État mental de Donald Trump: le chef d’état-major américain craignait le pire, notamment que Trump attaque la Chine

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Le chef d'état-major de la Défense américain, le général Mark Milley
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Le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, s’inquiétait tellement de l’état mental de Donald Trump dans les derniers jours de son mandat qu’il a pris secrètement des mesures pour éviter une guerre avec la Chine, selon un nouveau livre de 512 pages les journalistes du Washington Post Bob Woodward et Robert Costa à paraître le 21 septembre, a-t-on appris mardi.

Mise à jour 17/09/2021, 10h51

Le général Milley a déclaré vendredi que les appels qu’il avait passés à son homologue chinois au cours des derniers mois orageux de la présidence de Donald Trump étaient « parfaitement dans le cadre des devoirs et des responsabilités » de son travail. Dans ses premiers commentaires publics sur les conversations, le général Mark Milley, qui avait auparavant réagi par la voix de son porte-parole, a déclaré que de tels appels sont « de routine » et ont été faits « pour rassurer à la fois les alliés et les adversaires dans cette affaire afin d’assurer la stabilité stratégique », rapporte l’Associated Press.

« Je pense qu’il est préférable que je réserve mes commentaires sur le dossier jusqu’à ce que je le fasse devant les législateurs qui ont la responsabilité légale de superviser l’armée américaine », a aussi Milley. « Je vais alors entrer dans tous les niveaux de détails que le Congrès souhaite aborder dans quelques semaines. », a déclaré le chef d’état-major qui témoignera en compagnie du secrétaire à la Défense, Lloyd Austin le 28 septembre devant la commission des forces armées du Sénat, dans ce qui devait initialement être une audience sur le retrait militaire américain d’Afghanistan et l’évacuation chaotique des Américains, des Afghans et des ressortissants d’autres pays après la chute de Kaboul.

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La transition du président Donald J. Trump au président Joseph R. Biden Jr. est l’une des périodes les plus dangereuses de l’histoire américaine. Mais comme le révèlent pour la première fois Woodward et Costa, c’était bien plus qu’une simple crise politique nationale, écrit l’éditeur du livre, la réputée maison d’édition américaine Simon and Shuster, une des dix plus grosses maisons d’édition en langue anglaise.

Woodward et Costa écrivent que Milley, profondément ébranlé par l’assaut du Capitole le 6 janvier, «était sûr que Trump était entré dans une période de grave déclin mental à la suite des élections, devenant presque maniaque, criant après les responsables et construisant sa propre ‘réalité alternative’ nourrie d’interminables conspirations électorales. Le chef d’état-major craignait que Trump ne «devienne sauvage», erratique et incontrôlable.

La peur de Milley que Trump puisse faire quelque chose d’imprévisible et d’irrationnel a aussi été alimentée par la découverte que le président défait avait signé l’ordre de retirer toutes les troupes d’Afghanistan d’ici le 15 janvier 2021, avant qu’il ne quitte la Maison Blanche, de façon à être celui qui ramenait les troupes à la maison, même si cela était logistiquement quasi irréalisable et aurait entraîné une catastrophe d’une ampleur bien plus grande encore que celle provoquée par le retrait américain du 31 août.

Mais il y avait pire.

Les services de renseignement américains avaient conclu que la Chine considérait une attaque américaine comme imminente. Le chef d’état-major a donc appelé le général Li Zuocheng deux fois: le 30 octobre, un peu avant le scrutin présidentiel américain, et le 8 janvier, deux jours après l’assaut des partisans de Donald Trump contre le Capitole.

Le général Milley a pris l’initiative de téléphoner secrètement à son homologue chinois pour lui assurer que les États-Unis n’attaqueraient pas la Chine, affirment Woodward et Costa dans leur ouvrage, Péril.

«Général Li, je veux vous assurer que l’État américain est stable et que tout va bien se passer. Nous n’allons pas vous attaquer ni mener d’opérations militaires contre vous.», a dit le général Milley, lors d’une conversation rapportée dans le livre Péril.

Le général Milley a rappelé son homologue chinois deux mois plus tard, alors que le comportement de Donald Trump, furieux de sa défaite électorale, apparaissait de plus en plus erratique, révèle également le livre. «Tout va bien», lui a-t-il dit. «Mais la démocratie, c’est quelquefois brouillon.»

