La Corée du Nord dit avoir testé des «missiles de croisière longue portée»

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La Corée du Nord dit avoir testé des «missiles de croisière longue portée». (KCNA)
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La Corée du Nord a effectué avec succès des tirs d’essai d’un nouveau «missile de croisière longue portée» durant le week-end, ses premiers tirs de missile depuis mars, a annoncé l’agence officielle KCNA dimanche. 

Ses derniers tirs, en mars en mer du Japon, en violation de résolutions de l’ONU, avaient été interprétés comme un signe de défi à l’égard de l’administration du président américain Joe Biden, en place depuis janvier.

Les nouveaux tirs d’essai réalisés samedi et dimanche ont eu lieu en présence de hauts responsables nord-coréens, selon l’agence, qui affirme que les tests ont été réussis. Pak Jong-chon, membre du présidium du Politburo du Parti du travail était présent à ces tests avec d’autres hauts officiels, a indiqué la KCNA, mais le leader Kim Jong-un n’y a pas assisté.

Les missiles ont parcouru une trajectoire de 1500 kilomètres (932 miles), avant d’atteindre leur cible, non spécifiée par KCNA, qui célèbre cependant des «armes stratégiques de grande importance». «L’efficacité de ce système d’armement a confirmé son excellence», vante l’agence officielle nord-coréenne, célébrant une «arme de dissuasion» destinée à «contrer les manœuvres militaires des forces hostiles». 

Lors de tests séparés samedi et dimanche, les missiles ont volé plus de deux heures avant de toucher leurs cibles dans l’espace aérien nord-coréen et de tomber dans les eaux territoriales, selon l’agence de presse centrale coréenne.

La portée du missile, si elle est précise, serait suffisante pour atteindre Tokyo.

Cette annonce intervient quelques jours après que la Corée du Sud a annoncé un tir d’essai d’un missile mer-sol balistique stratégique (MSBS) de sa propre fabrication.

Le Nord ne peut utiliser de technologies balistiques en vertu de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), mais les missiles de croisière ne font pas l’objet des sanctions comme ils sont moins menaçants que les missiles balistiques. Certains experts notent aujourd’hui que, si la Corée du Nord semble avoir effectué les tirs pour montrer sa puissance militaire, elle l’a fait avec des missiles de croisière et non des missiles balistiques pour ne pas trop provoquer les Etats-Unis.

Mais, si les missiles balistiques sont propulsés par des fusées et que la plus grande partie de leur trajectoire s’effectue en dehors de l’atmosphère, ce qui les rend particulièrement menaçants, les missiles de croisière, qui sont propulsés par des moteurs à réaction et volent à basse altitude, ce qui les rend plus difficiles à détecter, ne sont pas moins menaçants. Un missile de croisière à longue portée (quelques centaines à quelques milliers de kilomètres), tiré vers une cible terrestre ou navale désignée à l’avance, représente lui aussi une menace sérieuse.

La Corée du Nord avait pourtant donné des signes de bonne volonté

Le Commandement indo-pacifique des États-Unis a déclaré de son côté qu’il était au courant des rapports sur ces tirs et «continuera de surveiller la situation». «Cette activité met en évidence [la Corée du Nord] continue de se concentrer sur le développement de son programme militaire et les menaces qui pèsent sur ses voisins et la communauté internationale », indique un communiqué du Commandement indo-pacifique américain.

Même s’il semble que le leader nord-coréen, Kim Jong-un, n’ait pas assisté cette fois au lancement de ces missiles, les tests de missiles interviennent alors que des responsables des États-Unis, du Japon et de la Corée du Sud devraient se réunir cette semaine à Tokyo pour discuter de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, ainsi que de la «résolution immédiate» de l’enlèvement de citoyens japonais par la Corée du Nord.

La Corée du Nord avait pourtant donné des signes de bonne volonté, avec la semaine dernière une parade de tracteurs et de camions de pompier plutôt que des habituels chars d’assaut et missiles, pour son troisième défilé en moins d’un an, à l’occasion de l’anniversaire de la fondation de la République démocratique populaire de Corée, nom officiel du Nord de la péninsule.

Pyongyang a utilisé dans le passé les défilés militaires à plusieurs reprises par le passé pour envoyer des messages à l’étranger et à sa propre population, généralement lors de certains anniversaires. Lors du défilé célébrant le 75e anniversaire du Parti des travailleurs au pouvoir en octobre, le pays avait dévoilé un nouveau missile balistique intercontinental qui, selon les analystes, pourrait être le «plus grand ICBM mobile au monde», même si on n’est pas vraiment sûr qu’il soit opérationnel. Aujourd’hui, jusqu’au lancement des missiles de croisières ce week-end, le ton semblait avoir changé, mais il demeure probable que Pyongyang continuera dans un avenir prévisible à souffler le chaud et le froid.

Plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies interdisent à la Corée du Nord la poursuite de ses programmes d’armements nucléaires et de missiles balistiques. Mais, bien que frappé par de multiples sanctions internationales, ce pays a rapidement développé ces dernières années ses capacités militaires sous la direction de Kim Jong-un.

La Corée du Nord a procédé à plusieurs essais nucléaires et testé avec succès des missiles balistiques capables d’atteindre les États-Unis.

Les pourparlers sur le nucléaire avec Washington sont suspendus depuis l’échec du sommet de Hanoï en février 2019 entre Kim Jong-un et Donald Trump. Le représentant de l’actuel président américain Joe Biden pour la Corée du Nord a pour sa part exprimé à plusieurs reprises sa volonté de rencontrer ses homologues nord-coréens «n’importe où, n’importe quand».

L’administration Biden a promis une «approche pratique, calibrée», avec des efforts diplomatiques pour inciter Pyongyang à abandonner son programme d’armement, ce à quoi la Corée du Nord ne s’est jamais montrée prête.

Fin août, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a fait état de «signes» indiquant que la Corée du Nord semblait avoir redémarré son réacteur produisant du plutonium dans le complexe nucléaire de Yongbyon. L’AIEA a estimé que les signes de fonctionnement du réacteur étaient «profondément troublants».

*Avec AFP