Législatives anticipées: les Irakiens boycottent le scrutin

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«J'ai fièrement participé au vote anticipé pour l'élection du Conseil des représentants de l'Irak. J'espère que le processus démocratique se poursuivra et que des candidats qualifiés se rendront à Bagdad pour représenter la région du Kurdistan.», a écrit sur son compte twitter Sirwan Barzanicommandant militaire kurde irakien et membre de la famille Barzani qui domine la vie politique kurde irakienne. (Twitter/@SirwanBarzani_)
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Une abstention record est venue entacher les législatives anticipées en Irak, selon les chiffres officiels publiés lundi, au lendemain d’un scrutin boycotté par des électeurs qui fustigent une corruption endémique, des services publics défaillants et un système jugé incapable d’améliorer leurs conditions de vie, rapporte aujourd’hui Guillaume Decamme de l’Agence France-Presse.

Mise à jour 11/10/2021, 16h43

Le courant emmené par l’incontournable leader chiite irakien Moqtada al-Sadr se revendiquait lundi soir première force au sein du nouveau Parlement. Sous couvert de l’anonymat, un responsable du courant sadriste a assuré aux médias que le parti avait obtenu un «nombre approximatif de 73 sièges»,[sur 329] après un décompte du nombre de candidats victorieux.Un responsable de la commission électorale irakienne, qui a requis l’anonymat, a indiqué lui aussi que le courant sadriste était effectivement «en tête», selon des résultats préliminaires. Mais au-delà de la répartition des sièges dans un Parlement qui s’annonce fragmenté, l’absence d’une majorité claire va obliger encore les différentes factions à négocier des alliances, estiment les analystes.

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Le pays attend toujours les résultats des législatives, qui se sont déroulées sans incident majeur et sur la base d’une nouvelle loi électorale instaurant un scrutin uninominal censé encourager indépendants et candidats de proximité. écrit le directeur de l’agence de presse à Bagdad.  

La commission électorale s’est engagée à publier dès lundi le nom des vainqueurs pour chacune des 83 circonscriptions, son chef, Jalil Adnane, annonçant à la mi-journée que les résultats étaient disponibles pour dix des 18 provinces du pays, notamment Kerbala, Najaf (centre), ou encore Erbil, capitale du Kurdistan autonome (nord).

Mais il est impossible dans l’immédiat de connaître le nombre de sièges remportés par chaque formation au Parlement unicaméral (329 sièges), la commission ne dévoilant pas les affiliations des vainqueurs.

Ces législatives, les cinquièmes depuis 2003 et le renversement du dictateur Saddam Hussein dans le sillage de l’invasion américaine de l’Irak, ont été marquées par une abstention record.

En théorie, quelque 25 millions d’Irakiens étaient appelés aux urnes. La commission électorale a annoncé un taux de participation «préliminaire» de 41 % parmi les plus de 22 millions d’électeurs inscrits.

À Bagdad, le taux a évolué entre 31 % sur la rive orientale du Tigre, et 34 % sur la rive occidentale du fleuve. Dans des bureaux de vote visités par l’AFP, l’affluence est restée très limitée, les électeurs, souvent âgés, n’arrivant qu’au compte-gouttes.

«Frictions politiques»

En 2018, la participation s’est établie à 44,52 %. À l’époque, des opposants, mais aussi des experts avaient estimé ces chiffres officiels gonflés.

Les élections de dimanche étaient initialement prévues en 2022. Promises par le premier ministre Moustafa al-Kazimi, elles ont été avancées pour calmer la contestation née en octobre 2019, pour dénoncer la corruption tentaculaire, une économie en panne, et des services publics défaillants dans un pays pourtant riche en pétrole.

Réprimé dans le sang – au moins 600 morts et 30 000 blessés –, le mouvement s’est essoufflé. Des dizaines de militants ont été victimes d’enlèvements et d’assassinats. Les protestataires pointent les factions armées fidèles à l’Iran, au rôle incontournable en Irak et regroupées au sein du Hachd al-Chaabi.

Selon des experts, les blocs traditionnels devraient préserver leur représentation dans un Parlement fragmenté. L’absence d’une majorité claire oblige à négocier des alliances.

Le politologue Ihsan al-Shamari pronostique des « frictions politiques » et « des luttes pour le poste de premier ministre et la répartition des ministères », mais in fine, « tous les indicateurs confirment un retour à un consensus politique ».

Lundi, Kerar Haider, cantonnier de 26 ans, s’affairait à retirer les affiches électorales ornant le quartier de Kerrada, à Bagdad. Il n’a pas voté «car ça ne sert à rien».

«Les mêmes visages reviennent et ne changent pas».

Manque de légitimité

«Les gens ne sont pas convaincus que les élections entraîneront un changement et une amélioration des performances du gouvernement ou des services publics», explique le politologue Sajad Jiyad.

Après un scrutin marqué par un faible taux de participation, «ce n’est pas seulement la légitimité du prochain premier ministre qui sera remise en cause. Mais aussi la légitimité du gouvernement, de l’État et du système entier».

À la tête d’un courant considéré comme favori, l’influent clerc chiite Moqtada al-Sadr s’est félicité du «succès» du processus électoral.

En cas de victoire, le courant sadriste devra encore composer avec les grands rivaux du Hachd al-Chaabi, entrés au Parlement en 2018 en surfant sur la victoire contre le groupe djihadiste État islamique (EI).

Un des partis historiques des Kurdes, l’Union patriotique du Kurdistan, a dénoncé des fraudes qui ont pénalisé quatre de ses candidats.

Si la scène politique reste polarisée sur les mêmes dossiers sensibles – que ce soit la présence des troupes américaines ou l’influence du grand voisin iranien – les partis entameront de longues tractations pour s’accorder sur un nouveau premier ministre. Ce poste revient traditionnellement à un musulman chiite.

Moustafa al-Kazimi n’est, lui, officiellement pas candidat à sa succession mais il continue de mettre en avant sa politique : il a annoncé lundi l’arrestation de Sami Jasim al-Jaburi, un haut responsable de l’EI recherché par les États-Unis.

*Avec AFP