Explosion au port de Beyrouth: le juge à nouveau contraint de suspendre l’enquête

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Un silo à grains complètement détruit dans le port de Beyrouth après la violente explosion qui a secoué la capitale libanaise, le 6 août 2020. (AFP)
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Soumis à des pressions croissantes de la classe politique libanaise, le juge chargé de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth a de nouveau été contraint mardi de suspendre ses investigations, après avoir émis un mandat d’arrêt à l’encontre d’un député et ex-ministre, rapporte l’Agence France-Presse.

Mise à jour 14/10/2021, 13h44

Des tirs d’origine inconnue ont visé jeudi à Beyrouth une manifestation organisée par le Hezbollah contre le juge chargé de l’enquête sur l’explosion au port, déclenchant des violences qui ont fait six morts dans un secteur transformé en zone de guerre. Les chars de l’armée se sont déployés dans le secteur, en bouclant les accès au secteur de Tayouné, où les échanges de tirs nourris aux mitrailleuses et roquettes RPG ont duré plusieurs heures.

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Soutenu essentiellement par les familles des victimes du drame qui a endeuillé en août 2020 la capitale libanaise, Tareq Bitar avait été la cible lundi soir d’une violente attaque verbale du chef du puissant Hezbollah pro-iranien, qui l’a accusé de politiser l’enquête et demandé son remplacement.

Le magistrat avait déjà dû suspendre son enquête fin septembre, après une plainte déposée contre lui par un député et ex-ministre soupçonné d’implication dans l’explosion qui a fait plus de 200 morts et 6500 blessés, et dévasté des quartiers entiers de Beyrouth.

Il avait repris la semaine dernière son travail après le rejet par une cour d’appel de la plainte du député et d’autres plaintes similaires visant à le dessaisir.

Mardi matin, Tareq Bitar a émis un mandat d’arrêt contre un des députés en question et ex-ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, membre du mouvement chiite Amal, allié du Hezbollah, qui ne s’est pas présenté à un interrogatoire et a délégué son avocat.

Mais il a été contraint quelques heures plus tard de suspendre son enquête à la suite de nouvelles plaintes déposées par Hassan Khalil et par un autre député et ex-ministre d’Amal, Ghazi Zaayter, devant la cour de cassation, a indiqué une source judiciaire à l’agence de presse.

«Cela a provoqué une suspension de l’enquête et l’arrêt de tous les interrogatoires prévus», en attendant la décision de la cour, a précisé cette source.

Le magistrat tentait de profiter d’une période pendant laquelle les députés ne disposent pas de l’immunité parlementaire, avant l’ouverture de la session d’automne de l’hémicycle le 19 octobre.

Les responsables politiques de tous bords refusent d’être interrogés par le juge, même si les autorités ont imputé le drame au stockage sans mesures de précaution d’énormes quantités de nitrate d’ammonium.  

Pointées du doigt pour négligence criminelle, les autorités ont rejeté toute enquête internationale et sont accusées par les familles des victimes et des ONG de torpiller l’enquête locale pour éviter des inculpations.

«Une décision politique»

«Il y a une décision politique de ne pas permettre au juge de travailler», a réagi Nizar Saghieh, directeur de l’ONG juridique Legal Agenda.  

«Les forces qui le contestent épuisent pour le moment tous les recours juridiques, mais il est clair que certaines parties sont prêtes à recourir à des moyens non légaux pour l’empêcher de travailler», a-t-il déclaré.

Selon Nizar Saghieh, le discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui avait accusé lundi soir le juge de politiser l’enquête et réclamé son remplacement par un magistrat «honnête et transparent», montrait que la classe politique avait «perdu patience».

Depuis quelques semaines, le juge Bitar est au cœur d’une campagne de dénigrement et l’objet d’intenses pressions et a été même menacé par un haut responsable du Hezbollah.

Certains craignent que le magistrat ne connaisse le même sort que son prédécesseur, Fadi Sawan, écarté en février après l’inculpation de hauts responsables.

Aya Majzoub, de Human Rights Watch, a estimé que «la ligne de conduite adoptée par les politiciens dans l’affaire tourne à la parodie» de justice.

«Les politiciens déposent toutes les plaintes auxquelles ils peuvent penser pour suspendre l’enquête […] dans une tentative ridicule d’échapper à la justice», a-t-elle déclaré à France-Presse.

Le juge Bitar avait déjà été contraint de suspendre une première fois son enquête le 27 septembre après une plainte du député et ancien ministre sunnite de l’Intérieur Nohad al-Machnouk, soupçonné de «négligence et manquements».  

MM. Zaayter et Machnouk étaient appelés à comparaître mercredi devant le juge.

Depuis qu’il a hérité de l’affaire, le juge Bitar a convoqué l’ex-premier ministre, Hassan Diab, et quatre ex-ministres en vue de leur inculpation.  

Le 16 septembre, il a délivré un mandat d’arrêt resté sans exécution contre l’ex-ministre des Transports, Youssef Fenianos, membre d’un parti chrétien proche du Hezbollah.

*Avec AFP

Voir aussi:

The Legal Agenda: Joint Letter to the Human Rights Council calling for an International Investigative Mission into the Beirut Blast >>