Un autre vol d’évacuation a quitté Kaboul ce vendredi 10 septembre

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Un nouveau vol destiné à évacuer des étrangers et des Afghans voulant fuir le pays a quitté vendredi Kaboul, où les talibans consolident leur emprise à la veille du 20e anniversaire des attentats du 11-Septembre qui avaient précipité la fin de leur première expérience au pouvoir, rapporte l’Agence France-Presse.

Un vol passager international avait déjà quitté Kaboul jeudi, pour la première fois depuis la fin du retrait des forces américaines et de l’OTAN le 30 août, à l’issue de deux semaines très chaotiques à l’aéroport de la capitale afghane.

Le départ d’un deuxième vol d’évacuation vendredi vers le Qatar montre que l’aéroport, qui avait été saccagé fin août, est proche de pouvoir rouvrir aux vols commerciaux, grâce en particulier aux efforts des Qataris.

Le vol Qatar Airways à destination de Doha jeudi comprenait une centaine de personnes, dont 10 Américains et 11 résidents permanents aux États-Unis, 43 Canadiens et 13 Néerlandais.

L’annonce de la reprise des vols a attiré vendredi quelques Afghans aux abords de l’aéroport, écrit l’Agence France-Presse. Une femme, avec des enfants portant chacun un sac à dos, a plaidé avec des talibans pour qu’ils la laissent entrer dans l’enceinte. « Si je ne peux pas partir, tuez-moi », leur a-t-elle dit, selon un journaliste de l’agence sur place.

«Elle dit : “ Tuez-moi ”, mais je suis un taliban, je ne tue pas les gens, je ne suis pas là pour ça», a réagi un capitaine taliban. «Je ne comprends pas ces gens […] Pourquoi ne restent-ils pas ici et ne travaillent-ils pas ? […] C’est une situation de fous».

Des milliers d’Afghans, effrayés par le retour des talibans ou en quête d’une vie meilleure en Occident, s’étaient massés après la mi-août autour de l’aéroport dans l’espoir de monter à bord de l’un des vols du gigantesque pont aérien organisé par les États-Unis et d’autres pays, qui a permis d’évacuer plus de 123 000 personnes.

Les évacuations s’étaient déroulées dans une confusion extrême et avaient été marquées par un attentat sanglant, revendiqué par le groupe État islamique, qui avait fait plus d’une centaine de morts, dont 13 soldats américains.

«Flexibilité» talibane

Parmi les passagers du vol de jeudi, un Afghan-Américain a expliqué à l’agence de presse, sous couvert de l’anonymat, avoir essayé de partir avec sa famille fin août. En vain.

«Ce sont des émotions mitigées parce que je laisse ma mère et mes frères ici, et ils ne se sentent pas non plus en sécurité», a raconté ce père de famille. Mais pour lui, sa femme et leurs quatre enfants, «c’est très émouvant de partir , a-t-il admis.

Ned Price, porte-parole du Département d’État, a expliqué que les États-Unis aimeraient «voir plus de vols de cette nature», après avoir dû laisser derrière eux nombre d’Afghans ayant travaillé pour Washington ces deux dernières décennies.

La Maison-Blanche a reconnu jeudi que les talibans avaient «fait preuve de flexibilité» et s’étaient montrés «professionnels» jusqu’ici sur la question.

«Les talibans ont coopéré pour faciliter le départ des citoyens américains et des résidents permanents légaux sur des vols charters depuis HKIA. Ils ont fait preuve de souplesse et ont fait preuve d’esprit d’entreprise et de professionnalisme dans nos relations avec eux dans le cadre de cet effort. C’est un premier pas positif.», a déclaré hier la porte-parole du Conseil national de sécurité américain, Emily Horne.

Le Canada pour sa part a remercié remercie le Qatar d’avoir assuré le départ sécuritaire de Canadiens d’Afghanistan, le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, déclarant que «Le Canada travaille en étroite collaboration avec le Qatar pour assurer un passage sûr aux citoyens canadiens qui se trouvent encore en Afghanistan et qui cherchent à partir, et nous les remercions de leur soutien continu.» et ajoutant que le Canada travaille «sans relâche, notamment en étroite collaboration avec nos partenaires internationaux, pour ramener au pays les citoyens canadiens, les résidents permanents et leurs familles, ainsi que les Afghans vulnérables qui ont soutenu le travail du Canada en Afghanistan..»

Les talibans cherchent à consolider leur pouvoir, après la nomination mardi de leur gouvernement. Malgré leurs promesses d’ouverture, celui-ci est surtout composé de cadres ultraconservateurs, issus de la génération qui avait imposé un régime rigoriste et brutal entre 1996 et 2001, et ne comporte aucune femme.

Alors que la contestation à leur encontre commençait à s’étendre, ils ont interdit provisoirement cette semaine les rassemblements publics. Des manifestations ont en conséquence été annulées jeudi et le calme régnait à Kaboul vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire.

Le secrétaire général de l’ONU prône le maintien du « dialogue »

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a averti le nouveau gouvernement taliban cette semaine qu’il devrait «gagner» sa légitimité auprès de la communauté internationale, que les États-Unis ont mobilisée mercredi pour offrir une réponse coordonnée à la crise afghane

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a prôné jeudi dans un entretien le maintien du « dialogue » avec les islamistes, pour éviter une « dégringolade économique » avec « des millions de morts » de faim.

Aujourd’hui, 72 % de la population afghane vit au-dessous du seuil de pauvreté (avec moins d’un dollar par jour) et ce taux pourrait passer à 97 % d’ici au milieu de l’année prochaine, selon le Programme de développement des Nations unies (PNUD).

L’émissaire de l’ONU en Afghanistan, Deborah Lyons, a pour sa part affirmé jeudi devant le Conseil de sécurité qu’il y avait des «allégations crédibles » que les talibans ont assassiné d’ex-membres des forces de sécurité depuis leur retour au pouvoir le 15 août, malgré leur promesse d’amnistie.

Elle a néanmoins appelé la communauté internationale à maintenir les flux d’aide vers l’Afghanistan, pour éviter que l’économie du pays ne s’effondre.

*Avec AFP

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