Le programme visant à remplacer les vieux pistolets datant la Seconde Guerre mondiale est suspendu

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Le programme visant à remplacer les vieux pistolets datant la Seconde Guerre mondiale est suspendu encore en usage dans les Forces armées canadiennes est suspendu pour le moment après qu’une entreprise représentant qu’un des fabricants d’armes à feu en compétition s’est plainte que l’appel d’offres était conçu pour favoriser ses concurrents, rapporte cette semaine le Ottawa Citizen sous la plume de David Pugliese.

Les responsables du gouvernement fédéral devaient recevoir des offres le 3 août pour de nouveaux pistolets destinés à remplacer les armes de poing Browning Hi-Power de l’armée. Le plan était d’attribuer un contrat pour une nouvelle arme d’ici décembre et de commencer à livrer les premières armes aux troupes à l’été 2022.

Le programme des pistolets était, et est toujours considéré par l’Armée canadienne comme une priorité.

L’arme de poing Browning Hi-Power 9 mm, utilisée par les officiers et les soldats canadiens dans des espaces rapprochés et confinés, est l’arme de poing des Forces armées canadiennes depuis 1944.

Mais aujourd’hui, le nombre d’armes de poing Browning Hi-Power en état de marche a considérablement diminué en raison du manque de pièces de rechange. La nouvelle arme de poing des Forces armées canadiennes sera désignée sous le nom de pistolet modulaire C22. Ce sera un 9 mm, mais les Forces armées canadiennes ont également demandé des kits pour convertir l’arme de poing en calibre .40.

«La valeur potentielle d’un contrat pourrait aller jusqu’à 18 millions de dollars, si les options sont exercées», a également indiqué le porte-parole, avait précisé en mars dernier le porte-parole de la Défense nationale, Dan Le Bouthillier, précisant toutefois que «la valeur réelle ne sera connue qu’au moment de l’attribution du contrat.».

Mais tout le processus a été interrompu après que Rampart International d’Ottawa, la firme qui représente le fabricant d’armes de poing Glock sur le marché canadien, a déposé une plainte auprès du Tribunal canadien du commerce extérieur TCCE). Rampart allègue que la compétition dirigée par le gouvernement favorise les rivaux de Glock, Beretta et Sig Sauer.

Par conséquent, le tribunal a demandé au gouvernement fédéral de suspendre l’attribution de tout contrat.

Le porte-parole de Services publics et Approvisionnement Canada, Jeremy Link, cité par l’Ottawa Citizen, a déclaré que le ministère «a pleine confiance dans la rigueur, l’équité et les résultats de ses processus d’approvisionnement concurrentiels».

«Services publics et Approvisionnement Canada et le ministère de la Défense nationale se conformeront comme il se doit à la décision du TCCE», a-t-il noté. «L’impact est encore en cours d’évaluation.»

Les entreprises qui souhaitent soumissionner sur le projet de remplacement de pistolet ne peuvent pas soumettre leurs propositions avant le 1er octobre au moins, ce qui donnera au gouvernement le temps de déterminer comment répondre à la plainte, a toutefois indiqué Services publics et Approvisionnement Canada

Aux États-Unis, on a déjà commencé à mettre en service l’arme de poing Sig Sauer M18, qui remplacera les modèles de pistolets utilisés depuis les années 1980 alors qu’au Canada, la perspective de voir les vieux Browning datant de la Seconde Guerre mondiale rapidement remplacés s’éloigne avec la plainte déposé par le fabricant du pistolet Glock devant le Tribunal canadien du commerce extérieur. (Photo/Tessa Corrick/US Air Force)

Des exigences superflues ?

L’armée canadienne a décrit ce dont elle a besoin dans une nouvelle arme à feu. Mais Rampart fait valoir que certaines de ces exigences ne sont pas nécessaires.

La plainte alléguait que l’appel d’offres des Forces canadiennes exigeait «certains types de conception qui ne répondent à aucune exigence opérationnelle légitime et favorisent certains soumissionnaires».

Le programme de pistolets est considéré comme une priorité par l’Armée canadienne, car le nombre d’armes de poing Browning Hi-Power fonctionnelles a considérablement diminué en raison d’un manque de pièces de rechange.

Le projet d’acquisition était au point mort depuis des années après que des entreprises d’armes légères eurent rejeté en 2011 l’exigence du gouvernement fédéral voulant que les nouvelles armes soient construites chez Colt Canada à Kitchener, en Ontario. De plus, les entreprises ont rechigné à la stipulation selon laquelle elles devaient transmettre leurs informations exclusives sur les armes à feu à Colt, une entreprise que certains considéraient comme un concurrent.

Ces exigences ont finalement été mises de côté et l’armée s’est concentrée sur l’élaboration de nouveaux critères avec les besoins opérationnels des soldats comme priorité absolue.

Le plan était d’acheter un minimum de 8 000 pistolets avec des options allant jusqu’à 16 500 pour l’Armée canadienne, l’Aviation royale canadienne et la Marine royale canadienne.

Les nouvelles armes à feu seront modulaires, ce qui signifie qu’elles peuvent être reconfigurées pour différents rôles. Les autres exigences comprennent diverses fonctions de sécurité.

Dans l’un de ses documents soumis au tribunal, Rampart note que des pistolets Glock ont été achetés par des forces de défense au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande, en France, aux Pays-Bas et en Australie, entre autres pays. Les pistolets Glock sont également largement utilisés par les forces de police en Amérique du Nord.

Mais Glock a perdu contre Sig Sauer en janvier 2017 pour un contrat de pistolet militaire américain de premier plan. Sig Sauer fournit désormais aux États-Unis quelque 420 000 armes de poing basées sur son pistolet Sig P320.

Dans sa plainte, Rampart a également cité un reportage de CBC en février au sujet d’un membre de la FOI2, utilisant un Sig 320, qui a été blessé lors d’un accident survenu dans un champ de tir d’Ottawa.

Mais les résultats de l’enquête sommaire sur la décharge involontaire d’un pistolet en étui [SIG SAUER /P320, NDLR] lors d’une activité d’instruction du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada (COMFOSCAN) le 5 novembre 2020 ont été communiqués le mois dernier et et concluent qu’il n’y avait rien de mal avec le pistolet Sig P320 et «qu’aucune défaillance technique n’est survenue dedans le pistolet. que «que le processus d’acquisition et l’exécution de l’activité d’instruction n’ont pas été des facteurs contributifs à l’incident»

Bref, un simple accident qui ne remet pas pour autant en cause le pistolet.

À suivre…