Attaques à l’aéroport de Kaboul «Nous vous pourchasserons et nous vous ferons payer», soutient Joe Biden

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Le président Joe Biden a promis jeudi de «pourchasser» les auteurs de l’attentat qui a tué 12 militaires américains à proximité de l’aéroport de Kaboul, estimant que ses soldats étaient des «héros».

«Nous vous pourchasserons et nous vous ferons payer», a-t-il affirmé à l’adresse des auteurs de l’attaque, ajoutant que les États-Unis répondraient «avec force et précision».

Joe Biden a déclaré qu’il avait demandé aux responsables militaires de trouver des moyens de cibler ISIS-K, la filiale afghane de l’État islamique, qui a revendiqué les attaques plus tôt dans la journée.

Transcription fournie par la Maison-Blanche: Remarks by President Biden on the Terror Attack at Hamid Karzai International Airport AUGUST 26, 2021 • SPEECHES AND REMARKS >>

Le 46e président des États-Unis s’est exprimé jeudi à 17 h, plusieurs heures après la double attaque à proximité de l’aéroport de Kaboul – la plus meurtrière pour les militaires américains depuis août 2011.

Comme souvent depuis deux semaines, il a dû chambouler son agenda, repoussant une rencontre importante prévue avec le nouveau premier ministre israélien Naftali Bennett.

De son propre aveu, le président Biden n’avait pas «prévu» la rapidité de l’effondrement de l’armée afghane formée, équipée et financée des années durant par Washington, et la chute de Kaboul aux mains des talibans.

Les attentats près de l’aéroport de Kaboul ont fait 12 morts et 15 blessés parmi les militaires américains, a indiqué cet après-midi indiqué le général Kenneth McKenzie, chef du commandement central américain (CENTCOM), responsable de l’Afghanistan, qui a accusé l’État islamique d’être responsable de ces attentats-suicides.

«Deux djihadistes considérés comme appartenant à l’EI se sont fait sauter à Abbey Gate [la porte Abbey Gate est l’un des trois accès à l’aéroport de Kaboul, NDLR] suivis par des djihadistes de l’EI armés qui ont fait feu sur les civils et les militaires», a précisé le général.

Les soldats décédés jeudi étaient les premiers militaires américains tués en Afghanistan depuis février 2020. L’armée américane a perdu plus de soldats aujourd’hui qu’en toute autre journée depuis 2011.

Exactement le genre de perte militaire que le président américain essayait d’éviter

Ces décès étaient exactement le genre de perte militaire que le président américain essayait d’éviter en mettant fin à la guerre de 20 ans des États-Unis dans le pays.

Mais la prise de contrôle rapide du pays par les talibans a pris l’administration Biden au dépourvu et a déclenché une évacuation chaotique au cours de laquelle 6 000 soldats américains ont tenté de sécuriser l’aéroport de Kaboul dans des circonstances qu’on avait semble-t-il pas imaginé.

Plus tôt cette semaine, le président avait rejeté les appels tant des élus américains, démocrates comme républicains, que des alliés des États-Unis à prolonger la présence américaine à l’aéroport au delà du 31 août, citant justement la menace d’attaques terroristes.

Vendredi dernier, alors qu’il s’engageait à évacuer tous les Américains et alliés afghans qui souhaitaient quitter le pays, Joe Biden avait toutefois promis que «toute attaque contre nos forces ou perturbation de nos opérations à l’aéroport fera l’objet d’une réponse rapide et énergique»

Mais il n’est toujours pas clair aujourd’hui si une réponse militaire de quelque nature que ce soit était déjà en préparation, ou si les troupes américaines sur le terrain avaient la capacité de riposter tout en sécurisant l’aéroport. Mais aujourd’hui, le général Kenneth McKenzie a déclaré pour sa part que l’armée poursuivrait les responsables de l’attaque.

Les talibans ont eux aussi condamné l’attentat revendiqué par leur riviux du groupe armé État islamique.

Zabihullah Moujahid, porte-parole des talibans, condamnant l’attentat, a indiqué que de 13 à 20 civils ont été tués et qu’au moins 52 personnes ont été blessées dans les attentats d’aujourd’hui près de l’aéroport, à la porte Abbey Gate oùles militaires américains ont perdu la vue et près de l’hôtel Baron, adjacent à l’aéroport. Mais selon un responsable afghan cité un peu plus tard par l’agence américaine Associated Press, ce serait au moins 60 Afghans qui ont été tués et 143 autres blessés.

Suhail Saheen, membre du Bureau politique des talibans qui, maintenant qu’ils sont de retour au pouvoir, ne veulent surtout pas s’aliéner la communauté internationale, a lui aussi condamné fermement cet attentat: «L’Émirat islamique condamne fermement le bombardement de civils à l’aéroport de Kaboul, qui a eu lieu dans une zone où la sécurité est entre les mains des forces américaines.», assurant que «L’Émirat islamique porte une attention particulière à la sécurité et à la protection de son peuple, et les groupes pervers seront stoppés.»

L’ombre de du groupe armé État islamique en Afghanistan

Lors du sommet virtuel mardi avec les autres dirigeants du G7, le président américain Joe Biden avait évoqué déjà un «risque grave et croissant d’attaque» du groupe djihadiste État islamique (EI) à l’aéroport.

Sous le nom d’ISKP (État islamique Province du Khorasan), l’EI a revendiqué certaines des attaques les plus sanglantes commises ces dernières années en Afghanistan, faisant des centaines de morts.

Il a surtout ciblé les musulmans qu’il considère comme hérétiques, en particulier les chiites. L’attentat qu’il a revendiqué contre un mariage chiite à Kaboul en août 2019 avait ainsi coûté la vie à 91 personnes. Il a aussi été fortement soupçonné d’avoir été derrière une attaque en mai 2020 contre une maternité d’un quartier majoritairement chiite de la capitale qui a coûté la vie à 25 personnes, dont 16 mères et des nouveau-nés.

Même s’il s’agit de deux groupes sunnites radicaux, l’EI et les talibans sont en concurrence et sont animés par une haine tenace et réciproque. Signe de la forte inimitié qui les oppose, l’EI a qualifié les talibans d’apostats dans des communiqués. L’EI pourrait profiter maintenant de l’effondrement de l’État afghan

Jeudi, des analystes en sécurité relevaient que l’activité de l’ISKP s’était brutalement arrêtée depuis 12 jours, signe possible qu’il prépare une opération d’ampleur, via des tirs de mortier ou des attentats-suicides, véhiculés ou individuels.

 «Il y a beaucoup de cibles idéales en ce moment «à l’aéroport», avait tweeté le 25 août ExTrac, un groupe privé spécialisé dans le traitement de données sur les groupes djihadistes.

*Avec AFP

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