Le Canada condamne fermement l’attaque insensée perpétrée dans un marché de Sadr City en Iraq

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Le bilan de l’attaque sanglante de lundi dans l’explosion d’un engin artisanal sur un marché de Sadr City, immense quartier chiite déshérite de l’est de Bagdad, est grimpé à une trentaine de décès.

«Le Canada condamne fermement l’attaque insensée perpétrée dans un marché de Sadr City en Iraq à la veille de l’Aïd al-Adha. Nos sincères condoléances aux proches des victimes, et un prompt rétablissement aux blessés. Les auteurs doivent être tenus responsables de leurs actes.», a déclaré le ministère canadien des Affaires étrangères aujourd’hui.

Le Canada est toujours engagé en Irak dans le cadre de l’opération IMPACT et, début juillet, un groupe composé d’environ 70 militaires a quitté l’Aéroport international Jean-Lesage de Québec vendredi 9 juillet à destination du Koweït pour prendre part à la 5e rotation de l’Opération (OP) IMPACT.

Le 31 mars 2021, le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a annoncé que le gouvernement du Canada prolongeait l’Opération IMPACT jusqu’au 31 mars 2022.

Les efforts militaires du Canada sont diversifiés et comprennent la participation à la coalition mondiale, la participation à la mission de l’OTAN en Irak, la participation au renforcement des capacités militaires en Irak, en Jordanie et au Liban.

Aujourd’hui, en Irak, des familles effondrées enterrent leurs morts, au lendemain d’un attentat sur un marché populaire de Bagdad ayant fait une trentaine de décès, en majorité des femmes et des enfants, et qui a été revendiqué par le groupe djihadiste État islamique (EI), rapporte ce mardi l’Agence France-Presse.

Des avis de décès, certains affichant les jeunes visages d’adolescents, étaient placardés dans les rues de Sadr-City, immense banlieue chiite déshéritée à l’est de Bagdad, où se tenaient les premières funérailles.

L’attentat s’est produit lundi en fin de journée sur un marché populaire où se pressaient des familles faisant leurs courses à la veille de la fête musulmane du Sacrifice, et a été revendiqué par l’EI, soulevant des inquiétudes sur la capacité de l’organisation djihadiste, officiellement vaincue, à frapper en plein cœur de l’Irak.

Dans sa revendication sur Telegram, l’EI a affirmé qu’un kamikaze avait fait détoner sa ceinture d’explosifs. Aucun bilan officiel n’a été donné mais selon des sources médicales au moins 36 personnes sont mortes et une soixantaine de blessés.

Quelques heures après le carnage, on pouvait encore voir des éclaboussures de sang sur le sol et les étals, des centaines de sandales éparpillées au milieu des fruits et légumes. Mardi en fin de matinée, des habitants encore sous le choc nettoyaient les lieux.

Dans un communiqué mardi, le premier ministre Moustafa al-Kazimi a promis que « le terrorisme ne resterait pas impuni », et que « les auteurs seraient poursuivis où qu’ils se cachent ».  

« Les criminels, avec leurs actions désespérées, veulent créer le chaos », a-t-il ajouté, avant d’assurer que « ce lâche attentat illustre l’échec des terroristes à reprendre pied (en Irak) après avoir été défait par nos héroïques forces de sécurité ».

Message sanglant

L’attentat intervient alors que M. Kazimi est attendu à Washington en fin de semaine pour rencontrer Joe Biden, et dans un contexte politique déliquescent à quelques mois des élections législatives prévues en octobre.

« À l’approche des élections, les opérations terroristes visent à envoyer le message que le système politique irakien est fragile et défaillant. L’attaque entend  prouver que l’organisation (EI) existe toujours et est capable d’atteindre ses cibles dans Bagdad », a estimé le président de l’Association irakienne des Sciences politiques, Ossama Saidi.

L’EI qui a contrôlé de vastes portions du territoire irakien entre 2014 et 2017, a été officiellement vaincue par les troupes irakiennes appuyées par une coalition internationale antidjihadiste dirigée par les États-Unis.

Mais des cellules de l’EI sont cependant toujours présentes dans le pays notamment dans les zones montagneuses et désertiques, et revendiquent des attaques ponctuelles.

En janvier déjà, un attentat perpétré par deux kamikazes sur un marché de Bagdad avait fait 32 morts, et avait été revendiqué par l’EI. En avril, un civil avait été tué dans une explosion à Sadr City mais les autorités n’ont jamais confirmé qu’il s’agissait d’un attentat. Et en mai, des attaques non revendiquées mais attribuées à l’EI avaient visé des militaires, notamment près de Bagdad, faisant 18 morts.

Pour l’analyste irakien Jassem al-Moussaoui, l’attentat du marché de Sadr City met en lumière « la faiblesse des forces de sécurité, qui n’ont pas été formées sur des bases professionnelles, mais en fonction de leurs loyautés politiques », et qui sont « incapables d’anticiper les mouvements des terroristes ».

Sadr City, proche banlieue populaire de Bagdad, est le fief du puissant leader chiite Moqtada Sadr, dont l’influence est souvent déterminante dans la politique irakienne. Ce dernier n’avait pas encore réagi mardi.

Les réactions se sont multipliées, l’ONU en Irak condamnant un « horrible attentat », l’ambassade d’Allemagne exprimant sa « tristesse après cette attaque insensée et brutale ».

Le président russe Vladimir Poutine a adressé un message à son homologue irakien Barham Saleh, dénonçant une attentat « cynique et cruel ». Téhéran a pour sa part condamné « un acte barbare » et « la sinistre répétition des scénarios terroristes en Irak ».

Rappelant le drame survenu il y a une semaine dans un hôpital de Nassiriya, où au moins 60 malades de la COVID-19 ont péri dans un incendie, le comédien Ahmed al-Bashir a écrit : « j’ai peur d’ouvrir twitter désormais. Chaque jour une nouvelle calamité. Nous sommes fatigués de tout », a-t-il écrit dans un message abondamment partagé sur twitter.

*Avec AFP

Voir aussi:

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