La Corée du Nord lance encore un missile balistique vers la mer du Japon

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La Corée du Nord, poursuivant une série de tests, a lancé vers la mer de l’Est (mer du Japon) un missile balistique qui aurait été tiré par un sous-marin, a annoncé mardi l’armée sud-coréenne, ce qui permettrait à ce pays doté de l’arme nucléaire d’avoir une capacité de seconde frappe, rapporte l’Agence France-Presse. 

Mise à jour 20/10/2021, 7h12

Le Conseil de sécurité tiendra mercredi une réunion d’urgence à huis clos sur la Corée du Nord qui a affirmé avoir procédé mardi à un tir de missile balistique à partir d’un sous-marin, augmentant fortement ses capacités militaires. La session, qui se tiendra dans l’après-midi, a été demandée par le Royaume-Uni et les États-Unis, a-t-on précisé de mêmes sources. La France s’est par la suite jointe à la demande de Londres et Washington pour la tenue d’une réunion en urgence.

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Ce test pourrait constituer une avancée technologique considérable au moment où les deux Corées, toujours techniquement en guerre, semblent lancées dans une course à l’armement et que le dialogue Washington-Pyongyang est à l’arrêt.

Le missile aurait parcouru quelque 590 km à une altitude maximale d’environ 60 km.

Le missile balistique à courte portée pourrait être un SLBM [missile balistique stratégique mer-sol, NDLR] tiré depuis Sinpo vers la mer à l’est de la péninsule, selon un communiqué des chefs d’état-major sud-coréens.  Pyongyang avait déjà effectué des tests de missiles balistiques mer-sol en 2015 et 2019.

Sinpo est une ville portuaire de l’Est du pays qui compte un important chantier naval. Des images satellites y ont auparavant montré la présence de sous-marins. «Les services de renseignement sud-coréens et américains procèdent à une analyse minutieuse afin d’obtenir des détails supplémentaires», selon le communiqué.  

La question-clef sera de savoir si le missile a été tiré d’un sous-marin en activité ou bien d’une plateforme sous-marine ou d’une barge. S’il s’agit d’un sous-marin, cela signifierait une nouvelle étape pour l’arsenal nord-coréen avec la possibilité d’un déploiement bien au-delà de la péninsule coréenne et une capacité de seconde frappe en cas d’attaque sur ses bases militaires.

Washington, Séoul et Tokyo ont condamné ce lancement, affirmant qu’il s’agit d’un missile balistique.

Ce dernier test de missile de la Corée du Nord marque son huitième lancement de projectile connu cette année. Elle avait tiré un nouveau missile hypersonique, appelé Hwasong-8, le 28 septembre.

La Corée du Nord est frappée d’une série de sanctions par l’ONU car elle poursuit le développement d’armes nucléaires et de missiles balistique en contravention avec ses résolutions.

Course aux armements

Pyongyang développe actuellement un missile balistique lancé depuis un sous-marin (SLBM) et a procédé à deux lancements sous mer en 2016 et 2019 mais le Pentagone et des analystes estiment qu’ils ont été effectués depuis une plate-forme immergée.

La Corée du Nord » veut une dissuasion nucléaire plus résistante capable de faire chanter ses voisins et les États-Unis «, estime Leif-Eric Easley, professeur d’études internationales à l’Université Ewha de Séoul.

 «Le SLBM nord-coréen est probablement loin d’être déployé de manière opérationnelle avec une tête nucléaire «, pense-t-il, mais » Kim (Jong Un, le dirigeant nord-coréen NDLR) ne peut se permettre politiquement de sembler distancé dans une course aux armements régionale».

Le missile a parcouru environ 590 kilomètres à une altitude maximale d’environ 60 kilomètres, a déclaré une source à l’AFP.

En septembre, Séoul a testé son premier SLBM, devenant l’un des rares pays doté de cette technologie avancée, et a dévoilé un missile de croisière hypersonique.

Pyongyang a de son côté effectué récemment plusieurs tests, notamment un missile à longue portée, une arme tirée depuis un train et un missile présenté comme hypersonique.  

La semaine dernière, une exposition consacrée à la défense a été l’occasion de présenter l’armement du pays, notamment un immense missile balistique intercontinental (ICBM), dévoilé l’an passé lors d’un défilé militaire.

Pyongyang affirme avoir besoin d’un tel arsenal pour se défendre contre une éventuelle invasion américaine.

Lors de cette exposition, Kim Jong-un a accusé les États-Unis d’être la » cause profonde « de l’instabilité dans la péninsule, estimant qu’il n’existe aucune raison » de croire qu’ils ne sont pas hostiles « .  

«Acte déstabilisateur» 

Le Conseil national de la sécurité sud-coréen, réuni en urgence mardi, a exprimé son «profond regret» et exhorté Pyongyang à reprendre le dialogue.  

Le Commandement pour l’Indo-Pacifique des Etats-Unis a condamné le lancement de missile, appelant le Nord à s’abstenir de «tout autre acte déstabilisant».

«Bien que nous ayons évalué que cet événement ne constitue pas une menace immédiate pour le personnel américain, le territoire ou celui de nos alliés, nous continuerons de surveiller la situation», a fait savoir le commandement dans un communiqué publié sur son site Internet.

«L’engagement des Etats-Unis dans la défense de la république de Corée et du Japon reste à toute épreuve», a-t-il ajouté, faisant référence au nom officiel de la Corée du Sud.

Le premier ministre japonais Fumio Kishida a lui aussi fait état de deux missiles balistiques tirés, qualifiant ce lancement de «très regrettable ».

Ce nouveau tir intervient alors que la directrice des services de renseignement américains, Avril Haines, est à Séoul pour participer à une réunion tripartite avec ses homologues sud-coréen et japonais sur la Corée du Nord, selon des médias.

Il a été lancé au lendemain de l’appel au dialogue avec Pyongyang lancé par Sung Kim, représentant spécial du président américain Joe Biden pour la Corée du Nord.

«Nous n’avons aucune intention hostile envers la Corée du Nord et nous espérons les rencontrer sans conditions», a affirmé lundi Sung Kim.

M. Kim avait rencontré à trois reprises le précédent président américain Donald Trump mais les pourparlers sont au point mort depuis le deuxième sommet en 2019, faute d’accord sur l’allègement des sanctions internationales et sur les gestes que Pyongyang était prêt à concéder en retour.

En 2017, Pyongyang avait testé des missiles susceptibles d’atteindre tout le territoire des États-Unis et procédé à son plus puissant essai nucléaire à ce jour.

*Avec AFP