Offensive des talibans: personnes déplacées et couvre-feu nocturne imposé dans 31 des 34 provinces

0
216
Temps de lecture estimé : 6 minutes

Les autorités afghanes, confrontées depuis deux mois à une vaste offensive des talibans, ont décrété samedi un couvre-feu nocturne dans l’ensemble du pays à l’exception de trois provinces, dont celle de Kaboul alors qu’en même temps, de nombreux afghans sont déplacés par les combats.

«Afin d’endiguer la violence et de limiter les mouvements des talibans, un couvre-feu est décrété dans 31 provinces du pays», indique le ministère afghan de l’Intérieur dans un communiqué, en précisant que seules les provinces de Kaboul, du Panchir (nord-est) et de Nangarhar (est) ne sont pas concernées par cette mesure.

Le porte-parole adjoint du ministère, Ahmad Zia Zia, a précisé dans un message aux journalistes que le couvre-feu serait en vigueur de 22 h à 4 h. Il n’a pas indiqué durant combien de temps la mesure serait appliquée.

Parallèlement, des habitants de la province de Kapisa dans le nord-est du pays, la province la plus densément peuplée après celle de Kaboul, ont déclaré qu’un certain nombre de familles avaient été déplacées en raison des affrontements entre les forces afghanes et les talibans dans les districts de Nijrab, Alasay et Tagab, rapporte la chaîne de télévision indépendante afghane Ariana News.

Toujours selon la même source, en plus de ces districts, de violents affrontements se sont déroulés entre l’les forces gouvernementales et les talibans dans les provinces de Ghazni, Wardak, Takhar, Kunduz, Kunar, Laghman, Herat, Helmand et Nimruz.

Pendant ce temps, la guerre de l’information se poursuit, le gouvernement de Kaboul affirmant avoir repris le contrôle de certains territoires, les talibans affirmant le contraire, comme, par exemple, dans le district de Nijrab.

Les insurgés ont lancé début mai une offensive tous azimuts contre les forces afghanes, à la faveur du commencement du retrait définitif des forces internationales d’Afghanistan, prévu pour être achevé d’ici la fin août.

Les talibans se sont emparés de vastes portions rurales du pays et les forces afghanes, qui n’ont offert jusqu’ici qu’une faible résistance, ne contrôlent essentiellement plus que les grands axes et les capitales provinciales.  

Les insurgés assiègent les capitales en s’emparant des zones voisines, étouffant les routes principales ne laissant aux troupes afghanes aucune liberté de mouvement.

Aucune capitale provinciale n’est tombée jusqu’ici, mais le chef d’état-major de la Défense américain, le général Mark Milley, tout en affirmant que la partie n’était pas encore jouée, le chef d’état-major de la Défense américain, le général Mark Milley a présenté cette semaine un tableau très sombre de la situation sécuritaire en Afghanistan, affirmant que les talibans avaient véritable «élan stratégique» face aux forces militaires afghanes qui cédaient du territoire et se repliaient pour tenter de protéger les villes importantes, dont Kaboul, la capitale.

Les talibans affirment contrôler maintenant 90 % des frontières afghanes

Le général Milley, se rendant à l’évidence, a du reconnaître qu’une prise de contrôle totale par les talibans est maintenant tout à fait possible

Il y a deux jours, «Les frontières de l’Afghanistan avec le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Iran, environ 90 % des frontières sont sous notre contrôle », indiquait le porte-parole des talibans, Zabihullah Moujahid, à l’agence officielle russe Ria Novosti.

«La frontière avec le Turkménistan et la frontière avec l’Iran et le Pakistan – à l’exception de quelques petites zones -. Entièrement sous notre contrôle […] La frontière du Tadjikistan est entièrement sous notre contrôle du Badakhshan à Tahara et Quandour La plupart des L’ Afghanistan avec l’ Ouzbékistan est également sous le contrôle des talibans, seul Hairatan dans la province de Kaldar est sous le contrôle de Kaboul», a-t-il déclaré à l’agence russe.

Progrès des talibans que semblait confirmer le Long War Journal un site d’information qui fait autorité et qui suit le conflit afghan depuis ses débuts.

Mince espoir vite déçu, les Américains ont fourni récemment un soutien aérien à l’armée afghane qui tente de contenir une offensive des talibans, a indiqué jeudi le Pentagone, alors que les insurgés affirment contrôler 90 % des frontières afghanes. «Ces derniers jours, nous avons mené des frappes aériennes en soutien à l’armée afghane», a déclaré le porte-parole du ministère américain de la Défense, John Kirby, au cours d’un point de presse le 22 juillet. «Nous continuons à mener des frappes pour soutenir les forces afghanes», a-t-il ajouté, soulignant que le chef du commandement militaire central (Centcom), le général McKenzie, en avait l’autorité.

