Après la chute du Panjshir, une manifestation à Kaboul menée par un groupe de femme vite dispersée

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(Photo/Tolo News)
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Des centaines d’Afghans sont descendus dans les rues de Kaboul mardi et ont manifesté devant l’ambassade du Pakistan pour dénoncer la situation dans le Panjshir et l’ingérence du Pakistan, accusé de vouloir contrôler le pays à travers les talibans dont il est très proche. rapporte la chaîne afghane indépendante d’information Tolo News.

Mise à jour, 07/09/2021, 18h11

À Hérat (ouest), deux personnes ont été tuées et huit blessées par balle lors d’un rassemblement antitaliban, selon un médecin local. Ce sont les premiers morts recensés lors des marches contre le nouveau régime de ces derniers jours dans plusieurs grandes villes du pays.

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D’abord un groupe de femmes s’est rassemblé devant l’ambassade du Pakistan, puis un certain nombre d’hommes les ont rejoints. La manifestation a grandi, attirant des centaines d’habitants de Kaboul. « Pakistan, Pakistan, quittez l’Afghanistan », disait un slogan sur une pancarte.

Les manifestants scandaient également: «Liberté, liberté».

Nombre de femmes craignent de voir les talibans les exclure de la vie publique comme lors de leur précédent régime, entre 1996 et 2001.

Des femmes avaient également manifesté la veille à Mazar-i-Sharif (Nord) et la semaine dernière à Hérat (Ouest).

Plusieurs journalistes qui couvraient les manifestations ont indiqué avoir été arrêtés, molestés ou avoir eu leur matériel confisqué par ces combattants. Les forces talibanes ont voulu empêcher les journalistes de filmer la manifestation d’aujourd’hui et ont notamment arrêté le caméraman de Tolo News Wahid Ahmadi et ont confisqué son appareil photo, rapporte la chaîne d’information.

Les talibans ont tiré en l’air pour disperser ces nouvelles manifestations dénonçant notamment leur violente répression dans le Panjshir, après avoir averti la veille qu’ils ne toléreraient plus aucune contestation de leur pouvoir.

Après la proclamation de la victoire dans le Panjshir, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a lancé lundi un ferme avertissement. « Quiconque tentera de créer une rébellion sera durement réprimé. Nous ne le permettrons pas », a-t-il prévenu.

Les manifestants se sont dispersés lorsque les forces talibanes ont tiré en l’air.

Pendant ce temps, le FNR, le Front national de résistance, a affirmé retenir des «positions stratégiques» dans la vallée et «continuer» la lutte, et Ahmad Massoud, dont on ne sait s’il s’y trouve encore et dont le compte twitter personnel est disparu, a appelé chaque Afghan à «se soulever pour la dignité, la liberté et la prospérité» du pays.

Mais sans sa base au Panjshir, la promesse de Massoud de poursuivre efficacement la lutte contre les talibans sera difficile à tenir, analysait hier Bill Roggio du FDD’S Long War Journal qui suit le conflit en Afghanistan depuis ses tout débuts. Les forces de Massoud pourront peut-être lancer des attaques de guérilla depuis les montagnes, mais sa capacité à défier le régime taliban sera limitée.

Le défi des talibans

Les talibans, qui s’attaquent au gigantesque chantier de la consolidation de leur pouvoir et de la relance économique, annonceront un gouvernement de transition qui pourra ensuite évoluer, écrit pour sa part James Edgar pour l’Agence-France-Presse.

Revenus au pouvoir 20 ans après en avoir été chassés par une coalition menée par les États-Unis, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale. Ils se sont aussi engagés à respecter les droits des femmes, bafoués lors de leur premier passage au pouvoir. Mais ces promesses peinent à convaincre.

Ils ont fait un pas en avant en autorisant cette semaine les femmes à continuer à étudier à l’université, ce qu’ils leur interdisaient auparavant. Mais en stipulant que les étudiantes devraient porter une abaya noire, assortie d’un niqab couvrant le visage à l’exception des yeux, et étudier dans des classes non mixtes, ou séparées des hommes par un rideau.

Pendant ce temps, en visite au Qatar, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a indiqué mardi que les talibans s’étaient à nouveau engagés à laisser les Afghans «avec des documents de voyage partir librement» vers l’étranger.

«Nous les attendrons sur cette question», a déclaré le secrétaire d’État américain. «La communauté internationale tout entière attend que les talibans respectent cet engagement».

*Avec AFP

Voir aussi:

Les talibans annoncent s’être emparés du Panjshir, Massoud appelle les Afghans à un soulèvement national >>