvernementales et les talibans. (Twitter/@bsarwary)
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Les combats entre talibans et forces afghanes ont repris samedi pour la troisième journée consécutive aux abords d’Hérat, la grande ville de l’ouest de l’Afghanistan, où des locaux de l’ONU ont été attaqués la veille et où les forces afghanes de sécurité et les «forces de résistance» (milices antitalibans) se battent pour repousser les talibans.

La situation sécuritaire dans la ville d’Hérat s’était détériorée au cours des derniers jours et les talibans, qui se battaient à l’intérieur de la ville, ont pris hier le contrôle d’un quartier clé et ont pris le contrôle de la route qui relie la capitale provinciale à l’aéroport, rapporte le Long War Journal, un site d’information américain indépendant à but non-lucratif qui suit le conflit en Afghanistan depuis ses débuts.

Le 30 juillet, les talibans ont repris le contrôle du «quartier stratégique de Karakh», situé à l’est de la ville, a rapporté le journaliste afghan Bilal Sarwary du Long War Journal. Les talibans avaient auparavant pris le contrôle de Karakh le 8 juillet. Le gouvernement a repris le contrôle le 23 juillet et l’a détenu pendant une semaine.

Dans le district de Guzara, situé directement au sud de la ville d’Herat, les talibans contrôlaient plusieurs villages clés. Cependant, l’aéroport international d’Herat restait sous contrôle gouvernemental. Mais tous les vols à l’aéroport ont été annulés, selon la chaîne afghane d’information continue TOLO News. Les talibans contrôlent actuellement la route entre la ville d’Herat et l’aéroport, a rapporté pour sa part Bilal Sarwary du Long War Journal.

Si les talibans parviennent à garder le contrôle de la route menant de l’aéroport international d’Herat à l’aéroport et à l’assiéger, l’armée afghane aura du mal à garder le contrôle de la ville d’Herat, explique le Long War Journal: l’aéroport est une bouée de sauvetage essentielle pour la ville d’Herat, car les talibans contrôlent presque tous les districts de la province, et donc les routes menant à la ville sont très contestées.

Au moment d’écrire ses lignes, des combats se déroulaient à proximité immédiate de l’aéroport, selon Abdul Saboor Qani, gouverneur de la province d’Hérat, apparu à la télévision afghane en treillis de combat, fusil d’assaut à l’épaule, au côté d’Ismail Khan, puissant chef de guerre local opposé aux talibans, dont les miliciens prêtent main forte à Hérat aux forces afghanes.

Les forces gouvernementales tentent de desserrer l’étau

Dans la matinée d’aujourd’hui, samedi, les forces afghanes ont donc tenté de desserrer un peu l’étau autour de ville la ville de 600 000 habitants, la troisième d’Afghanistan.

Des militaires, dont des membres des unités de commandos, et des policiers afghans ont réussi à se déployer dans les chefs-lieux du district d’Injil, qui enserre Hérat, et de celui de Guzara, au sud de la ville, théâtres d’intenses combats la veille.

Les troupes afghanes étaient notamment déployées dans la zone de Pashtun Pol, à proximité des locaux à Hérat de la Mission de l’ONU en Afghanistan (Unama), attaqués vendredi.

Mais les combats ont repris dans l’après-midi dans les faubourgs de la ville et ces deux districts, selon le gouverneur de la province, Abdul Saboor Qani.

«En ce moment, il y a des combats dans les faubourgs sud et sud-est de la ville d’Hérat », notamment dans les zones de Pashtun Pul et Pul Malan, deux ponts situés à une dizaine de km au sud de la ville, principaux points de passage sur la rivière au sud de la ville d’Herat et l’une des lignes de front, a-t-il déclaré samedi après-midi.

Les forces afghanes dispersées face aux attaques talibanes tous azimuts

Et, alors que la situation dans la province d’Hérat où les talibans contrôlent 13 des 16 districts est dramatique, la ville d’Hérat n’est pas la seule capitale provinciale assiégée. Les talibans ont lancé également des offensives dans la ville de Kandahar, deuxième ville du pays et berceau des talibans, et Lashkar Gah, la capitale de la province d’Helmand. Les talibans ont pris le contrôle d’un district de police à Lashkar Gah, et des combats à l’intérieur de la ville de Kandahar sont signalés quotidiennement. Au total, les talibans menacent 17 des 34 capitales provinciales de l’Afghanistan.

Aujourd’hui, samedi, les combats se sont poursuivis dans les faubourgs de Kandahar (650 000 habitants), où des hélicoptères de l’armée afghane ont bombardé les talibans. Des milliers d’habitants ont fui ces dernières semaines les zones alentour, touchées par les affrontements, pour se réfugier en ville. À Kandahar, les gens sont inquiets et plus des trois-quarts des commerces sont fermés, a indiqué un correspondant sur place de l’Agence France-Presse.

À Lashkar Gah, un petit hôpital privé d’une dizaine de lits, dans lequel des talibans avaient trouvé refuge, a été largement détruit samedi au cours de combats. «Des combattants talibans sont entrés dans l’hôpital de force et en ont chassé le personnel. Des commandos (afghans) sont arrivés et ont ensuite appelé un soutien aérien», a raconté à l’agence française Agha Mohammed qui habite à proximité. Le directeur provincial de la Santé publique, le Dr Sher Ali Shakir, a confirmé que «l’hôpital Ariana Afghan avait été bombardé et détruit pour l’essentiel».

En attaquant ainsi plusieurs villes importantes en même temps, les talibans obligent l’armée afghane à disperser ses forces et à diluer sa puissance de combat.

L’armée de l’air afghane a été particulièrement touchée, car «un tiers des avions de l’armée de l’air afghane sont inutilisables», selon l’agence britannique Reuters. Le retrait des moyens aériens américains, qui fournissaient plus de 80 % de la puissance de combat pour combattre les talibans, et celui des sous-traitants civils pour assurer la maintenance, ainsi que l’attrition au combat, ont mis à rude épreuve l’armée de l’air afghane.

La perte d’une capitale provinciale , qui est peut-être pour bientôt, serait un coup dur pour le gouvernement afghan et une victoire symbolique de toute première importance pour les talibans qui, tout en faisant mine de négocier, se battent pour restaurer l’Émirat islamique en Afghanistan.

*Avec AFP