Biélorussie: Loukachenko prêt à faire appel aux forces russes «si nécessaire»

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Le président bélarus contesté, Alexandre Loukachenko, en août 2020 alors qu'il est allé inspecter les unités militaires déployées à Grodno, dans l'ouest, près de la frontière polonaise. (Belta)
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Le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, qui s’accroche au pouvoir et réprime brutalement l’opposition après des élections entachées de fraude, a déclaré vendredi qu’il était prêt à inviter des troupes russes dans le pays si une telle démarche était nécessaire pour assurer la sécurité à la fois de la Biélorussie et de la Russie, tout en ajoutant que pour le moment «il n’y a absolument aucun besoin» de le faire.

Dans des propos rapportés par l’agence de presse publique Belta, Loukachenko a souligné qu’il avait traité les manifestations antigouvernementales de l’année dernière sans impliquer les forces armées d’autres pays, mais a ajouté qu’il n’hésiterait pas à faire venir des troupes russes si nécessaire.

La Biélorussie est en mesure de déployer rapidement 500 000 de son propre personnel, mais,«si cela ne suffit pas, toutes les forces armées russes seront mobilisées» a déclaré Loukachenko, selon Belta. « Si c’est nécessaire, nous n’hésiterons pas.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré pour sa part vendredi que Moscou n’avait reçu aucune demande officielle de la Biélorussie pour déployer des troupes, soulignant que cette décision «n’est possible qu’après une demande officielle de la direction d’un pays à la direction d’un autre».

La Russie et la Biélorussie entretiennent des liens militaires et de défense étroits. Deux stations radar russes communiquant avec des sous-marins nucléaires dans les océans Atlantique et Indien et dans certaines parties du Pacifique sont basées en Biélorussie. En septembre, les deux pays ex-soviétiques devraient mener des exercices militaires conjoints à grande échelle.

Jusqu’à récemment, le gouvernement de Loukachenko avait résisté aux tentatives de Moscou d’étendre sa présence militaire en Biélorussie et avait rejeté les demandes d’ouverture d’une base aérienne et de stationnement de troupes supplémentaires dans le pays.

Mais au milieu de la crise politique qui s’est déroulée en Biélorussie après que la réélection de Loukachenko pour un sixième mandat en août 2020 a soulevé un tollé, la Russie a promis à son voisin un soutien militaire et a alloué un prêt de 1,5 milliard de dollars US à la Biélorussie en difficulté économique.

Loukachenko fait face à des mois de manifestations hostiles après s’être déclaré vainqueur à l’élection présidentielle d’août 2020 que l’opposition et l’Occident considèrent comme truquée. Il a répondu aux manifestations par une répression massive avec plus de 35 000 personnes arrêtées et des milliers de personnes battues par la police.

Les États-Unis et l’Union européenne ont imposé de multiples sanctions ciblant les dirigeants biélorusses et les secteurs clés de son économie à la suite de la crise.

L’analyste politique biélorusse Valery Karbalevich, cité par l’Associated Pres, croient que les déclarations de Loukachenko vendredi étaient une tentative claire d’effrayer l’Occident.

«Pour la première fois, il a menacé de déployer des troupes russes en Biélorussie. Cependant, le Kremlin n’est pas pressé de soutenir ces initiatives», a déclaré Karbalevich.

Loukachenko a accusé l’Occident de tenter d’orchestrer une révolution dans le pays qu’il dirige d’une main de fer depuis des décennies et de préparer un coup d’État, notamment en faisant pression sur la Biélorussie avec des sanctions. Son challenger aux élections s’est enfui en Lituanie et des responsables lituaniens ont déclaré que les autorités biélorusses inondaient désormais la frontière lituanienne de migrants pour mettre ce pays de l’UE sous pression.

Loukachenko a appelé à de nouvelles mesures contre les groupes de défense des droits humains du pays, alléguant que derrière eux se trouvent des cerveaux étrangers, et a déclaré que la pression du gouvernement sur les médias indépendants se poursuivrait.

Au cours des dernières semaines, les autorités biélorusses ont également intensifié la pression contre les organisations non gouvernementales et les médias indépendants, effectuant plus de 200 perquisitions dans les bureaux et appartements de militants et de journalistes ce mois-ci seulement, selon le centre des droits humains Viasna.

L’Association biélorusse des journalistes a déclaré que les raids et les détentions visant des journalistes se poursuivaient vendredi à Minsk et dans d’autres villes. Plus tôt cette semaine, les autorités ont déclaré que la chaîne de télévision Belsat, financée par la Pologne, était un groupe extrémiste.

Au total, 28 journalistes biélorusses sont toujours en détention en attendant leur procès ou en train de purger leur peine. Des groupes de journalistes ont demandé jeudi aux autorités de prodiguer des soins hospitaliers d’urgence à un journaliste de premier plan qui a été placé en détention provisoire.

*Avec AP