Poutine inquiet de l’essor de l’État islamique et d’autres groupes terroristes en Afghanistan

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Le président russe Vladimir Poutine s’est inquiété vendredi des ambitions et des forces du groupe djihadiste État islamique en Afghanistan, à quelques jours de réunions diplomatiques à Moscou sur l’état du pays, notamment avec les talibans.

La Russie accueillera le 20 octobre à Moscou une délégation des nouveaux maîtres de Kaboul. La veille, elle tentera d’arriver à une position commune sur le dossier afghan avec la Chine, le Pakistan et les États-Unis.

Le président russe s’exprimait à l’occasion d’une réunion virtuelle des chefs d’États des pays membres de la Communauté des États indépendants (CEI), une organisation intergouvernementale composée en 2020 de neuf des quinze anciennes républiques soviétiques, soit la Biélorussie, la Russie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Moldavie, et, en Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, auquel s’ajoute un autre voisin de l’Afghanistan, le Turkménistan, qui a le statut d’État associé. La réunion des chefs d’État avait été précédée la veille d’une réunion des chefs des agences de sécurité et des services de renseignement des mêmes États.

Reprenant en partie ses propos de la veille, le président russe a déclaré que «La situation en Afghanistan est une source de préoccupation et ce sujet ne manquera pas d’être évoqué à nouveau. […] Cette situation comporte des risques pour l’Asie centrale et l’ensemble de l’espace CEI bien que certains pays ne fassent pas partie de cette région. Néanmoins, cette situation exige que nous intensifions nos efforts conjoints, principalement dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue.».

Poutine a relevé qu’une multitude de groupes « extrémistes et terroristes » étaient actifs dans le Nord afghan: «Il y a une concentration évidente de groupes extrémistes et terroristes près des frontières de la CEI : l’EI, le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, Jamaat Ansarullah, al-Qaïda et bien d’autres. Selon notre estimation, le groupe État islamique dans le nord de l’Afghanistan compte à lui seul 2 000 personnes. Leurs dirigeants prévoient d’étendre leur influence aux États d’Asie centrale et aux régions russes et font le pari d’alimenter les conflits interethniques et la haine religieuse. Les terroristes s’efforcent de pénétrer le territoire de la CEI, en partie sous le couvert de réfugiés».

L’État islamique au Khorasan (EI-K), le groupe islamiste armé le plus radical d’Afghanistan, a revendiqué une série d’attentats destinés à déstabiliser «l’émirat» proclamé par les talibans. La Russie s’inquiète de l’escalade des attaques, craignant que toute la zone située sur son flanc sud puisse être déstabilisée. Poutine avait exprimé sa préoccupation une première fois cette semaine, relevant que des djihadistes endurcis arrivaient de Syrie et d’Irak. Puis, la diplomatie russe s’est interrogée sur la capacité des talibans à vaincre ces groupes armés.  

Le président russe doute fortement de la capacité des talibans à assurer la paix et stabilité en raison de leur manque de représentativité de l’ensemble de la société afghane: «Malheureusement, le gouvernement de transition établi par les talibans ne représente pas l’ensemble de la société afghane«», a déclaré Poutine, ajoutant à l’intention des participants à la réunion que «nous ne devrions pas nous précipiter pour reconnaître officiellement les talibans. Nous réalisons qu’il est nécessaire d’interagir avec eux, mais il ne faut pas non plus se hâter avec cela. Nous discuterons de tout cela ensemble et nous consulterons».

Autre point de friction, « La production et la contrebande de drogue en Afghanistan restent des problèmes extrêmement graves. C’est un défi sérieux. L’Afghanistan reste le plus grand fournisseur mondial d’opiacés, représentant 90 % du marché mondial. Malgré leurs promesses de lutter contre la production de drogue, les talibans en réalité… Je ne sais pas s’ils sont prêts ou capables de le faire… Ils l’ont fait la dernière fois qu’ils étaient au pouvoir, et avec succès, mais aujourd’hui ce ne sera pas facile pour eux renoncer à cette source de revenus, surtout compte tenu de la crise économique en Afghanistan.», a mis en garde le président russe.

Il n’en demeure pas moins nécessaire, Vladimir Poutine, de promouvoir la réconciliation intra-afghane et d’une manière générale d’y œuvrer pour la normalisation, ce qu’il s’engage à faire dans le cadre d’une Troïka élargie, c’est-à-dire la Russie, les États-Unis et la Chine avec la participation du Pakistan, tout en œuvrant également dans le cadre du ‘format moscovite’, auquel participent les pays clés de la région, dont les États d’Asie centrale.

Moscou accueillera le 19 octobre une réunion de la «Troïka élargie sur le règlement pacifique en Afghanistan »: «Nous essayerons d’aboutir à une position commune concernant la situation changeante en Afghanistan», a expliqué l’émissaire du Kremlin pour ce dossier, Zamir Kaboulov.

En outre, Moscou, qui considère les talibans comme une organisation extrémiste, mais entretient des relations avec eux depuis de longues années accueillera les émissaires talibans à une première réunion internationale en Russie le 20 octobre. Des représentants de la Chine, de l’Iran, du Pakistan et de l’Inde sont également attendus. Moscou dit n’attendre aucune «percée» à l’issue de la rencontre avec les talibans, mais la Russie va «exposer clairement ses requêtes à la délégation afghane». Les Russes souhaitent évoquer l’ouverture du gouvernement à d’autres forces pour faciliter la réconciliation, la lutte contre les groupes djihadistes, le respect des droits humains ou encore l’aide humanitaire.   

Vingt ans après avoir été chassés par les États-Unis, les talibans ont fait un retour spectaculaire aux commandes du pays en août, dans la foulée du retrait militaire américain. L’URSS a occupé l’Afghanistan pendant 10 ans jusqu’à son retrait en 1989, au terme d’une guerre sanglante.

*Avec AFP

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