Les talibans acceptent de laisser partir étrangers et Afghans «à risque» après le 31 août, mais une «menace terroriste» vient troubler le jeu

0
393
Des membres du 816e Escadron de transport aérien expéditionnaire américain aident les passagers à monter à bord d'un C-17 Globemaster III de l'U.S. Air Force à l'appui de l'évacuation de l'Afghanistan à l'aéroport international Hamid Karzai de Kaboul, Afghanistan, le 24 août 2021. (DoD)
Temps de lecture estimé : 4 minutes

Alors que les talibans ont accepté de laisser partir les étrangers et les Afghans «à risque» encore en Afghanistan après le 31 août, à la suite du départ des troupes américaines, une tuile s’abat sur l’opération évacuation, les États-Unis et plusieurs de leurs alliés enjoignant aux milliers de personnes tentant d’entrer dans l’enceinte de l’aéroport de Kaboul pour y être évacués de quitter la zone pour l’instant, le Royaume-Uni et l’Australie évoquant une «menace terroriste élevée».

Mise à jour 26/08/2021, 9h37

Les évacuations ont ralenti, mais ne se sont pas arrêtés. Les Américains ont évacué 13 400 nouvelles personnes jeudi, portant le total depuis que les talibans ont repris la ville à 95 700 personnes et ils ont l’intention de continuer à évacuer autant de personnes que possible jusqu’à la fin de la mission », a tweeté ce matin le porte-parole du Pentagone John Kirby. Mais plusieurs pays européens, dont la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark, ont annoncé jeudi qu’ils suspendaient leurs évacuations de l’aéroport de Kaboul en raison de la menace. L’opération française actuelle en Afghanistan s’achèvera totalement vendredi soir, échéance après laquelle « on ne peut plus procéder aux évacuations à partir de l’aéroport de Kaboul », a pour sa part annoncé jeudi le premier ministre français Jean Castex. Le Canada, lui, avait déjà annoncé hier devoir cesser ses opérations en raison de la nécessité de quitter avant le retrait des troupes américaines.

—————————————

Une alerte en date du 25 de l’ambassade américaine à Kaboul enjoint les personnes «se trouvant actuellement aux entrées Abbey, Est et Nord devraient partir immédiatement», a indiqué le département d’État américain, parlant de « menaces sécuritaires » sans autre précision.

—————————————————————————————

Event: Because of security threats outside the gates of Kabul airport, we are advising U.S. citizens to avoid traveling to the airport and to avoid airport gates at this time unless you receive individual instructions from a U.S. government representative to do so.

U.S. citizens who are at the Abbey Gate, East Gate, or North Gate now should leave immediately.

—————————————————————————————-

«Ne vous rendez pas à l’aéroport international Hamid Karzai de Kaboul », a écrit également le ministère britannique des Affaires étrangères sur son site internet.

«Il y a une menace élevée et permanente d’attaque terroriste», a-t-il souligné, alors que des milliers d’Afghans sont toujours massés aux portes du site de l’aéroport dans l’espoir de fuir le pays tombé aux mains des talibans.

«Si vous vous trouvez dans la zone de l’aéroport, quittez-la pour un endroit sûr et attendez d’autres instructions», a ajouté la diplomatie britannique. «Si vous êtes à même de quitter l’Afghanistan en sécurité par d’autres moyens, faites-le immédiatement».

Et le ministère australien des Affaires étrangères a fait état lui aussi d’une «menace très élevée d’attentat terroriste». Tout comme Londres, l’Australie a conseillé de ne pas se rendre à l’aéroport et, s’adressant aux personnes déjà sur place, elle leur a recommandé de «se rendre dans un lieu sûr et d’attendre des informations supplémentaires».

Un haut responsable américain, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat parce que non autorisé à discuter de cette question publiquement, a confirmé que les États-Unis traquaient une menace «spécifique» et « crédible » à l’aéroport venant de la filiale de l’État islamique en Afghanistan.

L’ombre de l’EI

Lors du sommet virtuel mardi avec les autres dirigeants du G7, le président américain Joe Biden avait évoqué déjà un «risque grave et croissant d’attaque» du groupe djihadiste État islamique (EI) à l’aéroport.

