Les talibans affirment contrôler maintenant 90 % des frontières afghanes

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des insurgés agitent le drapeau de l'Émirat islamique (nom officiel du mouvement des talibans) à la frontière de l'Afghanistan avec le Pakistan en juillet. (Twitter)
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«Les frontières de l’Afghanistan avec le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Iran, environ 90 % des frontières sont sous notre contrôle », a indiqué aujourd’hui le porte-parole des talibans, Zabihullah Moujahid, à l’agence officielle russe Ria Novosti.

Mise à jour 22/07/2021, 13h46

Un espoir? Les États-Unis ont fourni récemment un soutien aérien à l’armée afghane qui tente de contenir une offensive des talibans, a indiqué jeudi le Pentagone, alors que les insurgés affirment contrôler 90 % des frontières afghanes. «Ces derniers jours, nous avons mené des frappes aériennes en soutien à l’armée afghane», a déclaré le porte-parole du ministère américain de la Défense, John Kirby, au cours d’un point de presse aujourd’hui.«Nous continuons à mener des frappes pour soutenir les forces afghanes», a-t-il ajouté, soulignant que le chef du commandement militaire central (Centcom), le général McKenzie, en avait l’autorité.

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«La frontière avec le Turkménistan et la frontière avec l’Iran et le Pakistan – à l’exception de quelques petites zones -. Entièrement sous notre contrôle […] La frontière du Tadjikistan est entièrement sous notre contrôle du Badakhshan à Tahara et Quandour La plupart des L’ Afghanistan avec l’ Ouzbékistan est également sous le contrôle des talibans, seul Hairatan dans la province de Kaldar est sous le contrôle de Kaboul», a-t-il déclaré à l’agence russe.

Progrès des talibans que semble confirmer le Long War Journal un site d’information qui fait autorité et qui suit le conflit afghan depuis ses débuts.

(Source: Long War Journal)

Jeudi, les délégations du gouvernement afghan et des talibans ont tenu au Qatar leur première réunion depuis la fête de l’Aïd al-Adha et ont convenu d’accélérer le processus de négociation.

Mais, alors que Suhail Shaheen, négociateur membre du bureau politique de l’Émirat islamique (le nom officiel du mouvement des talibans) reprenait la même rengaine lors d’une entrevue sur CNN qu’il a fièrement épinglée sur son compte twitter, «Notre politique est de parvenir à une solution pacifique», ajoutant que «Certains quartiers nous sont tombés sous le coup parce que les forces de sécurité nous ont rejoints.», les pourparlers à Doha, au Qatar. ne progressaient toujours pas.

Et pendant ce temps, la guerre de l’information se continue, les talibans déclarant que la population afghane les reçoit en libérateurs lors que le ministère afghan de l’Intérieur brosse un tout autre tableau de la situation, affirmant, par exemple, que les cadavres de plusieurs civils gisent toujours au sol à Spin Boldak, une ville de la province de Kandahâr située près de la frontière du Pakistan dont les talibans se sont emparés la semaine dernière.

Offensive tous azimuts des talibans et repli des forces gouvernementales

Ce que les talibans n’obtiendront pas lors de pourparlers où ils semblent négocier davantage la reddition du gouvernement de Kaboul que la paix, ils paraissent de plus en plus en mesure de l’obtenir de toutes façons sur le terrain.

Les insurgés mènent depuis mai une offensive tous azimuts contre les forces afghanes, au moment où les forces internationales achèvent les opérations en vue de leur retrait définitif du pays, prévu pour s’achever fin août.

Les talibans se sont depuis emparés de vastes pans de territoires ruraux, ainsi que de plusieurs postes-frontière clés, et encerclent des grandes villes.

Privées du crucial soutien américain, les forces afghanes n’ont opposé qu’une faible résistance et ne contrôlent plus pour l’essentiel que les capitales provinciales et les axes majeurs.

Plus tôt en juillet, les talibans s’étaient dits maîtres de 85 % du territoire afghan, chiffre contesté par le gouvernement et impossible à vérifier de façon indépendante.

La violence avait diminué ces derniers jours avec le début de la célébration de la fête musulmane l’Aïd al-Adha, mais les combats ont repris de plus belle, le porte-parole des talibans Zabihullah Moujahid ne cessant d’égrener sur son compte twitter les districts dont s’emparent les insurgés, les derniers en date étant Marjah dans la province d’Helmand dans le sud-ouest et Spin Ghar dans la province de Nangarhar dans l’est.

L’offensive talibane inquiète de plus en plus les pays frontaliers, et en premier lieu le Tadjikistan qui partage avec l’Afghanistan plus de 1200 kilomètres de frontières.

Ce pays autoritaire d’Asie centrale a mobilisé jeudi l’intégralité de son armée pour un exercice surprise de préparation au combat, une première. Des exercices militaires conjoints avec la Russie et l’Ouzbékistan y sont prévus en août, à la frontière afghane.

Une prise de contrôle totale par les talibans tout à fait possible

Le Pentagone admet maintenant qu’une prise de contrôle totale par les talibans est tout à fait possible.

Mercredi, tout en affirmant que la partie n’était pas encore jouée, le chef d’état-major de la Défense américain, le général Mark Milley a présenté un tableau très sombre de la situation sécuritaire en Afghanistan, affirmant que les talibans avaient véritable «élan stratégique» face aux forces militaires afghanes qui cédaient du territoire et se repliaient pour tenter de protéger les villes importantes, dont Kaboul, la capitale.

«Il y a une possibilité d’une prise de contrôle complète des talibans», a déclaré le général Milley, ajoutant toutefois qu’existe «la possibilité d’un certain nombre d’autres scénarios» et insistant pour dire qu’il ne pensait pas «la fin du jeu soit encore écrite».

Mais les talibans ont pris le contrôle de plus de 210 des quelque 420 districts afghans au cours des derniers mois, a dû admettre le général Milley lors du point de presse hier au Pentagone, ajoutant qu’ «Ils font également pression sur la moitié des 34 centres provinciaux du pays et visent à isoler Kaboul et d’autres grandes villes.»

Lors de leur première conférence de presse conjointe depuis le 6 aux côtés du secrétaire à la Défense Lloyd J. Austin et alors que toutes les forces américaines ont quitté le pays à l’exception d’environ 650 soldats affectés à la garde de l’ambassade américaine et de l’aéroport de Kaboul, le général Milley a assuré que les États-Unis continueraient à fournir une aide humanitaire et sécuritaire à distance au gouvernement afghan, mis il semble de plus en plus clair que les frappes aériennes américaines après le 31 août, date limite du retrait militaire, seraient réservées à Al-Qaïda et à d’autres cibles terroristes, et ne viseraient plus combattants talibans lors des attaques des insurgés contre les forces afghanes.

La violence avait diminué ces derniers jours avec le début de la célébration de la fête musulmane l’Aïd al-Adha, mais reprend maintenant de plus belle.

*Avec AFP

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