Dossier afghan: Poutine veut que son alliance russo-chinoise s’impose

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Contraint de s'isoler après que plusieurs personnes de son entourage ont reçu un diagnostic de Covid-19, le président russe Vladimir Poutine, a participé à une réunion de l'OSTC au Tadjikistan par vidéo. (Service de presse du Kremlin)
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L’Organisation de coopération de Shanghai, menée par Moscou et Pékin, doit s’imposer comme un partenaire des talibans afin qu’ils tiennent leurs promesses de lutte contre le «terrorisme», a estimé vendredi le président russe Vladimir Poutine lors d’un sommet de l’organisation au Tadjikistan.

La veille, «Il est important de mobiliser le potentiel de l’organisation pour faciliter le début d’un dialogue interafghan inclusif et afin aussi de bloquer les menaces du terrorisme, du trafic de drogue et de l’extrémisme religieux provenant de ce pays », avait déclaré la veille Poutine au sommet de l’Organisation du traité de sécurité collective, l’OSTC.

Le président russe qui devait participer en présentiel au sommet de l’OSTC à Douchanbé, capitale du Tadjikistan, a dû se contenter d’y participer par vidéo, plusieurs dizaines de personnes de son entourage ayant reçu un diagnostic de COVID-19, le contraignant à s’isoler pendant plusieurs jours, mais a tenu à souligner l’importance qu’il accordait à ce sommet.

La situation dans la zone de responsabilité de l’OTSC et aux frontières extérieures de ses États membres reste instable et pose des défis et des risques nouveaux et vraiment aigus pour la sécurité de nos pays, a déclaré Poutine jeudi.

«Immédiatement après le retrait précipité (c’est un euphémisme) des forces américaines et de celles de leurs alliés d’Afghanistan, nous nous sommes réunis pour un sommet extraordinaire de l’OTSC et avons échangé nos opinions sur les dangers liés à la situation radicalement modifiée dans ce pays. À l’époque, tout le monde soutenait la conclusion que, dans les conditions actuelles, il était plus que jamais nécessaire d’assurer la coordination la plus étroite possible des États membres de l’OTSC et leur cohésion. Nous avons également convenu qu’il était essentiel d’être prêt à tout moment à utiliser pleinement le potentiel défensif et politique de l’OTSC afin d’assurer la sécurité et de maintenir la paix et la stabilité dans nos pays», a poursuivi le président russe.

«Les talibans contrôlent pratiquement tout le territoire de l’Afghanistan et il faut stimuler les nouvelles autorités afghanes pour qu’elles tiennent leurs promesses », a-t-il ajouté, citant leur engagement à «établir la paix, normaliser la vie publique et garantir la sécurité de tous».

La Russie considère le mouvement taliban comme terroriste, mais dialogue avec lui depuis des années. Moscou s’est montré conciliant depuis leur prise de pouvoir, du fait de leurs promesses de ne pas laisser d’organisations «terroristes» s’y établir, de ne pas s’attaquer à leurs voisins, notamment les pays d’Asie centrale alliés de la Russie, et de juguler le trafic d’héroïne et d’opium.

L’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) est une organisation à vocation politico-militaire fondée le 7 octobre 2002. Elle regroupe l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan.

L’Organisation de coopération de Shanghai, instituée en 2001 par la Chine, la Russie et quatre États d’Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan et qui s’est élargi à l’Inde et au Pakistan en 2017, se veut, elle, un pendant à l’influence américaine même si son action concrète est restée encore limitée.

«En ce qui concerne la coopération directement au sein de l’OCS, il nous semblerait utile de renforcer les capacités fonctionnelles de la structure antiterroriste régionale en incluant dans son personnel des experts en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive», a déclaré Poutine lors de son discours au sommet de l’organisation. 

Pour Moscou et Pékin, qui veulent maintenant s’imposer comme des pays clés en Asie centrale et du Sud-Est après le retrait des États-Unis d’Afghanistan et la reprise de contrôle des talibans, cela passe aussi par un élargissement de  l’Organisation de coopération de Shanghai.

L’élargissement de l’OCS

Aujourd’hui, au sommet de l’OCS, la Russie a aussi salué la décision d’accorder le statut de partenaire de dialogue au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à l’Égypte, au Qatar et à l’Arabie saoudite.

«Bien sûr, nous nous félicitons du fait que le statut de partenaire de dialogue ait été accordé à l’Égypte, au Qatar et à l’Arabie saoudite. La Russie est partisane de l’implication active de ces pays dans divers aspects des activités de l’OCS», a souligné le président russe..

«Concrètement, nous pensons qu’il convient de réfléchir à la manière de moderniser et de rendre plus efficace la participation des observateurs et des partenaires de dialogue aux travaux de l’OCS», a déclaré le chef de l’Etat russe.

«À notre avis, il serait utile à l’avenir, parallèlement aux sommets des dirigeants des États membres de l’OCS, d’organiser des événements de haut niveau et de haut niveau au format dit OCS+ avec l’invitation de tous nos partenaires.», a suggéré Poutine.

L’OCS comprend l’Inde, le Kazakhstan, la Chine, le Kirghizistan, le Pakistan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. L »Afghanistan, la Biélorussie, l’Iran et la Mongolie sont des États observateurs, tandis que l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Cambodge, le Népal, la Turquie et le Sri Lanka sont des partenaires de dialogue, et aujourd’hui l’OCS a annoncé qu’elle allait accueillir l’Iran en son sein.

L’OCS accueille l’Iran

Et ce vendredi, les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), menée par Moscou et Pékin, ont approuvé vendredi la future adhésion de l’Iran à cette alliance.

«Aujourd’hui, nous allons lancer les procédures pour faire entrer l’Iran en tant que membre de l’OCS », a déclaré pour sa part le président chinois Xi Jinping lors d’un discours en visioconférence depuis la Chine, selon des commentaires traduits en anglais.

«Acceptez ma gratitude. Que la paix et la bénédiction de Dieu soient avec vous », a déclaré le président iranien Ebrahim Raïssi, également sur place, remerciant les huit membres de l’OCS.

«Nous sommes heureux que le document d’adhésion permanente de la République islamique d’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai ait été approuvé à Douchanbé par les dirigeants des pays membres », a réagi dans un tweet le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian.

Il a précisé à la télévision iranienne que le processus d’adhésion serait finalisé dans un délai compris entre un an et un an et demi.

L’Iran a demandé à rejoindre l’OCS dès 2008 — avec le vif soutien de la Russie — mais sa candidature avait été ralentie par les sanctions imposées contre le pays par les Nations unies et Washington pour son programme nucléaire.  

*Avec AFP