Par ailleurs, le général Milley a réuni l’état-major pour souligner que, si Donald Trump ordonnait une frappe nucléaire, il devait en être informé d’abord. En les regardant chacun dans les yeux, il a demandé à tous les officiers réunis de confirmer qu’ils avaient bien compris, ajoutent Woodward et Costa, selon lesquels il s’agissait d’un «serment».

Selon des extraits publiés par le Washington Post et CNN, le général Milley a fait promettre à ses adjoints de ne pas obéir immédiatement à un éventuel ordre extrême de Donald Trump, notamment sur l’usage de l’arme nucléaire, après la défaite électorale du président républicain le 3 novembre face à Joe Biden.

Il a aussi demandé à la directrice de la CIA, Gina Haspel, et au chef du renseignement militaire, le général Paul Nakasone, de surveiller tout comportement erratique de Donald Trump.

«Certains peuvent penser que Milley a outrepassé son autorité et s’est attribué des pouvoirs excessifs», écrivent les auteurs de Péril. Mais il était convaincu qu’il faisait ce qu’il fallait pour «qu’il n’y ait pas de rupture historique dans l’ordre international, de guerre accidentelle avec la Chine ou d’autres, et que l’arme nucléaire ne serait pas utilisée», ajoutent-ils.

Woodward et Costa écrivent qu’après le 6 janvier, Milley «n’avait aucune certitude absolue que l’armée pouvait contrôler ou faire confiance à Trump et pensait que c’était son travail en tant qu’officier militaire supérieur de penser l’impensable et de prendre toutes les précautions nécessaires».

Un appel qui visait à maintenir la «stabilité stratégique»

Et mercredi, le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a lui-même démenti par la voix de son porte-parole avoir outrepassé ses fonctions en téléphonant à son homologue chinois à la fin du mandat de Donald Trump, tandis que Joe Biden lui a renouvelé sa confiance.

«Ses appels aux Chinois et à d’autres en octobre et en janvier étaient conformes à (ses) devoirs et responsabilités consistant à transmettre des assurances pour maintenir la stabilité stratégique», a indiqué le porte-parole de l’état-major, le colonel Dave Butler, dans un communiqué.  

« Le chef d’état-major américain ( chairman of the Joint Chiefs of Staff ) communique régulièrement avec les chefs de la défense du monde entier, y compris avec la Chine et la Russie. Ces conversations restent vitales pour améliorer la compréhension mutuelle des intérêts de sécurité nationale des États-Unis, réduire les tensions, apporter de la clarté et éviter des conséquences ou des conflits imprévus», explique le communiqué.

Le colonel Butler a toutefois démenti que ces appels aient été menés en secret. ««Ses appels avec les Chinois et d’autres en octobre et janvier étaient conformes à ces devoirs et responsabilités afin de maintenir la stabilité stratégique. Tous les appels du chef d’état-major de la Défense à ses homologues, y compris ceux dont il est question ici, sont écoutés, coordonnés et communiqués au ministère de la Défense et au reste du gouvernement », poursuit le communiqué.

«Conformément à ses responsabilités en tant que conseiller militaire principal du président et du secrétaire à la Défense, le général Milley organise fréquemment des réunions avec des dirigeants en uniforme dans tous les services pour s’assurer que tous les dirigeants sont au courant des problèmes actuels. La réunion concernant les protocoles sur les armes nucléaires avait pour but de rappeler aux dirigeants en uniforme du Pentagone les procédures solides et établies de longue date à la lumière des reportages des médias sur le sujet. Le général Milley continue d’agir et de conseiller dans le cadre de son autorité dans la tradition légale du contrôle civil de l’armée et de son serment à la Constitution.», déclare le porte-parole de l’état-major.

«J’ai une grande confiance dans le général Milley », a déclaré de son côté le président Biden, alors que des élus républicains ont appelé à ce que le chef d’état-major soit démis de ses fonctions.

Pour écrire Péril, Woodward et Costa ont interrogé plus de 200 responsables américains qui étaient au centre de la tourmente, produisant plus de 6 000 pages de transcriptions et un portrait envoûtant et définitif d’une nation au bord du gouffre.

Les auteurs ont aussi eu accès à des éléments inédits provenant d’ordres secrets, de transcriptions d’appels confidentiels, de journaux intimes, d’e-mails, de notes de réunion et d’autres dossiers personnels et gouvernementaux, affirme l’éditeur.

*Avec AFP