Encore beaucoup de travail à faire, mais plus de 800 réfugiés afghans sont arrivés en sol canadien

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L'Opération AEGIS se poursuit avec le soutien des FAC pour la relocalisation du personnel afghan qui ont travaillé avec le gouvernement du Canada et leurs familles qui sont maintenant à risque. (Opérations/Forces armées canadiennes)
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Un dixième avion rempli de réfugiés afghans s’est posé mardi soir en sol canadien avec selon un responsable du gouvernement avec 92 personnes à bord incluant des réfugiés, des membres de leurs familles et des citoyens canadiens, rapporte La Presse Canadienne.

En tout, trois avions transportant des diplomates, des militaires et des réfugiés afghans se sont posés en Ontario depuis lundi soir. Deux avions – l’un avec à son bord des diplomates et des militaires, et l’autre des réfugiés – ont atterri à Ottawa et à Toronto dans la nuit de lundi à mardi.

Le groupe à bord de l’avion qui s’est posé à Toronto mardi soir avait quitté l’Afghanistan il y a quelques jours et s’était posé dans un pays tiers, a expliqué Alexander Cohen, un porte-parole du ministre de l’Immigration Marco Mendicino.

À l’arrivée sur le tarmac de l’aéroport Pearson à Toronto, les réfugiés sortant d’un avion d’Air Transat ont été accueillis dans des tentes. Certains traînaient de petits sacs et d’autres portaient de jeunes enfants.

Après s’être enregistrés, les passagers sont montés à bord de deux autobus. Au moment où l’un des véhicules s’éloignait, des enfants envoyaient la main à travers les fenêtres.

L’Opération AEGIS se poursuit avec le soutien des FAC pour la relocalisation du personnel afghan qui ont travaillé avec le gouvernement du Canada et leurs familles qui sont maintenant à risque. (Opérations/Forces armées canadiennes)

Un peu plus tôt mardi, le premier ministre Trudeau avait indiqué que tous les diplomates canadiens avaient quitté l’Afghanistan. Quant à l’opération d’extraction de réfugiés, jusqu’ici le gouvernement s’est pour des raisons de sécurité montré très discret au sujet de afin de les protéger et d’assurer le succès de la mission.

Le ministère de la Défense nationale a confirmé pour sa part que l’avion arrivé à Toronto transportait bien des Afghans admis dans le cadre d’un programme spécial d’immigration pour les anciens interprètes et autres employés.

 Nous exigeons qu’ils (les talibans) assurent le libre passage des gens qui veulent quitter pour l’aéroport et nous allons travailler avec nos partenaires à l’international pour continuer à mettre de la pression pour protéger le peuple afghan», a indiqué mardi le premier ministre Trudeau.

Selon les informations transmises par Justin Trudeau lundi, plus de 800 anciens interprètes, conseillers culturels, chauffeurs, préposés à l’entretien et autres employés, ainsi que leur famille, étaient arrivés grâce au programme d’immigration spécial mis sur pied en juillet. Mais Andrew Rusk, qui a lancé une campagne nationale pour faire venir les collaborateurs afghans au Canada, estime qu’au moins 2000 d’entre eux attendent encore d’être évacués.

Alors que les troupes américaines ont réussi rétabli l’ordre à l’aéroport international Hamid Karzai qui avait dû cesser ses opérations en raison du chaos, les États-Unis aident également à évacuer les citoyens d’autres pays qui ont travaillé avec les Américains pendant la guerre de 20 ans et certains Afghans et leurs familles qui ont soutenu l’effort de guerre, et de hauts responsables de la défense américaine ont déclaré mardi qu’ils estimaient que les opérations en cours à l’aéroport international de Kaboul pourraient permettre d’évacuer de 5 000 à 9 000 personnes par jour.

«[L’aéroport] reste sécurisé », a déclaré aux journalistes le général de division Hank Taylor, directeur adjoint de l’état-major interarmées pour les opérations régionales, au Pentagone. « Il est actuellement ouvert aux opérations aériennes militaires ainsi qu’à des opérations aériennes commerciales limitées ».

Reconnaissance ou non du régime taliban ?

Alors que les États-Unis ont affirmé lundi qu’ils ne reconnaîtraient un gouvernement mené par les talibans en Afghanistan qu’à condition que ces derniers respectent les droits des femmes et rejettent les terroristes, le message venant d’Ottawa était moins clair.

Le premier ministre Trudeau déclaré aux journalistes mardi que le Canada « n’avait pas l’intention de reconnaître les talibans comme le gouvernement de l’Afghanistan » — alors que son ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, avait indiqué plus tôt qu’Ottawa attendait de voir comment ce régime allait se comporter.

«On ne les a pas reconnus, le Canada ne les a pas reconnus il y a 20 ans, quand ils étaient au pouvoir en Afghanistan, a dit le premier ministre. Ils ont pris le pouvoir par la force d’un gouvernement dûment élu et sont reconnus pour être un organisme terroriste.»

Les partis d’opposition à Ottawa sont pour leur part tous sur la même longueur d’onde et aucun ne reconnaîtrait le régime taliban.

Les conservateurs ont assuré qu’un gouvernement conservateur ne reconnaîtrait pas un gouvernement taliban. Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a estimé mardi que ce « groupe terroriste » n’est pas « un gouvernement légitime ».

Quant au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, il estime lui aussi que le gouvernement canadien ne devrait pas reconnaître ce gouvernement, «surtout pas à rabais, surtout pas maintenant, surtout pas avec des promesses pastiches d’amnistie».

Mais il est plus facile, bien sûr, de s’en tenir à de grands et beaux principes quand on est dans l’opposition que lorsqu’on doit gouverner et qu’un refus de travailler avec les talibans rendrait plus difficile le sauvetage des personnes en danger… À suivre.