Le Pentagone reconnaît que la frappe de drones du 29 août à Kaboul était une erreur tragique

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Une frappe «défensive» des forces américaines à Kaboul contre l’EI dimanche 29 août 2021. (capture d’écran/twitter/@bsarwary)
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Le Pentagone reconnaît que la frappe de drones du 29 août en Afghanistan était une erreur tragique qui a tué 10 civils, conclusions qui confirme une enquête du quotidien phare américain New York Times réalisée à partir de vidéos de l’événement ainsi que d’entretiens avec plus d’une douzaine de collègues de travail et de membres de la famille du conducteur du véhicule visé lors de la frappe à Kaboul.

Le Pentagone a reconnu vendredi qu’une frappe de drones américains en Afghanistan le 29 août, jugée nécessaire par des responsables pour empêcher une attaque contre les troupes américaines, était en fait une erreur tragique qui a tué 10 civils, dont sept enfants, a déclaré un responsable militaire américain proche de l’enquête, rapporte cet-près-midi le New York Times et plusieurs autres médias américains.

Les explosifs que l’armée prétendait avoir été chargés dans le coffre d’une berline Toyota blanche frappée par le missile Hellfire du drone étaient très probablement des bouteilles d’eau, et une explosion secondaire dans la cour d’un quartier densément peuplé de Kaboul où cette attaque a eu lieu était probablement due au propane ou réservoir d’essence, a déclaré le responsable, rapporte le quotidien. En bref, la voiture ne représentait aucune menace, ont conclu les enquêteurs.

Le responsable a également reconnu que le conducteur de la voiture, Zemari Ahmadi, un employé de longue date d’un groupe humanitaire américain, n’avait rien à voir avec l’Etat islamique, comme l’avaient précédemment affirmé des responsables militaires. Le seul lien de d’Ahmadi avec le groupe terroriste semblait être une interaction fugace et anodine avec des personnes dans ce que l’armée croyait être un refuge de l’Etat islamique à Kaboul, un lien initial qui a conduit les analystes militaires à porter un jugement erroné sur ce qu’ils ont vu lorsqu’ils ont suivi le mouvements de la berline pendant huit heures .

«C’était une erreur», a déclaré le responsable lors d’un briefing avec trois journalistes avant que le Pentagone ne rende publics les résultats d’une enquête militaire.

Alors que tout aussi récemment que lundi, le Pentagone affirmait encore que la dernière frappe était nécessaire pour empêcher une attaque contre les troupes américaines, les responsables militaires ont déclaré aujourd’hui que l’enquête du Times et d’autres médias avaient fourni des preuves visuelles et d’autres preuves précieuses qui ont forcé l’armée américaine à réévaluer les jugements qui l’avaient amenée à croire, à tort, que la berline constituait une menace.

Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, et le général Mark A. Milley, chef d’état-major de la Défense américaine, avaient déclaré initialement que le missile avait été lancé parce que les forces américaines disposaient de renseignements indiquant une menace crédible et imminente sur l’aéroport international Hamid Karzai de Kaboul, où les troupes américaines et alliées tentaient frénétiquement d’évacuer les gens et où une attaque précédente avait tué 170 civils tués, fait au moins 200 blessés, ce qui s’ajoutait aux 13 militaires américains tués et 15 blessés.

Des responsables militaires ont déclaré qu’ils ne connaissaient pas l’identité du conducteur de la voiture lorsque le drone a tiré, mais ils l’avaient jugé suspect en raison de ses activités ce jour-là: il s’était rendu à un repaire de l’État islamique, ont-ils dit, et à un moment donné il a chargé dans le véhicule ce que les responsables militaires croyaient être des explosifs.

Mais après avoir examiné des vidéos et des photographies aériennes supplémentaires, les enquêteurs militaires ont conclu que leur jugement initial sur le conducteur était erroné, une erreur qui a influencé leur interprétation de chaque arrêt ultérieur que le conducteur de la voiture a effectué ce jour-là.

Mais selon le quotidien américain, qui avait, lui, réussi à identifier le conducteur, ces déplacements avaient pour but transport de collègues vers et depuis le travail. Et une analyse des flux vidéo a montré que ce que les militaires ont pu voir, c’est Ahmadi et un collègue chargeant , non pas des explosifs, mais des bidons d’eau dans sa malle pour les ramener à la maison à sa famille.

Zemari Ahmadi, 43 ans, travaillait comme ingénieur électricien pour Nutrition and Education International, un groupe d’aide basé en Californie.

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Afghanistan: le bilan de l’attentat à l’aéroport de Kaboul monte à 170 tués et plus de 200 blessés >>

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Statement by Secretary of Defense Lloyd J. Austin III on the Results of Central Command Investigation Into the 29 August Airstrike SEPT. 17, 2021 >>