Sous le nom d’ISKP (État islamique Province du Khorasan), l’EI a revendiqué certaines des attaques les plus meurtrières commises ces dernières années en Afghanistan.

Il a massacré des civils dans des mosquées, des hôpitaux ou des lieux publics, ciblant surtout les musulmans qu’il considère comme hérétiques, en particulier les chiites.

L’ISKP a revendiqué certaines des attaques les plus meurtrières commises ces dernières années en Afghanistan et au Pakistan.  Il a massacré des civils dans des mosquées, des hôpitaux et dans d’autres lieux publics.

En août 2019, il a revendiqué un attentat contre des chiites à un mariage à Kaboul, dans lequel 91 personnes ont été tuées.

Il a aussi été fortement soupçonné d’avoir été derrière une attaque en mai 2020 contre une maternité d’un quartier majoritairement chiite de la capitale qui a coûté la vie à 25 personnes, dont 16 mères et des nouveau-nés.

Même s’il s’agit de deux groupes sunnites radicaux, ils ont des divergences en termes de théologie ainsi que de stratégie et sont en concurrence pour incarner le djihad.

Signe de la forte inimitié qui les oppose, l’EI a qualifié les talibans d’apostats dans des communiqués. L’EI pourrait profiter maintenant de l’effondrement de l’État afghan

Les talibans s’engagent à laisser partir étrangers et Afghans «à risque» après le 31 août

Tout cela intervient au moment où arrive une bonne nouvelle, les talibans s’étant engagés à laisser partir les étrangers et les Afghans «à risque» encore en Afghanistan après le 31 août, à la suite du départ des troupes américaines, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

«Les talibans ont pris des engagements en public et en privé pour fournir et permettre un passage sûr aux Américains, aux autres étrangers, et aux Afghans à risque, dans le futur, après le 31 août», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Washington.

«Les États-Unis, nos alliés et partenaires, et plus de la moitié des pays du monde – 114 en tout – ont publié une déclaration indiquant clairement aux talibans qu’ils ont la responsabilité de respecter cet engagement et de fournir un passage sûr à quiconque souhaite quitter le pays – pas seulement pour la durée de notre mission d’évacuation et de relocalisation, mais pour chaque jour par la suite.», a déclaré le secrétaire d’État américain.

Tout récemment, les talibans déploraient amèrement l’exode de ceux dont ils disent avoir besoin pour reconstruire le pays et déclaraient il y a peu par la bouche de certains de leur porte-paroles que plus aucun Afghan ne devrait s’envoler de HKIA, qu’ils allaient laisser passer les étrangers. mais plus les Afghans.

Mais Suhail Shaheen, membre du bureau politique twittait aujourd’hui avoir assuré à l’ambassadeur allemand avec qui il discutait hier à Doha de la poursuite de l’aide humanitaire que les personnes munies de documents légaux pourront voyager sur des vols commerciaux après le 31 août.

Et aujourd’hui, en entrevue avec le NYT depuis Kaboul, le porte-parole numéro 1 des talibans, Zebihullah Moujahid a déclaré que les Afghans qui auront les documents nécessaires (visas et tout), pourront continuer à passer. 

De son côté, le secrétaire d’État américain a déclaré avoir les moyens pour s’assurer que les talibans, qui devront bientôt former un gouvernement et reconstruire leur pays, tiennent parole, ajoutant «Je peux vous le redire – de mon point de vue, du point de vue du président – cet effort [le rapatriement des Américains, des étrangers et des Afghans à risque, NDLR] ne se termine pas le 31 août. Il se poursuivra aussi longtemps qu’il le faudra pour aider à faire sortir d’Afghanistan les personnes qui souhaitent partir».

*Avec AFP

Secretary Antony J. Blinken On Afghanistan REMARKS TO THE PRESS ANTONY J. BLINKEN, SECRETARY OF STATE PRESS BRIEFING ROOM WASHINGTON, D.C. AUGUST 25, 2021 >>