Washington annonce une première rencontre avec les talibans depuis le retrait

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Une délégation de l'Émirat islamique a quitté Kaboul vendredi 8 octobre pour Doha pour des entretiens avec des responsables de plusieurs pays afin de discuter de la situation politique de l'Afghanistan. (Twitter/@Zabehulah_M33)
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Une délégation américaine va tenir des discussions avec des représentants des talibans à partir de samedi pour la première fois depuis le retrait d’Afghanistan, a annoncé vendredi le département d’État.

L’équipe américaine rencontrera des hauts responsables talibans samedi et dimanche à Doha, au Qatar, a indiqué le même jour un porte-parole du département d’État.

Une délégation de haut niveau de l’Émirat islamique dirigée par le ministre des Affaires étrangères Maulvi Amir Khan Mottaki est partie aujourd’hui pour le Qatar, a indiqué de son côté le principale porte-parole des talibans Zebihullah Mujahid.

La délégation talibane comprend le ministre de l’Information et de la Culture, le mollah Khairullah Khairkhwa, le directeur général du renseignement, le mollah Abdul Haq Wasiq, le vice-ministre de l’Intérieur Maulvi Noor Jalal, le cheikh Shahabuddin Dilawar et Haji Mohammad Ibrahim.

La délégation doit s’entretenir avec des responsables qatariens et des représentants d’un certain nombre d’autres pays sur la situation politique actuelle et les relations dans le pays, a indiqué Zebihullah Mujahid.

Les États-Unis ont maintenu leurs contacts avec les nouveaux maîtres de l’Afghanistan après leur prise de Kaboul en août, mais ce sera la première réunion qui aura lieu en personne.

«Nous allons pousser pour que les talibans respectent les droits de tous les Afghans, dont les femmes et les filles, et forment un gouvernement inclusif bénéficiant d’un large soutien», a dit le porte-parole.

«Au moment où l’Afghanistan fait face à la possibilité d’une grave récession économique et d’une crise humanitaire, nous allons aussi pousser pour que les talibans accordent un libre accès aux zones en difficulté aux agences humanitaires», a-t-il ajouté.

La rencontre à Doha ne signifie en aucun cas que les États-Unis reconnaissent le régime taliban en Afghanistan, a insisté le département d’État.

«Nous continuons de dire clairement que toute légitimité doit être méritée à travers les actions des talibans», a déclaré le porte-parole.

Les représentants américains insisteront également sur la priorité de Joe Biden d’obtenir le départ d’Afghanistan des citoyens américains et afghans ayant aidé l’armée américaine au cours des 20 ans de conflit.

Washington a noté que les talibans ont jusqu’ici coopéré afin de faciliter le départ des ressortissants américains. Une centaine sont toujours en Afghanistan, pour la plupart des Américains aux liens étroits avec l’Afghanistan et qui n’ont pas encore décidé de quitter le pays, selon des responsables américains. De hauts responsables américains, dont le général Frank McKenzie, avaient rencontré des représentants talibans en août à Kaboul.

La délégation américaine de haut niveau comprendra des responsables du département d’État, de l’USAID et de la communauté du renseignement américain, et elle fera pression sur les talibans pour assurer un passage sûr et continu des citoyens des États-Unis et des Afghans à risque hors d’Afghanistan et pour libérer un citoyen américain kidnappé, Mark Frerichs, ont déclaré les responsables américains.

Le représentant spécial américain Zalmay Khalilzad, qui a pendant des années a dirigé le dialogue américain avec les talibans à Doha et qui été une figure clé des pourparlers de paix, ne fera toutefois pas partie de la délégation.

L’équipe américaine comprendra le représentant spécial adjoint du département d’État, Tom West, ainsi que la haut responsable humanitaire de l’USAID, Sarah Charles.

Par ailleurs, une délégation de l’Émirat islamique sera invitée à un entretien international sur l’Afghanistan à Moscou, rapporte l’agence britannique Reuters, citant Zamir Kabulov, l’envoyé spécial du président russe pour l’Afghanistan. La conférence, selon Kabulov, sera organisée à Moscou le 20 octobre.

*Avec AFP