Les récentes frappes américaines étaient probablement les dernières

Mais qu’en sera-t-il à l’avenir du soutien américain ?

Le général McKenzie, qui a assumé la responsabilité des opérations américaines en Afghanistan au début du mois, a déclaré qu’il existe désormais une «norme élevée » pour autoriser les frappes aériennes, qui doivent désormais être exécutées par des avions venant de l’extérieur du pays.

Le processus est devenu plus compliqué après le retrait, a-t-il expliqué, car les capacités de renseignement ont été réduites, ainsi que la capacité des troupes américaines au sol à guider les avions et les frappes vers des cibles tout en évaluant les risques pour les civils à proximité.

Le porte-parole des talibans, Zabiullah Moujahid, a déclaré pour sa que les frappes aériennes violaient les termes des discussions en cours sur l’accord de paix et «auraient des conséquences négatives» et les pays voisins de l’Afghanitan, surtout maintenant que la possibilité de retour des talibans au pouvoir est devenue une probabilité, ne sont pas chauds pour permettre aux avions américains de survoler leur territoire, le Pakistan, lui, qui avait jusqu’ici plutôt jouer double-jeu, allant encore plus loin et semblant dès la mi-juillet se ranger du coté des talibans.

Finalement, les États-Unis ne soutiendront pas les forces afghanes avec des frappes aériennes après le retrait complet fin août, a déclaré McKenzie, réservant la capacité uniquement aux militants planifiant des attaques terroristes contre le territoire des États-Unis ou contre des alliés.

L’aviation afghane en piètre état

L’aviation afghane, elle, est en piètre état et des élus afghans se sont inquiétés vendredi de l’état de l’aviation afghane au moment où les talibans affirment étendre leur contrôle dans le pays, appelant les États-Unis à finaliser leur processus d’assistance militaire au pays avant leur retrait fin août, rapporte les agences de presse.

Lors d’entretiens virtuels cette semaine avec des élus du Congrès américain, une délégation afghane a demandé aux États-Unis de prendre rapidement des mesures pour aider à la maintenance des avions afghans et fournir des munitions supplémentaires à l’aviation du pays.

Le président américain Joe Biden, a évoqué la question lors d’une conversation téléphonique avec son homologue afghan Ashraf Ghani, a indiqué la Maison-Blanche dans un communiqué vendredi.

Mais le soutien militaire américain à Kaboul dépend de l’adoption du budget 2022 de Défense, actuellement en cours de négociation au Congrès, a précisé l’exécutif américain.

«La situation sécuritaire est devenue catastrophique », a déclaré à la presse le parlementaire afghan Haji Ajmal Rahmani, en référence à l’offensive des talibans.

Selon lui, un tiers des 150 appareils ne sont pas en état de voler, et l’aviation afghane est à court de munitions guidées à laser que lui fournissaient jusqu’ici les États-Unis et les alliés de l’OTAN. Les munitions guidées guidées par laser sont nécessaires pour mener des frappes de précision, qui minimisent les risques de victimes civiles.

«Ce qu’on nous dit, c’est que ça va prendre du temps, parce qu’il faut les commander et que cela prend longtemps de les produire et de les expédier vers l’Afghanistan», a-t-il ajouté. «On nous parle d’environ un an», a-t-il poursuivi, affirmant qu’il s’agit de «quelque chose qui est vraiment nécessaire en cette période critique».

Le président de la commission de défense du parlement afghan, Mir Haider Afzaly, a expliqué pour sa part que les avions étaient cloués au sol à cause d’un manque de pièces détachées, de la pandémie de COVID-19 qui freine l’envoi de techniciens étrangers et du vieillissement de la flotte.

Il a aussi affirmé que les États-Unis n’avaient pas encore remis à l’armée afghane les hélicoptères Black Hawks promis.

La Maison-Blanche a souligné que la loi de finances 2022 soumise au Congrès prévoyait une aide militaire de 3,3 milliards de dollars pour l’Afghanistan. Sur ce montant, 1 milliard est destiné à la maintenance de l’aviation afghane, notamment la livraison de trois hélicoptères Black Hawks déjà arrivés en Afghanistan et mentionnés cette semaine par le ministre de la Défense Lloyd Austin. Un autre milliard est destiné à l’achat de munitions, de pièces détachées et de kérosène, et 700 millions de dollars sont réservés pour payer la solde des soldats afghans, précise le communiqué.

Mais cela suffira-t-il ? Les États-Unis ont investi plus de 8 milliards de dollars pour mettre sur pied une aviation afghane quasiment inexistante lors de l’intervention militaire, déclenchée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, et aujourd’hui, non seulement l’aviation afghane est toujours lourdement tributaire du soutien américain, mais les forces afghanes se sont révélées désespérément incapables de repousser les insurgés sans une intervention directe de l’aviation américaine.

*Avec AFP