Odeur de guerre civile au Liban Le Hezbollah prévient les chrétiens qu’il a 100 000 combattants

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Hassan Nasrallah (Al Manar)
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Le chef du Hezbollah au Liban, Hassan Nasrallah, a affirmé lundi que son mouvement disposait de «100 000 combattants armés et entraînés», prévenant le parti chrétien des Forces libanaises de ne pas l’entraîner dans « une guerre civile », quelques jours après des affrontements meurtriers. rapporte la chaîne de télévision libanaise Al Manar, dont l’actionnaire majoritaire est le Hezbollah.

Dans ses premières déclarations depuis les violences qui ont secoué Beyrouth jeudi, le secrétaire général du parti chiite a accusé le parti chrétien d’avoir ouvert le feu lors d’une manifestation sur ses partisans et ceux de son allié, le mouvement chiite Amal, faisant sept morts. Lors d’un discours retransmis ce lundi soir 18 octobre par Al Manar, Nasrallah a qualifié de boucher et de criminel le chef des Forces Libanaises, Samir Geagea.

Dans son discours télévisé, Le chef du Hezbollah a accusé les Forces libanaises (FL), son principal adversaire dans le pays, de s’armer et de tenter de provoquer « une guerre civile ».

«Je révèle pour la première fois ce chiffre: nous disposons de 100 000 combattants, entraînés et armés», a-t-il déclaré, précisant que ce chiffre concernait uniquement «les Libanais».

Le puissant Hezbollah, pro-iranien, combat également à l’étranger aux côtés du régime syrien de Bachar al-Assad et est accusé d’être présent militairement en Irak et au Yémen.

Hassan Nasrallah a affirmé révéler la puissance militaire de son parti «pour empêcher une guerre et non pas pour menacer d’une guerre civile».

Des tirs ont éclaté dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, pour saluer cette annonce, selon des correspondants sur place de l’Agence France-Presse.

Le Hezbollah et Amal avaient organisé jeudi une manifestation devant le palais de justice de Beyrouth pour exiger le remplacement du juge Tareq Bitar chargé de l’enquête sur la gigantesque explosion au port de la capitale le 4 août 2020 (plus de 200 morts).

Les deux formations chiites accusent les Forces Libanaises d’avoir déployé lors de ce rassemblement des francs-tireurs sur les toits des immeubles de quartiers chrétiens environnants et d’avoir ouvert le feu.

Le chef des FL, Samir Geagea, a démenti et affirmé vendredi que les habitants du quartier chrétien de Aïn el-Remmaneh s’étaient «défendus» face aux «miliciens du Hezbollah qui ont tenté d’entrer dans leurs maisons».

Les circonstances exactes des violences restent confuses.

«Une mine qui peut exploser à tout moment»

Les heurts de jeudi ont alimenté les craintes de voir le pays entraîné dans un nouveau cycle de violences. «Cette mine que nous avons réussi à désamorcer jeudi peut à nouveau exploser à tout moment et dans n’importe quelle région », a prévenu Hassan Nasrallah dans son discours.

Les violences ont également accru la tension politique dans le pays, où le Hezbollah et ses alliés exigent le départ du juge Tareq Bitar. Ces violences ont provoqué la crise la plus grave pour le gouvernement de Najib Mikati depuis sa formation le mois dernier.

Hassan Nasrallah n’a cependant pas demandé le remplacement du juge Bitar, comme il l’avait fait dans son dernier discours le 11 octobre. Il a simplement répété que l’enquête sur l’explosion au port était «sélective» et qu’elle «cible politiquement nos alliés et nos amis». Le Hezbollah avait déjà accusé le juge de politiser l’enquête et de cibler des personnalités de camps déterminés.

Le Hezbollah est la seule formation au Liban à avoir pu conserver légalement ses armes après la fin de la guerre civile (1975-1990) au nom de la «résistance» contre Israël. Une guerre l’a opposé en 2006 à l’État hébreu.

Les FL ont pour leur part déposé les armes à la fin de la guerre civile et se sont transformées en parti, alors que leur chef est le seul des seigneurs de la guerre à avoir été emprisonné pendant 11 ans du temps de la domination syrienne sur le Liban. 

*Avec AFP