Attaque à l’arc en Norvège: la piste de l’acte terroriste se précise

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L’attaque à l’arc qui a fait cinq morts en Norvège ressemble à ce stade à un «acte terroriste», ont estimé les services de sécurité norvégiens (PST) jeudi, contribuant ainsi à conforter la piste du terrorisme islamiste, rapporte aujourd’hui l’Agence France-Presse.

Mise à jour 15/10/2021, 08h01

Un tribunal norvégien a prononcé vendredi le placement en détention provisoire, en milieu médicalisé, de l’auteur d’une attaque meurtrière à l’arc en Norvège, sur fond de questions grandissantes sur sa santé mentale. Des doutes planent sur l’état psychiatrique, et donc la responsabilité pénale de Espen Andersen Bråthen quui sera, à titre préventif, détenu pendant quatre semaines, les deux premières en isolement total, a décidé la juge Ann Mikalsen. Sa détention provisoire se fera dans une institution médicalisée, avait par avance précisé la procureure Ann Iren Svane Mathiassen. 

Mise à jour 14/10/2021, 13h09

La police a révélé l’identité de l’auteur présumé de l’attaque qui a endeuillé la ville de Kongsberg (sud-est) mercredi soir: Espen Andersen Bråthen, un citoyen danois de 37 ans converti à l’islam avait été suspecté par le passé de radicalisation.

Une vidéo du suspect remontant à 2017 publiée par plusieurs médias et sur les réseaux sociaux partout le montre faisant une profession de foi d’un ton menaçant: «Je suis un messager. Je suis venu avec un avertissement: “est-ce vraiment ce que vous voulez ? ” […] Soyez témoin que je suis musulman.»

Selon la procureure chargée du dossier, il a également commencé jeudi à faire l’objet d’une évaluation psychiatrique. «Cela prendra peut-être quelques mois» avant qu’une conclusion arrive, a déclaré Ann Iren Svane Mathiassen. «C’est une personne qui a fait des allers-retours dans le système de santé pendant un certain temps », a aussi indiqué  e chef du PST, Hans Sverre Sjøvold, laissant ainsi planer des doutes sur son état mental.

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Un peu plus tôt, la police avait déjà indiqué que l’auteur présumé de l’attaque qui a endeuillé la ville de Kongsberg mercredi était un homme de 37 ans converti à l’islam et suspecté par le passé de radicalisation, sans pour autant conclure catégoriquement sur les motifs qui l’ont animé.

«Les évènements à Kongsberg ont les apparences d’un acte terroriste à ce stade, mais l’enquête […] tirera davantage au clair ce qui les a motivés », a ensuite précisé le PST dans un communiqué à la mi-journée.

De nationalité danoise et résident de cette petite ville sans histoire d’environ 25 000 habitants à quelque 80 kilomètres à l’ouest d’Oslo, le suspect a été arrêté mercredi soir, peu après l’attaque sanglante au mode opératoire inhabituel.

L’homme, qui a reconnu les faits lors de son interrogatoire durant la nuit, «est connu du PST», ont indiqué les services chargés de l’antiterrorisme, sans toutefois en dire plus.

«Il y a eu des craintes liées à une radicalisation précédemment», a de son côté expliqué un responsable de la police, Ole Bredrup Saeverud, lors d’une conférence de presse. Ces craintes remontaient à 2020 et avant, et avaient donné lieu à un suivi de la police, a-t-il dit.

Cinq personnes ont été tuées et deux autres blessées dans l’attaque qui a choqué le paisible royaume scandinave, déjà meurtri par deux attentats d’extrême droite au cours de la dernière décennie.

L’attaque s’est produite en plusieurs endroits sur une zone étendue de Kongsberg, notamment dans un supermarché. C’est là qu’un policier, qui n’était alors pas en service, a été blessé.

L’assaillant a vraisemblablement agi seul

L’assaillant a vraisemblablement agi seul, selon la police.

Le PST a laissé inchangé son niveau de menace d’attentat dans le pays, considérée comme « modérée ».  

Les victimes sont quatre femmes et un homme âgés entre 50 et 70 ans. Quant aux deux blessés, ils ne sont pas dans un état critique.

Le suspect doit être présenté à un juge vendredi en vue de son placement en détention provisoire.  Selon la procureure en charge du dossier, il doit également subir des examens psychiatriques.

Selon son avocat, Fredrik Neumann, l’homme « s’explique en détails et il parle et coopère bien avec la police ».

Alertés à 18 h 12 (12 h 12 heure de Montréal), les policiers ont arrêté le suspect plus d’une demi-heure plus tard, à 18 h 47. Ils ont essuyé des tirs de flèches au moment de l’interpellation et ont répliqué avec des coups de semonce.  

Sur les premières images du crime publiées mercredi soir, on voit des flèches noires, visiblement de compétition, gisant au sol ou, pour l’une d’entre elles, solidement fichée dans un mur.  

Selon la police, le suspect a aussi utilisé d’autres armes, dont la nature n’a pas été précisée.

Un sentiment de terreur chez les habitants

Des témoignages ont illustré le sentiment de terreur qui s’est emparé des habitants de Kongsberg.

«J’ai cru que c’était Kaboul», a confié Thomas Nilsen, qui était chez lui quand il a soudain entendu des cris.

Knut Olav Ouff allait griller une cigarette sur le pas de la porte quand il a été plongé au milieu de la tragédie.

«J’ai vu un des mes amis s’abriter derrière une voiture et soudain j’ai entendu comme un claquement. J’ai été archer et j’ai reconnu le bruit d’un arc et le cliquetis d’une flèche qui atteint la chaussée», a raconté le quinquagénaire à l’agence française.

«Après ça, j’ai vu un homme extirpant un enfant d’une voiture et courant vers ma maison», a-t-il dit.

L’attaque s’est produite au dernier jour du mandat de la première ministre conservatrice Erna Solberg, qui a cédé ce jeudi les rênes à un nouveau gouvernement de centre gauche dirigé par Jonas Gahr Støre, vainqueur des législatives du 13 septembre.

Le nouveau chef de gouvernement a déploré des «actes horribles».

«Nous sommes horrifiés par les évènements tragiques à Kongsberg», a aussi réagi le roi Harald V, tandis que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « choqué et attristé ».  

Plusieurs projets d’attentats islamistes ont été déjoués en Norvège dans le passé.

Mais le pays scandinave a été endeuillé par deux attaques d’extrême droite au cours des dix dernières années, notamment celle du 22 juillet 2011 commise par Anders Behring Breivik (77 morts).

*Avec AFP