Vente de canons à Taïwan: la Chine menace les États-Unis de «représailles»

0
422
Des soldats militaires de Taiwan à côté d'un obusier lors de l'exercice de tirs réels Han Kuang 31 à Hsinchu, dans le nord de Taiwan, le 10 septembre 2015. (Archives/AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes

Pékin a dénoncé jeudi avec véhémence une «violation de sa souveraineté» et menacé de «représailles» après le feu vert des États-Unis à une vente de canons à Taïwan, destinés à aider l’île contre une potentielle invasion chinoise.

Taïwan compte 23 millions d’habitants et jouit d’un système politique démocratique. Le territoire insulaire est dirigé depuis 1945 par un régime (la «République de Chine») qui s’y était replié après la victoire des communistes en Chine continentale en 1949 à l’issue de la guerre civile chinoise.

La «République populaire de Chine», basée à Pékin et dirigée par le Parti communiste, considère l’île comme une partie de son territoire. Elle menace d’utiliser la force en cas de déclaration formelle d’indépendance à Taipei.

Principal allié des autorités taïwanaises, les États-Unis ont approuvé mercredi par la voix du département d’État la vente à Taïwan de canons, pour un montant de 750 millions de dollars US.

L’accord, qui devra encore être approuvé par le Congrès, porte sur 40 systèmes d’artillerie de canons automoteurs moyens M109A6 de 155 mm. Les kits de guidage de précision convertiraient des projectiles de 155 m avec navigation GPS pour une plus grande précision.

L’accord comprend non seulement les plates-formes d’armes et les kits de guidage de précision, mais également l’équipement logistique et de maintien en puissance pour rendre les systèmes d’obusiers viables, tels que 20 véhicules M992A2 de transport de munitions qui suivraient les obusiers au combat ainsi que des récepteurs GPS pour les plates-formes d’armes, les manuels techniques, des fusées d’artillerie et des lance-grenades fumigènes.

La vente des canons automoteurs moyens M109A6 renforcerait ainsi l’inventaire vieillissant de Taïwan d’armes automotrices M109 de modèle antérieur et améliorerait sa capacité à repousser une invasion terrestre chinoise.

La vente proposée devra maintenant passer par un processus d’examen du Congrès, puis par des négociations entre Taïwan et l’entrepreneur BAE Systems.

Il s’agirait de la première importante vente d’armes depuis l’arrivée en janvier à la présidence américaine de Joe Biden et elle s’inscrit dans la lignée des ventes d’armes de son prédécesseur à Taïwan, la politique de la présente administration à cet égard ne différant pas de celle de l’administration précédente.

Rien de surprenant, donc, à ce que Pékin ait réagi au quart de tour. Ce projet «viole la souveraineté de la Chine», a déclaré jeudi un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, soulignant que Pékin avait « protesté officiellement » auprès des États-Unis.

Il a appelé « à annuler immédiatement » cette transaction « afin de ne pas porter davantage atteinte aux relations sino-américaines ».  

«La Chine prendra de fermes mesures de représailles, appropriées et nécessaires, en fonction de l’évolution de la situation» et de la décision du Congrès américain, a mis en garde le porte-parole.

Washington a rompu en 1979 ses relations diplomatiques avec Taipei afin de reconnaître Pékin comme le seul représentant de la Chine. Il reste toutefois son principal fournisseur d’armes.

Pékin a intensifié la pression militaire, économique et diplomatique sur Taïwan depuis l’arrivée au pouvoir en 2016 de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, issue d’un parti militant traditionnellement pour l’indépendance.

«Une autodéfense solide comme le roc, ainsi que la paix et la stabilité régionales», se réjouit Taipei

L’armée chinoise multiplie les passages dans la zone d’identification de défense aérienne (Adiz) de l’île et s’exerce régulièrement à des opérations de débarquement.

Ces canons vont aider Taïwan à «avoir une défense solide comme un roc» et à maintenir «la paix et la stabilité dans la région», selon le ministère taïwanais des Affaires étrangères.

«Face à l’expansion militaire et aux provocations continues de la Chine, notre gouvernement va renforcer sa défense et sa sécurité nationale avec une détermination inébranlable à défendre la vie des gens et notre mode de vie libre et démocratique», a-t-il affirmé.

L’armée taïwanaise est bien moins puissante que celle de la Chine. Ces canons américains pourraient toutefois jouer un rôle essentiel pour contrecarrer une invasion.

Au cours de son mandat, l’ex-président américain Donald Trump avait multiplié les ventes d’armes à Taïwan, dans un contexte de fortes tensions entre Pékin et Washington.

L’an dernier, l’administration Trump avait approuvé la ventes de 66 avions d’un nouveau modèle, des F-16 Block 70 de Lockheed Martin et une vente potentielle de 2,4 milliards de dollars $ de missiles antinavires Boeing Harpoon pour la défense côtière.

Un autre accord à la fin de l’administration Trump comprenait 135 missiles d’attaque terrestre à portée étendue SLAM de Boeing évalués à 1 milliard de dollars $ avec toutes les options, 436 millions de dollars pour les systèmes de fusées d’artillerie mobiles Himars fabriqués par Lockheed et 367 millions de dollars en capteurs de surveillance et de reconnaissance de Raytheon Technologies à monter sur les avions.

Depuis 2010, les États-Unis ont annoncé plus de 23 milliards de dollars US de ventes d’armes à Taïwan.

*Avec AFP