Un célèbre chef de guerre afghan réputé pour sa cruauté rentre au pays pour combattre les talibans

0
839
Le célèbre chef de guerre réputé pour sa cruauté et ancien premier vice-président d’Afghanistan, le maréchal Abdul Rashid Dostum. (Ariana)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Alors que, face à la déconfiture des forces gouvernementales, certains semblent croire que le seul espoir de résister aux talibans réside dans l’intervention des puissants chefs de guerre afghans et de leur milices, l’un des plus célèbres d’entre eux, Abdul Rachid Dostom, réputé pour sa cruauté, est rentré en Afghanistan, a annoncé jeudi son entourage au moment où les talibans accentuent la pression sur son fief de Sheberghan (nord) et plusieurs autres grandes villes.

Mise à jour 07/08/2021, 9h24

Le président afghan Ashraf Ghani a rencontré samedi l’ancien vice-président, le maréchal Abdul Rashid Dostum, pour discuter de la situation actuelle en Afghanistan, en particulier de la situation dans les provinces du nord, a indiqué le Palais présidentiel dans une série de tweets. Ehsan Niro, porte-parole du parti Junbish-i-Islami dirigé par Dostum, a déclaré que les deux parties avaient discuté de la situation sécuritaire, en particulier de la sécurité des provinces du nord ainsi que de Kaboul et de la sécurité de l’aéroport international Hamid Karzai de Kaboul. Pendant ce temps, de violents affrontements se poursuivent dans la ville natale de Dostum, Sheberghan, la capitale de la province de Jawzjan.

————————————

Le maréchal Dostom, qui était depuis plusieurs mois en Turquie, sans doute pour y être soigné, est arrivé mercredi soir à Kaboul, où il a rencontré de hauts responsables pour évoquer la situation à Sheberghan, capitale de la province de Jawzjan, a indiqué aux médias l’un de ses porte-parole, Ehsan Nero.

Selon cette source, Dostom attendait à présent «de rencontrer le président Ashraf Ghani», dont il avait été le vice-président entre 2014 et 2020, avant de soutenir Abdullah Abdullah, le rival du chef de l’État, lors de la dernière élection présidentielle.

Réputé pour sa barbarie, mais admirés par plusieurs

Abdul Rachid Dostom, 67 ans, puissant dirigeant d’ethnie ouzbek, est réputé pour sa loyauté changeante et sa barbarie. Il conserve toutefois un fort capital politique malgré les crimes de guerre dont il est accusé, notamment la mort par asphyxie de 2000 talibans enfermés dans des conteneurs en 2001, accusations qu’il a toujours niées.

Il n’en est pas moins considéré dans certains cercles comme l’un des chefs de guerre les plus puissants et les plus connus du pays et l’un des rares capable, peut-être, de renverser la vapeur.

Si son bastion de Sheberghan devait tomber aux mains des talibans, ce serait un nouveau revers pour le gouvernement qui a récemment fait appel aux anciens chefs de guerre et à diverses milices pour tenter d’endiguer l’avancée des insurgés.

Les talibans se sont emparés ces trois derniers mois de vastes territoires ruraux et de postes-frontière clés lors d’une offensive éclair lancée à la faveur du retrait des forces internationales, qui doit être complètement achevé d’ici le 31 août.

Après avoir rencontré une faible résistance dans les campagnes, ils dirigent depuis quelques jours leurs offensives sur les grands centres urbains, encerclant plusieurs capitales provinciales.

Ils ont largement pénétré dans la ville de Lashkar Gah (sud), capitale de la province du Helmand,  où l’armée a lancé une contre-attaque mercredi soir et intensifié ses bombardements jeudi, après avoir demandé aux civils de fuir.

Ceux-ci, pris au piège des combats, ont déjà payé un lourd tribut au conflit à Lashkar Gah. Au moins 40 civils ont été tués et 118 blessés au cours des dernières 24 heures, avait annoncé mardi la Mission des Nations unies en Afghanistan (Unama).

Des combats opposent aussi depuis plusieurs jours les talibans aux forces gouvernementales aux abords de Kandahar (sud) et Hérat (ouest), les deuxième et troisième ville d’Afghanistan.

L’Union européenne a appelé jeudi à «un cessez-le-feu urgent, complet et permanent», condamnant l’intensification des violences par les talibans, lesquels ont promis de nouvelles attaques ciblées après avoir visé mardi à Kaboul le ministre de la Défense dans un attentat.

Selon Dostum, Herat, Takhar, Jawzjan, Kandahar et Helmand sont les provinces de choix sur lesquelles les talibans espèrent avoir le contrôle, rapporte aujourd’hui la chaîne de télévision privée afghane Ariana News.

«L’ennemi tente de prendre [le contrôle total] de l’une des cinq provinces, Jawzjan, Herat, Helmand, Takhar ou Kandahar», a déclaré Dostum qui dit avoir a des consultations avec des politiciens à Kaboul et annonce qu’il lancera bientôt une opération contre les talibans dans le nord de l’Afghanistan.

«La situation actuelle appelle à l’union et des mesures doivent être prises, […], il faut un plan [qui est accepté] avec d’autres politiciens», a également déclaré Abdul Rachid Dostom.

Il a également salué la mise en place et les actions autour des forces du soulèvement populaire qui soutiennent les forces de sécurité contre les talibans, et souligné que ces combattants civils font volontairement d’énormes sacrifices dans le nord de l’Afghanistan.

«Les forces du soulèvement ont résisté [aux attaques] ; J’ai dit à maintes reprises que ce n’est pas le moment de rechercher des privilèges. Nous devons nous faire confiance», a déclaré le chef de guerre et ancien vice-président du pays.

*Avec AFP