Forces armées canadiennes: bagarre au sommet de la pyramide, Eyre et Sajjan contre McDonald

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Échauffourée verbale au sommet du monde de la Défense alors que le ministre, Harjit Sajjan, et le chef par intérim de l’état-major, le général Wayne Eyre, ont fustigé la décision de l’amiral Art McDonald d’écrire une lettre aux officiers supérieurs des Forces canadiennes pour faire valoir les raisons pour lesquelles il devrait être réintégré dans ses fonctions de chef d’état-major de la Défense et grand patron de des Forces armées canadiennes, rapporte La Presse Canadienne.

Mise à jour 19/10/2021, 15h49

En réponse à l’affirmation de l’amiral McDonald que l’enquête l’avait disculpé, le SNEFC a publié lundi 18 octobre une déclaration remettant en question l’interprétation de l’amiral. «L’enquête du SNEFC sur une allégation d’inconduite sexuelle contre l’amiral McDonald n’a donné lieu à aucune accusation en raison de preuve insuffisante» pour en arriver à le reconnaître coupable hors de tout doute raisonnable, a noté le Service des enquêtes dans un communiqué lundi. «Cela ne veut pas dire que l’allégation n’était pas fondée.»

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La salve initiale a été lancée par l’amiral Art McDonald, qui a quitté son poste de chef d’état-major en février dernier en raison d’une enquête de la police militaire sur une allégation d’inconduite sexuelle.

En août, au terme d’une enquête ayant duré six mois, il a été décidé qu’aucune accusation ne serait portée contre celui qui était encore en principe le chef d’état-major de la Défense.

Dans une lettre, l’amiral McDonald dénonce maintenant le refus du gouvernement libéral de le réintégrer depuis que l’enquête n’a donné lieu à aucune accusation. «Je suis assez déçu que mon exonération n’ait pas mené à mon retour au travail», écrit M. McDonald dans sa lettre dont l’agence de presse obtenu copie.

L’amiral ajoute qu’il a été disculpé par cette enquête, mais qu’il n’a pas été informé de ce que le gouvernement envisage de faire avec lui, après l’avoir suspendu en août et avoir maintenu en poste le chef d’état-major par intérim, le -lieutenant-général Wayne Eyre, promu depuis général.

Selon l’amiral McDonald, en l’absence d’une procédure régulière pour tout le monde, il ne demeure que «des chasses aux sorcières qui ne sont pas propices au changement de culture».

La réponse du général Eyre a été cinglante: dans une lettre aux officiers supérieurs de l’état-major, le général Eyre qualifie la missive de l’amiral McDonald de «choquante». Il rappelle à ses collègues de l’état-major que dans une démocratie, l’armée doit répondre au gouvernement. Le général Eyre affirme son intention de continuer à servir en tant que plus haut commandant militaire du Canada jusqu’à ce que le gouvernement dise le contraire.

Le ministre Sajjan a à son tour critiqué la lettre de d’Art McDonald comme étant déconnectée à la fois de la façon dont l’armée est gouvernée et des besoins des survivants et des victimes d’inconduite sexuelle. «Le message électronique envoyé par Art McDonald aux officiers et généraux est inapproprié et inacceptable», a déclaré Harjit Sajjan par voie de communiqué. «Au Canada, les civils assurent la surveillance nécessaire des militaires et décident qui est le mieux placé pour diriger les forces armées. Le courriel de M. McDonald ne reflète pas cela, ni la nécessité de donner la priorité aux survivants et aux victimes d’inconduite sexuelle.»

Ces critiques croisées sans précédent surviennent alors que plusieurs autres officiers supérieurs de l’armée font toujours l’objet d’enquêtes relativement à des allégations d’inconduite sexuelle.

On apprenait cette semaine que le lieutenant-général Trevor Cadieu, qui devait prendre le commandement de l’armée de terre en septembre, fait l’objet d’une enquête de la police militaire pour des allégations d’inconduite sexuelle. Le lieutenant-général Cadieu clame son innocence, mais il dit, lui, comprendre la décision de l’état-major de retarder son installation jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.

La lettre de de l’amiral McDonald aux officiers supérieurs des Forces armées canadiennes semble faire partie d’une stratégie de relations publiques qui comprend des entrevues ciblées avec certains médias visant à faire pression sur le gouvernement libéral pour qu’il le réintègre ou qu’il négocie un autre type d’accord, écrit La Presse Canadienne.

«Au lieu de cela, maintenant deux mois depuis que les conclusions de l’enquête ont été divulguées, le processus en cours pour mettre fin à la situation m’est inconnu. Cela me laisse inquiet de savoir si ce processus inconnu respectera la procédure régulière supposée sous-tendre l’armée, la fonction publique et la culture canadienne en général», souligne l’amiral qui poursuit en déplorant n’avoir appris les résultats de l’enquête que par les médias et que personne au bureau du ministre de la Défense Harjit Sajjan-ni au sein de l’armée ou du ministère de la Défense nationale-ne l’a contacté.

«De même, mes propres efforts pour engager un dialogue privé en commençant par le premier ministre ont été repoussés, sauf pour la réponse tardive d’un membre du personnel», ajoute-t-il.

L’ancien commandant de la Marine royale canadienne, qui n’a servi que cinq semaines en tant que plus haut commandant militaire du Canada avant de se retirer en raison de l’enquête policière, soutient qu’une fois l’enquête terminée, les principes d’une procédure régulière exigent sa réintégration en tant que chef de la défense — ou à tout le moins une discussion sur son avenir.

Avant l’amiral McDonald, un autre officier supérieur, le major-général Dany Fortin, a contesté la façon dont il a été évincé de son poste.

Évincé de son poste de responsable de la campagne de vaccination auprès de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) parce qu’il était l’objet d’une enquête pour inconduite, Dany Fortin a contesté la décision du gouvernement fédéral.

Les avocats du major-général ont plaidé en Cour fédérale que pour des raisons purement politiques, ce sont le premier ministre Justin Trudeau et les membres de son gouvernement qui avaient secrètement décidé de faire évincer l’officier de son poste temporaire à l’Agence de la santé publique du Canada.

Cette manœuvre constituait, selon eux, une ingérence politique inappropriée dans les affaires internes de l’armée, en plus de violer les droits du major-général Dany Fortin à une procédure régulière, à la présomption d’innocence et à la vie privée. C’est pourquoi le major-général Fortin devrait être réintégré à la tête de la campagne de déploiement du vaccin, ou à un poste similaire, avaient-ils plaidé. La Cour a refusé le 12 octobre de se prononcer sur la requête du militaire.

Les avocats du gouvernement avaient dans le cas du major-général Fortin soutenu que c’est le chef d’état-major par intérim, le général Wayne Eyre, qui a pris cette décision, dans l’intérêt supérieur de la campagne de vaccination, à la lumière de l’enquête sur la conduite de Dany Fortin.

Bref, dans le cas de l’amiral McDonald comme dans le cas du major-général Fortin, d’un côté la ‘raison d’État’ et la confiance du public, de l’autre la carrière d’hommes qui ont consacré leur vie aux Forces canadiennes.

Voir aussi:

Inconduite: aucune accusation ne sera portée contre l’amiral McDonald >>